Ce n’est pas un secret: le 29 avril, l’évêque de Liège, Mgr Jean-Pierre Delville, célèbrera ses 75 ans et écrira sa lettre de renonciation. Si le nom de la personne qui lui succèdera demeure encore inconnu, l’on sait d’ores et déjà que le prochain évêque sera une femme laïque! 

Ces informations ont été révélées à la suite d’un long échange entre l’évêque de Liège et le nonce apostolique, Franco Coppola. Mgr Delville a effet reçu le nonce lors d’une réunion confidentielle où étaient envisagés l’avenir du diocèse de Liège et, plus globalement, celui de l’Eglise. Si cette annonce peut paraître surprenante voire révolutionnaire, elle répond à un besoin: celui d’une Eglise ouverte, synodale et dans le monde.

 

Une femme évêque: une première?

Ce ne serait cependant pas la première fois qu’une femme serait nommée évêque. Au-delà du récit légendaire bien connu de la papesse Jeanne, des faits historiques évoquent bel et bien l’existence de femmes portant le titre d’évêque ou occupant des responsabilités similaires. Des chercheurs ont en effet découvert une fresque dans les catacombes de San Gennaro à Naples dont les représentations prouveraient l’existence de femmes évêques aux premiers temps du christianisme. On peut par exemple y observer une femme dénommée Cerula et entourée, entre autres, de 4 évangiles ouverts. Elle est ainsi représentée avec des symboles évoquant clairement sa grande responsabilité et l’influence qui devait être la sienne.

 

De nos jours, de nombreuses femmes, religieuses et laïques, jouent par ailleurs un rôle majeur au sein de l’Eglise. Dans un article publié en décembre 2024 et faisant écho au documentaire de Mary Mandy (Femmes prêtres, vocations interdites), la RTBF évoquait le nombre de 300 femmes prêtres dans le monde, dont une vingtaine proclamées évêques bien qu’encore non reconnues par le Vatican*. Si celles-ci n’ont pas obtenu de reconnaissance, d’autres bien. C’est notamment le cas de Rebecca Alsberge, nommée déléguée épiscopale à la tête du Vicariat du Brabant Wallon le 19 décembre 2023 par Mgr Luc Terlinden. Dernièrement, c’est chez nos voisins britanniques et confrères anglicans qu’une femme a reçu le titre d’archevêque. Dame Sarah Mullally a effectivement été installée ce 25 mars comme 106e (et première femme!) archevêque de Canterbury.

Une décision dans le respect du droit canon

A ceux qui verraient dans ce choix un mouvement allant à l’encontre des règles canoniques, l’évêque peut répondre en toute sérénité, car la décision qui a été prise est dans le respect scrupuleux du droit canon. 

En effet, le canon 517 (§2) stipule que: “Si, à cause de la pénurie de prêtres, l’Évêque diocésain croit devoir confier à un diacre ou à une autre personne non revêtue du caractère sacerdotal, ou encore à une communauté de personnes, une participation à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse, il constituera un prêtre qui, muni des pouvoirs et facultés du curé, sera le modérateur de la charge pastorale.”

Dans le cas de la future évêque de Liège, il s’agirait donc d’étendre le canon 517 à la chaire épiscopale. 

Aucun prêtre adéquat pour un épiscopat à Liège?

Le nonce apostolique a déclaré récemment qu’à l’heure actuelle, aucun prêtre diocésain ne pouvait convenir pour reprendre la charge d’évêque du diocèse de Liège.

Il faut dire que la réalité de ce diocèse est riche et complexe. Diocèse bilingue, il est important que son évêque puisse s’exprimer aussi bien en français qu’en allemand. Et s’il maîtrise le néerlandais en plus, c’est encore mieux! Or, le nombre de prêtres en Belgique n’est pas des plus élevés. Il s’avère donc de plus en plus difficile de trouver des prêtres capables de parler dans la langue de Goethe, comme nous le confiait il y a peu le doyen Helmut Schmitz.

Un évêque doit par ailleurs être un érudit, avoir plusieurs masters voire, idéalement, un doctorat. Avec toutes ces conditions, le nombre de candidats se réduit fortement…
 

En nommant une femme évêque, le Vatican reconnaît le rôle majeur des femmes au sein de l’Eglise et ouvre une nouvelle page de son Histoire.

 

Sandra OTTE, pour le Service communication du diocèse de Liège

*https://www.rtbf.be/article/femmes-pretres-vocations-interdites-l-histo…