Historien de formation et séminariste, Gabriel Mercier sera ordonné diacre en vue de devenir prêtre le 7 février, à l’église Saint-Médard d’Ouffet. Cette ordination est l’occasion de revenir sur le sens et la signification du diaconat. L’abbé Baudouin Charpentier, président du séminaire de Liège, et Gabriel Mercier nous expliquent.
Il existe deux formes de diaconat. Pouvez-vous dire en quoi elles consistent?
Baudouin Charpentier: Il faut en effet distinguer le diaconat permanent du diaconat en vue du presbytérat. Dans le premier cas, le candidat – qui peut être marié – reste diacre toute sa vie. Dans le second cas, le candidat se destine à devenir prêtre. Le diaconat est un engagement définitif, par lequel on consacre sa vie à Dieu, aux Hommes et à l’Eglise. C’est l’expression du don de soi, d’une manière particulière. Ce don de soi s’exprime notamment à travers 3 dimensions: le célibat (dans le cas du futur prêtre), une vie de prière régulière et l’obéissance à l’évêque et à ses successeurs.
Qu’évoque pour vous le diaconat?
Baudouin Charpentier: Le diaconat évoque la notion de service. Qu’il s’agisse du diaconat permanent ou de celui en vue du presbytérat, la notion de service est centrale. Le terme diacre vient d’ailleurs du grec diakonos, qui signifie “serviteur”. Le diacre est donc au service des hommes et des femmes, notamment par l’attention portée aux familles, la prévenance envers les plus pauvres, l’accueil de toutes et tous, et l’annonce de la Parole de Dieu. Le diacre est un serviteur à la suite du Christ et trouve ainsi sa joie dans le service. Devenir diacre, c’est aussi être pleinement dans la proclamation de la Parole de Dieu et être dans la charité. Une fois diacre, l’on peut par ailleurs célébrer des sacrements comme le baptême, le mariage, et l’on peut présider des funérailles que des laïcs peuvent également présider après avoir reçu la formation adéquate.
Gabriel Mercier: Je n’envisage pas le diaconat comme une simple étape qu’il faudrait passer avant l’ordination presbytérale. C’est quelque chose de vraiment important: le diacre représente, dans et pour la communauté chrétienne du XXIe siècle, la dimension du Christ serviteur. Les diacres permanents ont un rôle dans la communauté chrétienne, mais ils jouent aussi un rôle dans la vie “normale” avec la profession qui est la leur. Derrière le mot diacre ou diaconat, on retrouve donc une double dimension de service: le service dans la communauté chrétienne, mais aussi dans le monde contemporain. Cette double dimension me tient à cœur, car on ne reçoit jamais une mission pour soi-même. Il s’agit d’abord d’une mission pour les autres, pour les Hommes du XXIe siècle, qu’ils soient chrétiens ou non. Le diacre vient par ailleurs rappeler à tous les chrétiens cette dimension de service. Il rappelle que tout chrétien a reçu cette mission particulière lors de son baptême.
Pour devenir diacre et ensuite prêtre, le séminariste suit un parcours particulier. Quelles en sont les étapes?
B.C.: Celui qui souhaite devenir prêtre suit en effet un parcours jalonné de différentes étapes. Il doit suivre une formation qui dure généralement 7 ans. Celle-ci se compose d’une année de propédeutique, de deux années de philosophie, de trois années de théologie, et est complétée par une année de stage en paroisse. Ce temps de formation est aussi un temps de maturation au cours duquel le candidat reçoit différents ministères: le lectorat et l’acolytat. Le diaconat est une réponse à un appel que le candidat perçoit. Avant d’être ordonné diacre, celui-ci a donc pris le temps de discerner avec d’autres (son père spirituel, ses accompagnateurs,…). L’on décide de son accès au diaconat après avoir consulté ses formateurs ainsi qu’une équipe de laïcs et après avoir rencontré les accompagnateurs de stage dans l’unité pastorale concernée. Cette décision est ensuite confirmée par l’évêque. Le diaconat constitue le premier degré du sacrement de l'ordre, avant l’ordination presbytérale (par laquelle l’on devient prêtre) et l’ordination épiscopale (suite à laquelle l’on est ordonné évêque).
Gabriel, comment avez-vous su que vous souhaitiez vous engager sur cette voie?
G.M.: Je dirais qu’emprunter cette voie, c’est entamer un véritable cheminement. Je réponds à un appel qui s’inscrit dans toute mon histoire de vie et que Dieu a construit au fur et à mesure que notre relation s’est nouée. Si je suis issu d’une famille croyante et si, enfant, j’allais très régulièrement à la messe avec ma grand-mère, c’est surtout à l’adolescence que je me suis vraiment questionné sur le sens de la foi et la signification que pouvait avoir pour moi le fait de me dire chrétien. J’ai alors décidé de lire les Evangiles. J’ai lu celui de Marc et j’ai été profondément touché. Plus je lisais, plus la prière avait une signification pour moi et plus je prenais goût à aller à la messe. A la fin de l’adolescence, j’ai su que je voulais devenir prêtre. J’ai toutefois réalisé des études en histoire pendant 5 ans pour bien réfléchir. Une semaine après la défense de mon mémoire, je suis rentré au séminaire.
Baudouin Charpentier, que pensez-vous du parcours réalisé jusqu’à présent?
B.C.: Personnellement, je suis très heureux du parcours de Gabriel. Il est ouvert à toutes et à tous. Il a en outre une belle présence auprès des jeunes, notamment à travers son engagement dans le groupe ABC Jeunes à Lourdes. Depuis quelques mois, il enseigne également 4 heures de religion par semaine à l’Institut Libre du Condroz Saint-François d’Ouffet. Cela montre que les ministres ordonnés ne vivent pas qu’en paroisse, mais qu’ils sont aussi impliqués et engagés dans une diversité de lieux où ils peuvent exercer leur mission.
Gabriel, qu’enseignez-vous aux élèves?
G.M.: Je leur donne des repères historiques, géographiques, religieux pour qu’ils puissent s’orienter dans le monde. Je les amène à se poser la question du sens de la vie en évoquant les traditions philosophiques et religieuses en général, mais aussi les traditions philosophiques et religieuses chrétiennes, qui sont fortes de 2000 ans d’histoire et de réflexion. Ils doivent ensuite construire eux-mêmes leur propre petit bagage. Enseigner m’apporte énormément. Cela me permet de mieux comprendre la vision que les jeunes ont des choses et du monde, la façon dont ils fonctionnent et réfléchissent. Cela me permet de ne pas être déconnecté et de savoir comment m’adresser aux jeunes. Enseigner aux adolescents me rappelle aussi comment j’étais à cet âge.
Une ordination est toujours un moment important dans l’Eglise. Comment vous sentez-vous à l’annonce de l’ordination diaconale à venir?
B.C.: Toute ordination constitue une joie pour le diocèse, car il s’agit d’un jeune (ou d’un moins jeune) qui choisit de s’engager comme diacre ou comme prêtre. Cela confère l’image d’une Eglise qui va de l’avant et qui se construit. Cependant, cela reste également un défi, car c’est un choix que le candidat opère pour toute sa vie. C’est un choix décisif que de miser sa vie sur le Christ et l’Evangile, et de répondre à un appel, celui d’être en communion avec Jésus Christ en vue d’annoncer l’Evangile.
G.M.: Je suis impatient. Un peu stressé, mais aussi serein, car je pense suivre une voie faite pour moi et en accord avec la relation que j’ai avec Dieu. C’est une étape qui est en continuité avec ce pour quoi je me suis préparé. Quoi qu’il en soit, Gabriel restera Gabriel après cette ordination. Je pourrai réaliser des actes liturgiques que je ne pouvais pas poser avant. Je serai porteur du ministère diaconal avec cette double dimension de service, dimension que j’essaie déjà de vivre avant mon ordination. Mais ma vie ne changera pas du tout au tout. Le changement sera plus important après l’ordination presbytérale, car je serai envoyé dans une autre paroisse et je quitterai le statut d’élève.
Que dire à un futur diacre ou à un futur prêtre?
G.M.: Il est important pour un futur diacre ou un futur prêtre de continuer à aimer la société, le monde et la culture dans lesquels il vit, pour son propre épanouissement, mais aussi pour pouvoir aimer les femmes et les hommes de notre époque. Il est fondamental d’avoir des amis, une famille, une vie “normale”. Bien que le diacre et le prêtre répondent à une vocation particulière et que le futur prêtre doive respecter la promesse de célibat, ils demeurent des hommes qui doivent pouvoir s’épanouir dans le monde du XXIe siècle.
Propos recueillis par Sandra OTTE