
Le nonce apostolique Mgr Franco Coppola porte le Saint-Sacrement sous le dais, lors de la procession de la Fête-Dieu. © Dominique Servais
Cors de chasse, bougies pour la paix et basilique comble : ce jeudi 4 juin, un millier de personnes ont fait vivre la 780e Fête-Dieu dans les rues de Liège. Près de huit siècles après sa naissance dans la Cité Ardente, la fête continue de rassembler Liégeois et visiteurs autour d'une même ferveur, à la fois religieuse et populaire.
Une basilique comble et une procession au son des cors de chasse
La basilique Saint-Martin était comble ce 4 juin pour la célébration de la Fête-Dieu présidée par le cardinal Fernando Filoni. De nombreux fidèles ont dû rester debout pendant la messe, au vu de la grande affluence. Un bus de cinquante personnes avait d'ailleurs fait le trajet depuis le doyenné de Herve pour permettre aux Herviens d'assister à l'événement.

La basilique Saint-Martin, comble pour la messe solennelle. © Dominique Servais

L'élévation, au cœur de la messe solennelle. © Dominique Servais
C'est ensuite la procession des peuples du monde qui a démarré au son des cors de chasse, grâce aux sonneurs du Bien-Aller. L'assemblée s'est déplacée de Saint-Martin à la place Saint-Lambert, avant de rejoindre l'Opéra royal de Wallonie, sis à l'endroit anciennement occupé par le couvent des dominicains. La procession s'est ensuite arrêtée devant la Vierge de Jean Del Cour, puis est entrée dans la cathédrale Saint-Paul.

La procession des peuples du monde s'étire dans les rues de Liège. © Dominique Servais

Les sonneurs du Bien-Aller ouvrent la procession au son des cors de chasse. © Dominique Servais

L'ostensoir porté devant la place de la Cathédrale, près de la Vierge de Jean Del Cour. © Dominique Servais
Près de 800 ans d'histoire liégeoise
La Fête-Dieu est née dans la principauté de Liège sous l'impulsion de sainte Julienne de Cornillon et de la bienheureuse Ève de Saint-Martin. En 1246, l'évêque Robert de Thourotte l'institue pour son diocèse. En 1264, le pape Urbain IV, ancien archidiacre de Liège, l'étend à l'Église universelle par la bulle Transiturus. Célébrée depuis lors dans le monde entier et devenue jour férié dans différents pays (Pologne, Autriche, Portugal, Croatie...), la Fête-Dieu demeure, depuis près de 800 ans désormais, un élément unique du patrimoine immatériel et spirituel liégeois.
Fête-Dieu ou Fête du Saint-Sacrement ?
Célébrée chaque année le jeudi suivant la fête de la Trinité, la Fête-Dieu est désignée de diverses façons. Aussi appelée Fête du Saint-Sacrement, on la nomme parfois Corpus Domini ou Corpus Christi. Mais son nom officiel dans l'Église catholique est Solennité du corps et du sang du Christ. Quel que soit le nom retenu, cette fête rappelle la présence réelle de Jésus Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, à travers le pain et le vin consacrés.
Une fête communautaire hautement symbolique
La Fête-Dieu est un moment fort pour les catholiques comme pour les Liégeois. Environ un millier de personnes ont cette fois encore participé à la célébration et à la procession, et ce malgré une météo capricieuse. Ce rassemblement manifeste une ferveur non seulement religieuse, mais aussi populaire : la Fête-Dieu représente bien plus qu'une simple fête.
« La Fête-Dieu a été inventée à Liège, et pouvoir la célébrer à Liège est toujours un moment important, parce qu'on se retrouve entre Liégeois, avec aussi d'autres personnes qui se joignent à nous. On vient célébrer et porter une fête qui est originaire de la ville. On prend le temps de s'y promener avec d'autres chrétiens. Pouvoir se retrouver, afficher sa foi, prier, pas seulement seul, mais avec tout un groupe de chrétiens, représente beaucoup. » Gabriel Mercier, diacre principal de la célébration de ce 4 juin |
Si l'événement rassemble de nombreux Liégeois, il réunit aussi des personnes de sensibilités et d'origines diverses.
Une semaine de festivités
Cette année, plus de vingt-cinq événements et célébrations ont jalonné la semaine autour de la Fête-Dieu : eucharisties, processions, expositions, concerts, conférences, rencontres et temps de prière.
Le jeudi 4 juin demeurait cependant le cœur de la fête. Trois grands temps se sont succédé au cœur de la Cité Ardente, de la basilique Saint-Martin à la cathédrale Saint-Paul : l'Eucharistie solennelle, la procession des peuples du monde au son des cors de chasse, puis la NightFever, grande veillée d'adoration et de prière à la cathédrale Saint-Paul, avec un millier de bougies pour la paix.

Photographes et journalistes se pressent autour du Saint-Sacrement. © Dominique Servais

Le Saint-Sacrement devant l'Opéra royal de Wallonie. © Dominique Servais
Des invités de marque
C'est un cardinal tout droit venu de Rome qui a présidé la 780e messe solennelle de la Fête-Dieu. Grand maître de l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, le cardinal Fernando Filoni dirige depuis décembre 2019 cet ordre de chevalerie, dont le rôle est de soutenir et d'aider les chrétiens de Terre sainte. Présent en Belgique au début du mois de juin pour des investitures au sein de l'ordre, il avait été invité à célébrer l'office de la Solennité du corps et du sang du Christ.
Lors de son homélie, le cardinal Filoni est revenu sur l'histoire et le sens de la Fête-Dieu aujourd'hui, rappelant que « l'Eucharistie est la source et le sommet de toute vie chrétienne dans le Christ ».
À ses côtés étaient présents l'évêque de Liège Mgr Delville, le nonce apostolique Mgr Franco Coppola, l'évêque émérite de Goiás, au Brésil, Mgr Eugène Rixen, originaire de Kelmis, ainsi que Mgr Ihor Rantsya, évêque de l'Éparchie Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris pour les gréco-catholiques ukrainiens de France, de Suisse et du Benelux.

Le nonce apostolique Mgr Franco Coppola et Mgr Eugène Rixen, évêque émérite de Goiás. © Dominique Servais

Mgr Ihor Rantsya, évêque de l'Éparchie Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris. © Dominique Servais
Une Église toujours vivace
Le nombre de personnes rassemblées et l'engouement autour de la Fête-Dieu témoignent d'une Église catholique bien vivante.
« Ce n'est pas parce qu'on est au XXIe siècle que ce genre de procession n'a plus d'importance. Au contraire, il y a de plus en plus de monde chaque année qui participe à la Fête-Dieu. Cela rejoint les gens et les touche encore. Les processions, et notamment celle de la Fête-Dieu, témoignent d'une Église pleine de vie, d'une vivacité profonde au XXIe siècle. » Gabriel Mercier, diacre principal de la célébration de ce 4 juin |
Si les processions sont, comme l'a affirmé le pape Léon XIV, « un courageux témoignage de foi », elles sont aussi le symbole d'une histoire qui continue de s'écrire depuis des siècles.
Revoir la Fête-Dieu en vidéo
La messe solennelle à la basilique Saint-Martin
La procession de la Fête-Dieu dans les rues de Liège