Passionnante conférence du cardinal Jozef De Kesel, le dimanche 19 avril au Sanctuaire de la Vierge des Pauvres à Banneux, à l’invitation de la section de Liège de l’association Pro Petri Sede.
Jana Zikmundova, responsable de la section de Liège, a introduit l’orateur, en soulignant toute son admiration pour le dernier livre signé par le Cardinal, Foi et religion dans une société moderne (Salvator, 2021).
© Anne-Élisabeth Nève
L’héritage d’un pape
Le thème choisi, L’héritage que le pape François nous a laissé, a permis à l’orateur de nous plonger à la fois dans les racines de l’action du pape François et dans ses intuitions et réalisations pour l’Église d’aujourd’hui et de demain. Estimant qu’il est trop tôt pour établir un bilan du pontificat, le cardinal De Kesel a voulu souligner ce qui lui paraît être l’essentiel de l’héritage de ce Pape qu’il a bien connu, et beaucoup apprécié : “12 années de pontificat qui ont marqué l’Église, et pour longtemps, j’espère!”, a-t-il dit en guise d’introduction.
Citant abondamment Evangelii gaudium (La joie de l’Évangile), première exhortation apostolique (2013) et texte "programmatique" du pape François, notre Cardinal nous a montré que le pape François s’est constamment appuyé sur les convictions et les textes du concile Vatican II, poursuivant le travail de ses prédécesseurs, tout en y apportant une forte contribution très personnelle.
¡Todos! ¡Todos! ¡Todos!
C’est bien le concile Vatican II qui a ouvert l’Église sur le monde d’aujourd’hui. Cette dernière, depuis la réforme grégorienne (XIe siècle), avait fortement accentué la différence entre clercs et laïcs, et leur hiérarchisation ("maîtres et subordonnés"), allant parfois jusqu’à opposer pasteurs et peuple de Dieu, contrairement à ce qu’un saint Augustin (IVe-Ve s.) avait pu proclamer: la devise du Cardinal en est l’exemple, Vobiscum christianus, extraite d’une phrase d’Augustin: Vobis enim sum episcopus, vobiscum sum christianus. Durant le XIXe siècle et le début du XXe siècle, l’Église se refusait à accepter un monde pluraliste, et manifestait une tendance à se recentrer sur elle-même, à se retirer du monde.
Vatican II, rappelant la dignité intrinsèque de tous les baptisés, réaffirme que tous (¡Todos! ¡Todos! ¡Todos! dira le pape François) sont membres à part entière du Peuple de Dieu. Combien de fois François fustigera-t-il l’auto-référentialité et l’auto-suffisance de l’Église ou de chrétiens!
La synodalité au cœur du pontificat
L’Église, qui s’ouvre au monde par le Concile, a devant elle deux grands défis: être dans le monde sans être du monde, donc être “en sortie” (expression que le pape François a reprise maintes fois), et opérer sa propre conversion pour revenir à la source qu’est l’Évangile: une Église plus fraternelle, plus humble, plus synodale, moins cléricale, toujours soucieuse des plus petits et des pauvres, qui ne condamne pas, qui n’exclut pas. Sur ce dernier point, pensons à la célèbre phrase du pape François: “Qui suis-je pour condamner?”. Ce qui ne veut pas dire que le Pape a “bradé” la doctrine, mais il l’a replacée dans la perspective de la miséricorde infinie de Dieu: L’amour est l’accomplissement de la loi, rappelait-il, citant saint Paul.
Pour le Cardinal, la synodalité est la “poutre maîtresse” du pontificat, présente dès Evangelii gaudium: la synodalité n’est pas seulement une consultation large du Peuple de Dieu, ce n’est pas une démarche purement d’organisation ou de démocratisation, c’est une autre manière d’être Église, qui doit se manifester à tous les niveaux de celle-ci.
Les autres textes du pape François reprendront et développeront ces intuitions: Laudato si’, qui insistera tellement sur le fait que “le cri de la terre est le cri des pauvres”. Fratelli tutti, qui mettra en valeur “l’amitié sociale” condition sine qua non pour vivre dans un monde vraiment humain.
Fidélité au Concile, Église plus fraternelle, plus synodale, telle est l’Église dessinée par le pape François, aux yeux du cardinal De Kesel.
Cette conférence était vraiment le témoignage éclairé d’un ami rempli d’admiration pour le 265e successeur de saint Pierre!
Les applaudissements nourris de la centaine de participants ont précédé une courte présentation de l’association Pro Petri Sede, de ses objectifs et de son soutien financier à un projet cher au cœur du pape Léon XIV à Chiclayo, son ancien diocèse au Pérou. Enfin, le verre de l’amitié a réuni les participants désireux de rencontrer le Cardinal ou d’échanger entre eux.
Anne-Elisabeth NÈVE,
membre de la section liégeoise de Pro Petri Sede