Alors que Mgr Jean-Pierre Delville envoie sa lettre de renonciation cette année, Mgr Albert Houssiau, évêque émérite de Liège, raconte comment lui-même a vécu ce moment, il y a de cela un peu plus de 25 ans.


A 101 ans, celui qui a été évêque de Liège de 1986 à 2000 continue à écrire, à prier et parfois à célébrer la messe dans la maison de repos où il réside. Ainsi que le déclarait Mgr Delville: “Il continue à nous soutenir et à nous inspirer”. C’est avec toute son expérience qu’il pose son regard sur l’Eglise d’aujourd’hui. 

 

© Jean-Pierre Deleersnijder

On reste évêque!

Comme le veut la règle inscrite dans le droit canonique depuis 1983, chaque évêque envoie sa lettre de renonciation à l’âge de 75 ans. Ainsi, Mgr Houssiau a-t-il fait de même en 2000. S’il précise que, une fois l'âge de la retraite arrivé, une page se tourne, il ajoute néanmoins qu’il ne s’agit pas d’une rupture complète: “On n’a plus à se préoccuper de l’ensemble du diocèse, mais l’on reste évêque et l’on reste soucieux de l’Eglise.”  Il s’agit peut-être d’un “retour à la vie normale, mais l’on garde toujours un pied dans la vie d’Eglise. Tous les jours, je dis le Notre Père et je dis ‘Que Ton règne arrive’.”
 

S’il n’a pu se déplacer pour assister à la messe chrismale célébrée le 1er avril 2026 à la cathédrale Saint-Paul de Liège, Mgr Houssiau a tout de même tenu à écrire un mot, lu par Mgr Delville lors de la célébration. Il affirme donc que la retraite n’est pas une coupure, mais une continuation de la réponse à sa vocation fondamentale. Cette période est aussi l’occasion de s’investir à nouveau dans des projets qui ont parfois été mis de côté pendant l’épiscopat. L’évêque émérite s’est ainsi replongé dans ses études pastorales et scientifiques.
 

Lorsqu’on lui demande ce qu’il souhaite à l’évêque Jean-Pierre Delville après son épiscopat, il répond en toute simplicité: “Mgr Delville est très engagé auprès de la communauté Sant’Egidio, qui agit auprès des pauvres et a une véritable préoccupation œcuménique. Je lui souhaite donc de continuer dans cette voie et cette vocation fondamentale.”

 

Apprécier sans juger

Le départ d’un évêque implique l’arrivée d’un successeur qui apporte avec lui son histoire, sa sensibilité et son regard sur le monde et l’Eglise. Un successeur qui est par ailleurs confronté à une actualité différente à laquelle il faut pouvoir répondre. Après Mgr Houssiau, se sont succédés Mgr Aloys Jousten et, ensuite, Mgr Jean-Pierre Delville. Dans les deux cas, l’évêque émérite dit apprécier les actions de ces derniers: “Je n’attendais pas à ce que l’on fasse comme moi. Je ne juge pas, mais j’apprécie.” 

 

De nouvelles préoccupations

“Le fait de devenir évêque n’a pas changé mes préoccupations principales. J’étais attentif à la diminution du nombre de fidèles, du nombre de prêtres et à la participation effective des laïcs.” La question de l’avenir de l’Eglise a été une des lignes de fond de l’épiscopat de Mgr Houssiau. Une question qui demeure importante aujourd’hui et, pour l’évêque émérite, peut-être plus complexe encore: “A l’époque, j’avais bien conscience des difficultés, mais je les envisageais avec confiance.” La tâche des évêques aujourd’hui serait ainsi plus lourde à porter: “Celui qui répond à la vocation épiscopale aujourd’hui fait face à une situation plus complexe. Mais j’apprécie d’autant plus qu’il accepte cette charge avec toute sa personne.” Mgr Albert Houssiau est particulièrement préoccupé par la diminution du nombre de prêtres: “Pendant mon épiscopat, j’ai ordonné 50 prêtres. Ces 50 prêtres constituent aujourd’hui l’ossature du diocèse. J’ai conscience que mes successeurs n’ont pas eu cette même chance.”
 

S’il regarde avec inquiétude le développement d’un mouvement et d’une spiritualité sans Dieu et s’il se rend compte de la gravité des problèmes qu’un évêque doit résoudre à l’heure actuelle, il apprécie les efforts faits auprès des jeunes qui ont un grand rôle à jouer pour la société et l’Eglise. L’évêque émérite, qui célèbre cette année le 40e anniversaire de son ordination épiscopale, souhaite ainsi que “tous les jeunes soient les moteurs de l’Eglise de demain. Qu’ils en soient les porteurs et les créateurs.” 
 

Sandra OTTE