Ils jouent un rôle important dans la structuration du paysage paroissial. Mais quelles sont les missions exactes des doyens? Nous avons enquêté dans le diocèse de Liège.
Le diocèse de Liège compte 13 doyens et un vice-doyen pour le doyenné de Liège. Garants du respect de l’orthodoxie dans leur doyenné, ils sont les référents des prêtres qui y officient et veillent à leur bien-être ainsi qu’à celui des autres acteurs pastoraux. Les doyens Honoré Babaka (Haute-Meuse), Fabrice de Saint-Moulin (Plateau de Herve) et Helmut Schmitz (Eupen-Kelmis) nous ont expliqué le sens de leur mission.
Des grands frères à l’écoute
Si Fabrice de Saint-Moulin rappelle que les doyens sont avant tout des curés, ils ont bien d’autres défis à relever. Tous affirment que le doyen est le grand frère des prêtres, diacres et collaborateurs du doyenné. Honoré Babaka estime qu’il est “ce grand frère qui réunit, rassemble, assure la cohérence avec les autres confrères dans les unités pastorales et cherche à marcher ensemble sur le chemin de Dieu”. “C’est celui qui trace la route, réunit la fratrie, montre l’exemple, protège, constitue le trait d’union entre le doyenné et l’évêché et aide ce dernier à connaître la réalité du terrain”, ajoute Fabrice de Saint-Moulin. Pour Helmut Schmitz, il s’agit en effet de coordonner le travail des paroisses du doyenné et de chercher une harmonisation entre elles, d’assurer une collaboration entre les curés, d’apprendre à connaître les différents collaborateurs et de voir comment développer leurs talents,… Les trois doyens rencontrés évoquent ainsi l’importance de travailler synodalement.
Si la mission est a priori la même, les doyens ont tous un parcours différent et les réalités qu’ils rencontrent sont très diverses. Il leur faut donc s’adapter à un territoire et à des personnes qui ont leur propre histoire afin d’assurer au mieux le rôle qui leur a été confié.
De la joie de vivre son ministère
Devenu doyen du doyenné d’Ans en 2019, Honoré Babaka s’occupe depuis septembre 2023 du doyenné de Haute-Meuse. Comme il l’explique, le doyen arrive parfois dans un territoire qu’il ne connaît pas et où on ne lui accorde pas toujours ni tout de suite toute la confiance. “Or, chacun doit se sentir libre de dire ce qui va et ce qui ne va pas. Le doyen n’est pas supérieur aux autres; il est au service des confrères pour écouter, cheminer et, s’il faut, souffrir avec eux pour que chacun soit heureux dans son ministère.” L’abbé Babaka souhaite une Eglise ouverte et une pastorale qui touche les cœurs. “La relation avec le Christ doit être libre et joyeuse. La chaleur de notre foi doit éclater dans notre corps et notre cœur.” Bien plus qu’une lecture et explication des Evangiles, il voit dans la pastorale un moyen d’offrir quelque chose qui “sauve la dignité humaine et enlève l’ignorance”.
S’il a lui aussi été doyen à Ans, Fabrice de Saint-Moulin est le doyen du Plateau de Herve depuis 2019. Entre le doyenné d’Ans et celui de Herve, des différences sont à relever: “D’un côté, la densité de population est importante et l’on se trouve aux portes du centre de Liège. Il est aisé de se réunir et de suivre les formations organisées à l’évêché. De l’autre, l’espace est rural et beaucoup plus étendu. Les gens se déplacent moins vers le centre-ville de Liège.” Le doyenné de Herve comporte également trois particularités: on y trouve l’abbaye de Val-Dieu, le sanctuaire de Moresnet-Chapelle, mais aussi un crématorium (à Welkenraedt) qui est sous la responsabilité du doyen. Selon Fabrice de Saint-Moulin, “pour encourager les autres, il est important d’être heureux d’être prêtre et d’être dans l’espérance. Le doyen doit apporter un souffle et, pour ce faire, il doit aller bien lui-même et être à l’aise dans sa fonction de curé.”
A côté du doyenné de Herve, se trouve celui d’Eupen, un doyenné germanophone. D’après Helmut Schmitz, cette culture germanophone implique “un enracinement encore plus profond de la culture chrétienne et une influence manifeste des médias allemands”. Malgré la barrière de la langue, le doyen affirme qu’ils ont toujours senti appartenir au diocèse de Liège. “Le vicaire épiscopal joue un rôle important, car il fait le lien entre les paroisses et le diocèse. J’espère que l’on continuera à profiter de cette richesse interculturelle.” S’il devient difficile de trouver des prêtres qui savent parler allemand, le doyen Schmitz souhaite que chaque UP puisse toujours avoir son pasteur et que les chrétiens participent à la vie paroissiale.
Sandra OTTE