Nous avons rencontré Jessica, une jeune catéchumène de 26 ans. Elle nous raconte son parcours et son cheminement.
Pourrais-tu te présenter en quelques mots. Qui es-tu aujourd’hui, au moment où tu te prépares au baptême ?
Aujourd’hui, je suis une jeune prof qui a découvert une nouvelle réalité, et qui chemine vers le baptême après une année assez éprouvante, mais profondément fondatrice!
Le début de l’année 2025 a été marqué pour moi par beaucoup de fatigue intérieure, un ras-le-bol de moi-même et de mon identité telle que je la vivais. J’avais l’impression de me heurter sans cesse aux mêmes limites : une estime de moi fragile, une grande peur du jugement, une tendance à m’épuiser à vouloir tout porter seule. Cette période a été d’autant plus intense que je préparais l’agrégation pour devenir professeure. J’ai atteint un moment où la souffrance psychologique était presque devenue une habitude, mais où la solitude qu’elle entraînait était encore plus lourde. J’ai compris alors que, même entourée, il y a une part de la souffrance que personne ne peut vraiment traverser à notre place. C’est précisément dans cette solitude-là que quelque chose s’est ouvert en moi.

Aujourd’hui, je me présente comme quelqu’un en chemin, consciente de sa fragilité, mais aussi profondément habitée par une nouvelle espérance. Je ne me sens pas “arrivée”, mais appelée, et portée par un désir très profond de laisser Dieu transformer ma vie!!
Qu’est-ce qui t’a mise en route sur ce chemin vers le baptême ?
C’est dans ce contexte de grande fatigue intérieure que ma conversion a commencé; lors de nuits blanches, au printemps 2025, j’ai fait une expérience intérieure très forte. Je ne savais pas comment la nommer. Pour moi, au début, ce n’était pas clairement Dieu, encore moins Jésus : c’était une présence, quelque chose de réel mais difficile à définir. Pourtant, dans ces moments, j’ai commencé à pleurer, à demander de l’aide, parfois sans formuler de prière consciente. Et à travers ces larmes, j’ai ressenti un apaisement, une écoute, une présence qui ne me quittait pas. Pour la première fois, je me suis sentie profondément rejointe.
J’ai grandi dans une vision très pragmatique et scientifique de la vie, et j’avais beaucoup d’a priori sur la foi et la religion, que je percevais comme une forme de faiblesse ou d’illusion pour ne pas dire manipulation. Pourtant là, quelque chose a basculé : j’ai compris que cette présence n’était pas une idée, mais une personne. Une personne qui attendrissait mon cœur, qui me rejoignait précisément là où je souffrais le plus.
Ce déclic n’a pas été confortable! Tous ce que j’avais enfoui est remonté à la surface, les blessures, les peurs, les traumatismes. J’ai même eu l’impression d’aller plus mal qu’avant. Mais en même temps, c’était la première fois que j’avais une vraie espérance de changement, et surtout la certitude d’être aimée et écoutée telle que j’étais.
À partir de là, une soif très forte est née en moi, presque obsessionnelle. J’ai cherché à comprendre rationnellement qui était Jésus, avec une démarche presque scientifique : lire, regarder des conférences, des vidéos, vérifier si celui à qui je parlais intérieurement pouvait réellement être le Christ où si j’étais juste folle.
Comment ta relation à Dieu a-t-elle évolué au fil de ce chemin ?
Au début, il s’agissait surtout d’une expérience intérieure intense, presque brute, marquée par l’émotion, les larmes, et une forme d’urgence. Peu à peu, cette relation est devenue un peu plus stable, plus incarnée, même si elle reste fragile. Mais j’ai encore énormément de chemin à faire. Je ressens encore souvent de la culpabilité et de la peur quand je m’adresse à Dieu. Je me sens gênée et honteuse et cela montre que je ne réalise pas encore pleinement la grandeur de son amour pour nous.
Qu’est-ce que le baptême représente pour toi aujourd’hui ?
Pour moi, le baptême est avant tout une naissance! C’est le début d’une vie nouvelle, même si j’ai déjà le sentiment que cette vie a commencé. Il représente un pas de confiance que je fais vers le Christ.
As-tu rencontré des doutes, des résistances ou des peurs sur ce chemin ?
Oui, bien sûr ! Je peux donner un exemple très concret. Quand je suis allée à Taizé pour la Toussaint, j’étais épuisée, surtout émotionnellement. J’avais du mal à créer des liens avec les autres, j’étais froide, coupée de l’intérieur.
Et pourtant, ce qui s’est passé dans les temps de silence et de prière m’a profondément marquée. Jour après jour, à chaque prière, j’ai senti que quelque chose bougeait. En
repartant, j’ai eu l’impression très forte qu’on m’avait changé un cœur de pierre en un cœur de chair. J’ai réalisé que lorsque j’arrête de prier (ce qui était le cas avant d’aller à Taizé), je me coupe du vivant. Aimer son prochain devient alors presque impossible. Mais quand Dieu vient réanimer le cœur, aimer redevient simple, presque aussi naturel que de respirer.
Cette expérience m’a aidée à avancer parce qu’elle m’a montré que Dieu agit concrètement, même quand on arrive fatigué, fermé ou sans force. La foi ne repose pas uniquement sur l’élan ou l’émotion, mais sur une fidélité à la prière, qui permet à Dieu de transformer un cœur en profondeur.
Quelle place ont eue les autres (personnes, communauté, Église) dans ton parcours ?
Au début, mon entourage n’étant pas croyant, je ne savais pas à qui parler de ce que je vivais, ni comment vérifier que ce que je traversais était réel et sain !
Mon premier pas a été ma rencontre avec l’aumônerie des jeunes étudiants et jeunes travailleurs de Liège : le Logos! Dès le premier soir, j’ai rencontré des personnes qui sont devenues pour moi des amis très proches, des frères et sœurs. J’ai été frappée par la simplicité des liens, par la joie, et par le fait de me sentir aimée sans condition, malgré nos différences. C’est là que j’ai compris que l’Église pouvait réellement rassembler.

Ensuite, à la rentrée de septembre, j’ai rejoint la paroisse de Saint-Martin. Dès la première messe, j’ai ressenti simplement que c’était là que je devais être. J’y ai commencé le catéchuménat avec une équipe incroyablement bienveillante : Alain, Michel et Marie-Paul, qui m’accompagnent avec beaucoup de patience, d’écoute et de douceur. Nous sommes deux catéchumènes cette année, avec Gwendoline, et nous sommes aussi entourées par des néophytes, des jeunes baptisées il y a deux ans, qui partagent leur expérience avec beaucoup de simplicité.
Ces personnes sont devenues essentielles pour moi. Dans les moments où je doute, où je ne ressens plus la présence de Dieu, où j’ai l’impression d’avoir tout rêvé, elles me rappellent que ce chemin est réel et, surtout, qu’on y marche ensemble !

Si tu avais un message à adresser à quelqu’un qui se pose des questions sur la foi ou qui hésite à se lancer, qu’aurais-tu envie de lui dire ?
Je lui dirais d’abord qu’il n’a pas besoin d’avoir une foi claire, stable ou construite pour commencer. Je lui dirais aussi de ne pas rester seul! Chercher une paroisse, une aumônerie, un petit groupe, même si ça fait peur, ça peut tout changer. Pour moi, rencontrer des personnes concrètes, avec leurs histoires, leurs fragilités et leur foi à eux, a été le meilleur des soutiens. Enfin, je lui dirais que Dieu ne demande pas d’être quelqu’un d’autre que soi-même. Il se laisse rencontrer progressivement, et Il peut surprendre bien au-delà de ce que l’on imagine!