Les six dernières sœurs de l’abbaye Notre-Dame de Brialmont aux côtés de dom Xavier Frisque
Les six dernières sœurs de l’abbaye Notre-Dame de Brialmont, aux côtés de dom Xavier Frisque, supérieur de l’abbaye d’Orval, chargé d’accompagner la communauté dans cette étape de son histoire. © Diocèse de Liège

L’émotion était palpable, ce samedi 25 juillet, à l’abbaye Notre-Dame de Brialmont, à Tilff. Les dernières notes du Salve Regina résonnaient encore sous les voûtes lorsque l’assemblée s’est levée pour applaudir longuement les six sœurs cisterciennes. Près d’une centaine de personnes s’étaient rassemblées, non pour marquer la fermeture d’un monastère, mais pour rendre grâce de soixante-cinq années de vie monastique.

1961
Arrivée à Brialmont
65
Années de présence
55
Sœurs depuis la fondation
8
Sœurs aujourd’hui

Une lumière que l’on emporte

Il est des lieux dont on ne mesure la lumière qu’au moment de les quitter. Chaque soir, à Brialmont, à la fin des complies (la dernière prière de la journée), les sœurs éteignent une à une les lumières de la chapelle. Seul demeure illuminé le vitrail de la Vierge à l’Enfant. Alors, toutes tournées vers Marie, elles entonnent le Salve Regina, l’un des plus anciens chants de la tradition monastique.

Au terme de la messe d’action de grâce (une célébration destinée à remercier Dieu), dom Xavier Frisque, supérieur de l’abbaye d’Orval et responsable de la communauté de Brialmont, a remis à chacune des religieuses une reproduction de ce vitrail. Un geste simple, mais profondément symbolique : une lumière de Brialmont que les sœurs emporteront désormais avec elles, dans les communautés où elles poursuivront leur vie monastique.

Le vitrail de la Vierge à l’Enfant, dans la chapelle de l’abbaye de Brialmont
Le vitrail de la Vierge à l’Enfant illumine la chapelle de Brialmont. Chaque soir, les sœurs se tournent vers lui pour chanter le Salve Regina. © Diocèse de Liège

Un immense merci

Près d’une centaine de personnes avaient fait le déplacement pour cette célébration présidée par Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège. À ses côtés se trouvaient notamment Mgr Lode Van Hecke, évêque émérite de Gand et ancien abbé d’Orval, de nombreux prêtres, des religieux et des religieuses, des bénévoles, des amis de l’abbaye et des fidèles venus de toute la Belgique. Loin d’être tournée vers la seule perspective du départ, cette Eucharistie fut avant tout un immense merci, rendu pour soixante-cinq années de prière, de silence, de travail, d’accueil et de fidélité.

Prêtres et sœurs en prière lors de la messe d’action de grâce, dans la chapelle de Brialmont
La messe d’action de grâce, célébrée dans la chapelle de l’abbaye. © Diocèse de Liège

L’homélie de l’évêque

Mgr Jean-Pierre Delville

Évêque de Liège

Mgr Jean-Pierre Delville durant la célébration d’action de grâce

Dans son homélie, prononcée en la fête de saint Jacques, l’évêque a médité sur la parole de saint Paul, « nous portons un trésor comme dans des vases d’argile », et rappelé toute la fécondité de la présence des sœurs.

« Tout ce qui s’est vécu dans cette abbaye depuis 65 ans est un trésor, porté dans la fragilité de nos vies. Brialmont est devenu un véritable poumon vert du diocèse. C’est ici que l’on vient se mettre au vert… et que l’on reverdit. La vie consacrée est un trésor pour l’Église. Même dans la fragilité de ces dernières années, les sœurs ont continué à faire rayonner la vie monastique. »

📖 Lire l’homélie complète (PDF)

Une histoire née d’un appel

L’histoire de Brialmont commence loin de Tilff, et bien avant 1961. Dans les années 1930, quelques jeunes filles se rassemblent en « Pieuse Union » sous l’impulsion de dom Marie-Albert, abbé d’Orval, désireux de répondre par la prière aux appels lancés par le pape Pie XI. En 1931, Mgr Heylen, évêque de Namur, en approuve les statuts. Le 30 janvier 1934, les cinq premières s’installent à Sorée, dans le diocèse de Namur, sur une propriété qui leur est offerte et qui deviendra leur premier prieuré (une petite communauté monastique). La même année, un décret érige la « Pieuse Union » en « Société des Bernardines Réparatrices ».

La jeune communauté adopte peu à peu la vie cistercienne : elle en reçoit le calendrier, le bréviaire et le missel, avant que ses Constitutions ne soient définitivement approuvées en 1940. Le 2 février 1941, les sept premières religieuses prononcent leurs vœux perpétuels et la communauté se donne sa première abbesse (la sœur élue pour la diriger), Mère Julienne Angenot. Lui succédera en 1959 Mère Alix Streicher, dont l’abbatiat durera vingt-sept ans.

C’est en 1961 que Brialmont entre véritablement dans cette histoire. Le 5 août, le prieuré de Sorée est transféré à Brialmont-Tilff, dans le diocèse de Liège, sur une propriété offerte par la famille de l’une des sœurs. Mgr van Zuylen, alors évêque de Liège, confère au lieu le titre d’abbaye. Vingt-deux sœurs y prennent racine.

En 1975, la communauté demande son intégration à l’Ordre cistercien de la Stricte Observance (l’ordre des trappistes, voué au silence, à la prière et au travail) ; les abbesses cisterciennes réunies en chapitre général (l’assemblée qui rassemble les responsables de l’Ordre) l’accueillent à l’unanimité. Le 24 février 1976, les trente religieuses de la communauté prononcent leurs vœux solennels (l’engagement définitif dans la vie religieuse), en présence de Mgr van Zuylen. La même année, les sœurs du prieuré de Saint-Gérard rejoignent Brialmont : deux communautés n’en forment plus qu’une seule.

L’église abbatiale est dédicacée en 1981. En 1985, lors de son voyage en Belgique, le pape Jean-Paul II fait une visite privée à l’abbaye. Après Mère Colette Grévisse, élue en 1986, c’est Mère Marie-Pascale Dran qui guide la communauté depuis son élection en 2007 ; la bénédiction abbatiale lui a été conférée par Mgr Aloys Jousten, alors évêque de Liège. Depuis la fondation, cinquante-cinq sœurs auront passé par Brialmont.

Quelques repères

1931 · Naissance de la « Pieuse Union », approuvée par l’évêque de Namur.

1934 · Installation des premières sœurs à Sorée ; érection en « Société des Bernardines Réparatrices ».

1941 · Vœux perpétuels des sept premières religieuses ; Mère Julienne Angenot, première abbesse.

5 août 1961 · Transfert à Brialmont-Tilff ; le lieu reçoit le titre d’abbaye.

1975 · 1976 · Intégration à l’Ordre cistercien de la Stricte Observance et vœux solennels des trente religieuses.

1976 · Les sœurs de Saint-Gérard rejoignent Brialmont.

1981 · Dédicace de l’église abbatiale.

1985 · Visite privée du pape Jean-Paul II.

2007 · Élection de Mère Marie-Pascale Dran.

25 juillet 2026 · Messe d’action de grâce pour les 65 ans de présence.

Les sœurs de Brialmont entourées de Mgr Jean-Pierre Delville et des communautés cisterciennes
Les sœurs de Brialmont entourées de Mgr Jean-Pierre Delville et des communautés cisterciennes venues les accompagner. © Diocèse de Liège

Des visages, des vies données

Une communauté, ce sont d’abord des visages. Celle de Brialmont compte aujourd’hui huit sœurs : six vivent encore à l’abbaye, aux côtés de Sœur Marie-Pierre et de Sœur Marie-Fabienne, et deux, âgées de 88 ans, résident désormais à la maison de repos de Banneux, dont Sœur Camilla, qui fait partie des toutes premières religieuses arrivées à Brialmont.

L’aînée de la communauté

Sœur Claire

Sœur Claire, l’aînée de la communauté de Brialmont

Doyenne des sœurs encore présentes à l’abbaye, Sœur Claire porte en elle la mémoire vivante de Brialmont. Sur la photo, elle tient précieusement la reproduction du vitrail de la Vierge reçue au terme de la célébration : cette lumière de la chapelle qui accompagnera chacune des sœurs sur son nouveau chemin.

La benjamine de la communauté

Sœur Marie-Bernard

Sœur Marie-Bernard, la benjamine de la communauté de Brialmont

Plus jeune sœur de la communauté, Sœur Marie-Bernard incarne la continuité d’une vocation qui ne s’arrête pas au départ de Brialmont : comme chacune de ses sœurs, elle poursuivra sa vie monastique là où elle est appelée.

Responsable de l’hôtellerie

Sœur Colette

Le visage de l’accueil à Brialmont

Responsable de l’hôtellerie (l’espace du monastère réservé à l’accueil des hôtes et des retraitants) depuis de nombreuses années, Sœur Colette a un visage familier à tous ceux qui ont franchi les portes de Brialmont. Retraitants, groupes scolaires, jeunes en quête de sens, bénévoles ou simples visiteurs ont fait l’expérience de son accueil chaleureux, de son sourire, de son sens de l’humour et de son franc-parler. Au moment où la communauté s’apprête à quitter Brialmont, c’est avant tout la richesse de toutes ces rencontres qu’elle choisit de retenir.

« Nous avons toujours essayé d’accueillir chaque personne comme un frère ou une sœur, sans savoir ce qu’elle portait dans son cœur en arrivant. Que ce soit pour une retraite, un séjour en groupe ou simplement quelques heures passées à Brialmont, chacun avait sa place ici. Beaucoup sont repartis avec un peu de paix dans le cœur, et c’est sans doute le plus beau cadeau que le Seigneur nous a permis de vivre. Aujourd’hui, quitter Brialmont nous touche profondément, mais nous emporterons avec nous tous ces visages, toutes ces rencontres et tous ces petits moments de bonheur partagés. C’est cela qui restera gravé dans nos cœurs. »

« Nous quittons une maison, pas notre vocation »

Depuis plusieurs années, la communauté était confrontée au vieillissement de ses membres, à la diminution de leur nombre et à l’absence de nouvelles vocations. Au terme d’un long discernement conduit par Mère Marie-Pascale Dran et les sœurs, avec l’accompagnement de dom Xavier Frisque et de la Commission pour l’avenir, la décision a été prise, en lien avec l’Ordre cistercien de la Stricte Observance, de préparer le départ de la communauté. Dans les prochains mois, les six religieuses rejoindront d’autres monastères cisterciens, qu’elles ont pu choisir librement, pour y poursuivre leur vocation.

La suppression canonique du monastère (la procédure officielle par laquelle l’Église met fin à l’existence juridique d’un monastère), elle, s’inscrit dans un temps plus long. Conformément à la procédure propre aux monastères de moniales, la demande ne sera introduite auprès du Saint-Siège (le gouvernement central de l’Église catholique, à Rome) qu’après le prochain chapitre général de l’Ordre, prévu en septembre 2028. Le départ des sœurs et cette procédure suivent donc deux calendriers distincts.

Supérieure de la communauté

Mère Marie-Pascale Dran

À la tête de la communauté depuis 2007

Mère Marie-Pascale Dran, supérieure de la communauté de Brialmont

Pour Mère Marie-Pascale Dran, cette journée était marquée par des sentiments mêlés : la tristesse de quitter une maison habitée pendant des décennies, et une immense reconnaissance pour tout ce qui s’y est vécu.

« Nous avons vécu ici une histoire magnifique. Nous y avons grandi, prié, travaillé et accueilli des milliers de personnes venues chercher un peu de paix. Bien sûr, il y a une part de tristesse, car on ne quitte jamais sans émotion un lieu où l’on a donné une grande partie de sa vie. Mais ce qui habite aujourd’hui notre cœur, c’est surtout une immense reconnaissance. Nous rendons grâce pour tout ce que le Seigneur nous a permis de vivre ici. Notre communauté s’apprête à disparaître, mais ce que nous avons essayé de vivre à Brialmont ne disparaît pas. Chacune de nous poursuivra son chemin, là où elle est appelée, avec la conviction que Dieu continue d’écrire son histoire autrement. »

Elle se réjouit également de l’avenir du site et rappelle que les sœurs ont toujours souhaité que Brialmont demeure un lieu d’accueil, de silence, de prière et de rencontre.

« Savoir qu’un nouveau projet est en train de naître nous remplit d’espérance. Nous sommes heureuses de voir que l’histoire de Brialmont va continuer, autrement. »

L’histoire de Brialmont continue

Si la communauté monastique s’apprête à quitter Brialmont, le site, lui, poursuivra ses activités et sa mission d’accueil. Plusieurs partenaires travaillent actuellement avec l’abbaye d’Orval et le diocèse de Liège afin de construire un nouvel avenir fidèle à l’identité du lieu. L’hôtellerie poursuivra son activité et l’abbaye restera ouverte au public. Les contours de ce projet, qui associera les dimensions spirituelle, écologique et sociale, seront présentés lors d’une rencontre avec la presse organisée au début du mois de septembre.

Amis, bénévoles, prêtres et communautés religieuses réunis devant l’abbaye pour la messe d’action de grâce
Amis, bénévoles, prêtres et communautés religieuses venus de toute la Belgique pour cette célébration d’action de grâce. 
© Diocèse de Liège

Une lumière qui voyage

Ce soir-là, à Brialmont, la chapelle s’est éteinte comme chaque soir depuis des décennies. Le vitrail de la Vierge, lui, est resté allumé, et le Salve Regina s’est élevé une fois encore. Bientôt, la chapelle connaîtra d’autres silences. Mais la lumière de ce vitrail, chaque sœur l’emporte désormais avec elle, comme on emporte un feu que l’on veille à ne pas laisser s’éteindre.

Une communauté monastique s’apprête à quitter Brialmont. Mais l’esprit qui a façonné ce lieu depuis plus de soixante-cinq ans continuera d’y vivre. Dans un monde en quête de silence, de sens et d’espérance, Brialmont poursuivra sa vocation : demeurer un espace de paix, de rencontre et de ressourcement pour tous.

À découvrir

Les communiqués officiels du diocèse

Le communiqué consacré au départ de la communauté de Brialmont, et bien d’autres, sont à retrouver dans l’espace dédié aux communiqués officiels et dossiers du Diocèse de Liège.

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