Une rentrée scolaire inédite

Publié le mercredi 16 septembre 2020

La rentrée scolaire ne peut se résumer au seul code couleur qui a fait la une des journaux. En plus de l’incidence de celui-ci sur le quotidien des élèves et des enseignants, d’autres mesures entrent en vigueur dès ce premier septembre 2020. Ces dernières auront un impact sur la scolarité des élèves pour les années à venir.

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Aucune rentrée scolaire n’est un copier-coller de celle des années précédentes. Tous les enseignants, toutes les directions, tous les parents, tous les élèves vous le diront. Alors, a fortiori, après plus de 3 mois d’interruption, compte tenu des incertitudes que le Covid-19 fait toujours planer sur notre quotidien, la rentrée de l’année scolaire 2020-2021 ne pouvait pas être une rentrée ordinaire.

Je ne m’étendrai pas sur les mesures prises pour cause de pandémie depuis le confinement mi-mars et sur leur bien-fondé. Polémiquer ne changera rien à l’affaire. L’heure est plutôt à mettre tout en œuvre pour permettre aux élèves de reprendre le chemin de l’école et le cours de leurs apprentissages de la façon la plus sereine possible. Ainsi, les enseignants comme les directions n’ont pas ménagé leur peine et ont redoublé de créativité pour accueillir au mieux les élèves le 1er septembre.

Impossible pour cause de mesures de sécurité sanitaire de rassembler tous les parents et tous les élèves autour d’un petit déjeuner de bienvenue comme il était de coutume de le faire les années précédentes? Qu’à cela ne tienne, chaque enseignant en organisera un avec l’ensemble des élèves de sa classe.

Par crainte d’une contamination, des parents ont peur d’amener leur enfant à l’école alors qu’ils ont pris l’habitude de le garder auprès d’eux durant près de 6 mois, c’est bien compréhensible. Le personnel enseignant, les éducateurs ou un membre de la direction prendra le temps de les écouter, de les assurer que tout est mis en œuvre pour que l’année scolaire démarre dans les meilleures conditions. L’angoisse des parents peut avoir des répercussions sur les enfants et vivre dans l’angoisse empêche quiconque de s’ouvrir, de se concentrer sur de nouveaux apprentissages.

Un autre point requerra tout particulièrement l’attention du personnel enseignant. On a pu constater durant le confinement qu’un certain nombre de jeunes, et c’est surtout vrai chez les adolescents, se sont repliés sur eux-mêmes, refusant même pour certains de quitter leur domicile. Ils ont ainsi pris des habitudes de vie très différentes de celles qu’ils avaient jusqu’alors. Pour eux aussi, le retour à l’école ne s’est pas fait sans crainte et le risque de décrochage n’est pas à négliger.

Trois maîtres mots au niveau des apprentissages et suivi des élèves:
stratégie de différenciation, hybridation des apprentissages, lutte contre le décrochage scolaire.

Au niveau des apprentissages, cette interruption forcée n’est pas sans laisser des traces. Même si, des contacts ont été maintenus entre élèves et enseignants, des travaux ont été proposés, tous n’en ont pas tiré profit de la même façon.

Pour les uns, il n’y avait plus d’enjeu. Au vu de leurs résultats, l’année scolaire était réussie quoi qu’il arrive. Alors, dans ce contexte, pourquoi continuer à travailler?

Pour d’autres, bien qu’ayant le désir de réaliser les travaux proposés, l’équipement informatique dont ils disposaient à la maison étant insuffisant, ils se sont trouvés dans l’impossibilité de s’investir autant qu’ils le souhaitaient.

Pour d’autres encore, les difficultés déjà rencontrées auparavant étaient telles qu’il leur était quasi impossible de pouvoir s’acquitter des travaux sans aide extérieure.

Un des grands défis pour les enseignants en ce début d’année scolaire est d’évaluer où en est, au niveau de son apprentissage, chacun des élèves qui fréquente sa classe. Le constat fait, encore faudra-t-il savoir comment remédier aux difficultés, résorber les lacunes, individualiser autant que faire se peut les apprentissages, les différencier pour les rendre efficaces.

L’utilisation de l’outil numérique qui s’est fortement développé durant la “période covid” ouvre de nouvelles perspectives pour un enseignement différencié comme pour un enseignement “à distance”, à condition que tous les élèves puissent être équipés pour en bénéficier. Si nous voulons que l’enseignement que nous prodiguerons soit un enseignement équitable, nous nous devons de veiller à ce que tous puissent bénéficier des outils nécessaires pour y arriver.

Vous entendrez donc probablement parler de stratégies de différenciation et d’hybridation des apprentissages (mixte entre l’apprentissage réalisé en présentiel avec l’aide de l’enseignant et un apprentissage plus personnel ou différencié par utilisation du numérique). Les enseignants ont eu l’occasion soit durant la période de confinement, soit durant les vacances de se former à ces techniques nouvelles pour certains d’entre eux. Des “fiches-outils”, des plateformes sont mises aussi à disposition des enseignants afin qu’ils puissent réaliser au mieux leur mission et, éventuellement pouvoir poursuivre un enseignement à distance si malheureusement, certaines écoles passaient en zone orange ou rouge même temporairement.

Mise en place du tronc commun

La pandémie n’a pas mis un frein à la mise en place des décisions prises par le monde politique en matière d’enseignement. Le Pacte pour un Enseignement d’excellence est une réforme de grande ampleur de l’enseignement. Il est le fruit d’un intense travail collectif entamé en 2015 sous la houlette de la ministre Joëlle Milquet et est fondé sur une ambition commune à l’ensemble des partenaires de l’école: renforcer la qualité de l’enseignement pour tous les élèves, le rendre plus équitable et plus performant. Il s’agit d’une réforme systémique qui s’inscrit dans la durée. Elle se met progressivement en place.

Les trois années du maternel entrent dans le nouveau tronc commun en cette rentrée de septembre 2020. Ensuite, année après année, on poursuit jusqu’à l’actuelle 3ème année de l’enseignement secondaire. L’enseignement maternel s’est ainsi vu doter d’un référentiel (tout comme ce fut le cas pour l’enseignement fondamental et l’enseignement secondaire bien avant lui). Les élèves inscrits en 3ème maternelle devront donc faire la preuve qu’ils ont acquis les compétences nécessaires pour entamer, l’année scolaire suivante, la première année de l’enseignement fondamental. Au travers de cette réforme, on peut voir une reconnaissance du travail réalisé depuis de nombreuses années par les enseignant(e)s de maternel. Pour ceux qui l’ont connue et sans y voir un quelconque jugement, il faut reconnaître que l’on est loin de ce qui était mis en œuvre pour les élèves quand ceux-ci fréquentaient “l’école gardienne”.

Une autre nouveauté, liée à la mise en place de ce tronc commun, est d’application dès la rentrée 2020. Il est en effet prévu que “l’enseignant(e) titulaire exerce ses élèves à l’Éveil aux langues à raison d’une période par semaine, de la 1ère maternelle à la 2ème primaire. L’Éveil aux langues vise une ouverture à une diversité de langues. En ce sens, il ne porte pas uniquement sur les langues traditionnellement enseignées dans les écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ainsi, parallèlement à sa dimension linguistique, l’éveil aux langues permet de s’ouvrir progressivement à d’autres cultures, contribuant à la visée d’une société davantage tolérante et ouverte”. Un beau projet en soi…

Obligation scolaire

Pour terminer, je rappellerai que la modification de l’âge auquel un enfant est soumis à l’obligation scolaire est entrée en vigueur. Effectivement, suite à l’adoption de la loi du 23 mars 2019 modifiant la loi du 29 juin 1983 concernant l’obligation scolaire, à partir du 1er septembre 2020, l’obligation scolaire s’applique à tous les élèves qui atteindront l’âge de cinq ans au cours de l’année civile 2020. En conséquence de quoi, à moins que ses parents n’aient opté pour l’enseignement à domicile (à .ne pas confondre avec l’enseignement à distance qui, par la force des choses, s’est considérablement développé durant ces derniers mois), tout enfant devra être présent à l’école tous les jours dès l’âge de 5 ans. Un justificatif devra obligatoirement être fourni si l’enfant est absent même pour une demi-journée.

Il n’y a pas à dire, la rentrée 2020 restera, dans nos mémoires, une rentrée scolaire inédite pour de multiples raisons….

Marie-Flore MONTRIEUX,
Déléguée épiscopale de l’Education chrétienne
et de l’Enseignement du diocèse de Liège.