Une pionnière du catéchuménat d’adultes

Publié le jeudi 06 février 2020

Âgée de 91 ans, l’esprit toujours éveillé et agile, Sœur Marie-Jean, bénédictine de Liège, parle avec passion de ce Service qui a pris de l’ampleur ces dernières années: la préparation au baptême des adultes. Rencontre avec une pionnière du catéchuménat.

© Diocèse de Liège

Racontez-nous les débuts du catéchuménat des adultes dans le diocèse de Liège…

Dans les années ’80, le chanoine Armand Baudouin m’avait envoyé à Lille pour suivre une formation catéchétique pour adultes, Mess’AJE. A mon retour, j’ai commencé tout de suite à animer des formations. En 1992, des laïcs sont venus me trouver, me présentant le cas de personnes non baptisées qui assistaient aux conférences des dominicains et souhaitaient devenir chrétiens. C’est ainsi que Mgr Houssiau m’a demandé officiellement de mettre sur pied une équipe de catéchuménat d’adultes.

Comment cela se fait-il qu’une religieuse contemplative s’engage dans la pastorale active du diocèse?

Effectivement, la vocation des bénédictines de Liège est d’abord contemplative. Mais en ville, les contemplatives ne peuvent pas rester enfermées dans leurs murs. Avec la permission de l’évêque et de l’abbesse, nous pouvons sortir pour des activités pastorales, et je suis sortie beaucoup…

Avant la création de ce Service, y a-t-il déjà eu des demandes de baptême d’adultes?

Oui, mais il n’y avait pas de structures claires. A l’époque, l’abbé Pinckers, qui s’occupait de pastorale liturgique, aurait bien voulu intégrer le catéchuménat dans son champ de travail. Je m’y suis opposée en disant que nous allons être enfermés dans les sacristies, et j’ai tout fait pour que nous ne soyons pas inclus dans la liturgie, mais dans la catéchèse, parce que je voulais quelque chose de plus large, ouvert au monde.

Pourquoi les gens demandent-ils le baptême?

Chacun a son chemin. J’ai toujours eu l’impression que c’est Dieu qui frappe à leur porte. Le catéchumène entend frapper, et à son tour, il vient frapper à la porte de l’Eglise. Il veut communier à Dieu, être instruit de l’Evangile. Le baptême est une sorte de mariage, une communion avec Dieu qui considère le baptisé pleinement comme son enfant et ne l’abandonnera plus jamais.

Chez nous, la préparation au baptême dure au moins un an. Et pourtant, quand on lit les Actes des Apôtres, on a l’impression que les convertis sont toujours baptisés très vite…

Il est très important d’attendre parce que nous vivons dans une société totalement sécularisée où la religion est l’objet de beaucoup de critiques et d’interrogations. Pour pouvoir vivre dans le monde pluraliste qui est le nôtre, il faut s’accrocher, se préparer, être branché sur la Trinité. Dans mes catéchèses, j’insistais beaucoup sur l’importance de la prière. Il est important de demander à l’Esprit Saint: guide-moi, fais-moi comprendre ce que je dois faire.

Le Carême baptismal comme préparation immédiate au baptême est très important aussi. D’ailleurs, les rencontres entre l’adulte qui souhaite être baptisé et son accompagnateur doivent être régulières. Et si c’est possible, la paroisse a aussi son rôle à jouer. Un chrétien ne vit pas seul.

Faut-il continuer le baptême des petits enfants?

Oui, certes, mais il faut que l’entourage soit porteur, parce que faire baptiser un enfant et ne plus l’accompagner par après n’a pas de sens.

Propos recueillis par Ralph SCHMEDER