Te Deum à Liège: se préoccuper de la justice

Publié le mardi 23 juillet 2019

Lors du Te Deum œcuménique qui s’est déroulé ce 21 juillet à la cathédrale Saint-Paul, la pasteure Judith van Vooren, de la Communauté protestante libérale de Liège Marcellis, a partagé à l’assemblée une réflexion sur l’importance d’un décentrement qui mène à un engagement pour la justice.

Voici le texte de son intervention (basée sur Mt 6, 24-34):

 

Considérez les corbeaux et instruisez-vous auprès des lis des champs…

Méditation à l’occasion du Te Deum œcuménique, le 21 juillet 2019 à la Cathédrale St. Paul  à Liège.

Les paroles que nous avons choisies pour ce Te Deum œcuménique, font partie des textes communs aux Évangiles de Luc et de Matthieu. Si Luc situe ce discours dans une suite de plusieurs enseignements, Matthieu l’intègre au  Sermon sur la Montagne, qui est une magnifique relecture de la Loi de Moïse. Les deux posent les jalons d’une éthique fondée sur la conviction que l’Éternel, le Dieu matriciel, nous précède lorsque nous nous tournons vers autrui pour faire le bien. Car selon la parole de Jésus, notre être est qualifié par le fait que nous valons aux yeux de l’Éternel, bien plus encore que les oiseaux du ciel et les lis du champ. Et c’est précisément cette valorisation de notre être qui nous fait nous tourner vers d’autres êtres.

Ou, pour le dire autrement, parce que nous croyons que l’Éternel prend soin de nous comme Il prend soin des corbeaux et des lis, nous pouvons nous mettre en quête de son Royaume ‘et de sa justice’, précise Matthieu. Car l’amour incite à aimer à notre tour.

Sans doute, Jésus avait-il eu en tête que l’observation des corbeaux et des lis des champs mènerait à une certaine tranquillité d’esprit, il visait un apaisement pour nos inquiétudes inutiles… ‘Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie?’.  Mais loin de lui l’idée que la vie de l’homme pouvait se réduire à une passivité molle et égocentrique. L’observation de ces modestes créatures devait inspirer le citoyen du 1er siècle du bassin méditerranéen, à cette paix et confiance qui lui permettrait de se décentrer de sa propre personne pour mieux accueillir l’autre avec compassion et respect .

L’appel à ne pas nous préoccuper de notre nourriture ni de nos habits, qui sont pourtant des besoins réels et même essentiels à nos yeux, étonne par sa modernité. Nous sommes conscients des limites et de la pauvreté de notre société de surconsommation. De manière paradoxale et à mesure que notre richesse augmente, notre inquiétude de manquer atteint des niveaux rarement vus.

La parole de Jésus nous rejoint dans la conviction que l’essentiel de notre vie  est peut-être ailleurs, si bien que notre inquiétude, notre préoccupation, pourra s’orienter autrement aussi. Non plus vers la satisfaction de nos besoins matériels plus ou moins immédiats, mais vers ce qui nous dépasse et nous déplace: la recherche du royaume et de la justice, la tsedaka biblique qui vise en toute chose la relation bonne avec les hommes et les femmes qui peuplent avec nous la création de Dieu.

Cette recherche du royaume se traduit par des choix, des actions et des engagements personnels et sociaux qui contribuent d’une manière ou d’une autre, à réduire la faim, la soif et la pauvreté. Et donc, nous soumettons à un examen critique notre rapport au temps et notre rapport à l’argent afin de vérifier si nos préoccupations principales concernent bien la justice d’abord, puisque nous savons que de là découleront toutes les autres bénédictions.

Observez les corbeaux et instruisez-vous auprès des lis…

Cet exercice spirituel ne nous apporte pas uniquement la tranquillité d’esprit et la calme confiance. Aujourd’hui, quand j’observe le ciel et les champs, les oiseaux et les lis m’apprennent surtout qu’il est vraiment temps/urgent d’agir.

L’idée gagne tout doucement du terrain, elle entre dans nos réflexions par le concept de décroissance par exemple et les jeunes nous la rappellent avec force et insistance: notre préoccupation de la justice doit désormais s’étendre aux corbeaux et aux lis des champs; notre quête du royaume doit inclure la création tout entière afin de réduire notre empreinte écologique qui porte atteinte à l’œuvre bonne de notre Créateur.

Il nous a semblé bon, en ce jour de fête nationale, de rappeler notre  préoccupation commune et première, en référence au Maître de la Vie et à la Vie tout court, et donc  avec confiance, de  nous recentrer sur l’essentiel, de réorienter notre regard et de répondre par notre seul souci de  justice, à la tendresse que nous avons reçue.

Judith van Vooren