Les Salésiennes de la Visitation dans le diocèse de Liège

Publié le mercredi 05 février 2020

Il y a un an déjà, que Margherita Parolin, salésienne de la Visitation, quittait Outremeuse. Aujourd’hui, Margherita Parolin – après toute sa vie professionnelle au Centre Familial de Liège en dialogue avec ses responsables qui ont répondu à l’appel d’une congrégation inter-congrégationelle pour accueillir les migrants – se trouve en Sicile (pour 3 mois) après être passée par Rome pour recevoir une formation de 15 jours. Elle nous fait part ainsi de son vécu.

« Caltanissetta où je suis depuis près de trois semaines. Cité assez pauvre au centre de l’ile, elle est aussi étendue, parsemée de ruelles toujours en montée ou en descente, parfois avec des escaliers. Des lessives entières sèchent aux balcons des maisons ou building. Notre communauté est logée au 5ème étage, juste devant l’église moderne. Des églises, il y en a beaucoup…..et souvent remplies. Les actions auxquelles nous participons ont presque toujours lieu dans les locaux de cette église.
Dans notre communauté, nous sommes quatre sœurs : une italienne (du Nord), dominicaine qui a été missionnaire de longues années sur plusieurs continents, une indienne de la famille franciscaine qui a vécu sa vie religieuse en Ouganda, une zambienne et moi pour le moment.
Notre mission est triple : accueillir et aider les migrants qui le demandent, susciter des ponts avec les gens de la cité et témoigner, par notre vie de communauté, qu’il est possible de vivre ensemble malgré toutes nos différences pourtant importantes.
J’ai rencontré plusieurs migrants, des femmes, des jeunes hommes, quelques enfants, qui apprennent l’italien, indispensable à leur insertion. Je suis appelée en particulier pour aider ceux qui ne connaissent que leur langue et le français. J’accompagne 4 x 2 h par semaine une femme marocaine, de 42 ans qui sait parler italien mais ne sait ni lire ni écrire : elle a une super patience pour dessiner les lettres et déchiffrer des mots…. Je participe à la préparation d’un repas pour personnes qui ont peu de moyens, et ce le vendredi. Il y a une équipe chaque jour. Le curé m’a aussi demandé de visiter une personne du quartier, italienne qui a vécu à Paris…..
Les fêtes de Noël ont été l’occasion ďactivités différentes. Au niveau liturgique, beaucoup de dévotions que nous appelons populaires : neuvaine, chants de Noël siciliens, représentations de passages de l’Écriture avec distribution de bonbons,…. nous avons passé toutes ces soirées, précédées de la messe, dans une église très grande, très froide, sans chauffage et avec beaucoup de paroissiens. Le jour de Noël, nuit et jour, très animé avec beaucoup de monde. La nuit nous l’avons passée au repas paroissial avec des gens seuls ou démunis, les proches de la paroisse et quelques jeunes migrants. Tout cela suivi des vêpres et de la messe à 23h30.
Les activités habituelles étaient en veilleuse, comme la vie de la cité d’ailleurs…. nous avons vécu trois rencontres avec les migrants : hommes, femmes et enfants…. séparés… cela me semble étrange mais… nous sommes en Sicile ! Les deux dernières étaient plus « simples ». Bref accueil et vœux de Noël, pâtisseries, panettone (incontournable à Noël…pas une ombre de bûche) et jus ou coca. Jeux pour les enfants. Ambiance chaleureuse.
Pour les hommes, chrétiens et musulmans, environ 30 personnes. Participation du curé, de nous, les sœurs, de l’animateur musulman, des responsables du camp qui accueille plusieurs centaines de personnes. Lecture d’un  texte de la Bible, un texte du Coran, message du curé, partage de longues prières d’intention, en italien, anglais et français avec traduction (me voilà interprète !). Moment très intense. Pourquoi ne pas le partager avec les femmes et les ados et aussi avec les paroissiens ???
Ce fût de bons moments de convivialité, de prière et de fraternité.
Par exemple, je m’interroge sur la vie des femmes et leur place dans cette société, sur la vie de beaucoup d’hommes qui palabrent sur la place. Que font-ils ?

Maintenant mes activités :
– 4 x par semaine, je reçois une mère de famille marocaine, elle sait parler l’italien, mais ne sait ni lire ni écrire, ni en italien ni en arabe. Elle apprend péniblement à déchiffrer et dessiner les syllabes et n’arrive pas encore à distinguer les voyelles…. Mais elle VEUT y arriver ….
– j’aide à l’apprentissage de l’italien des jeunes gens qui parlent le français et non l’anglais. Les niveaux de scolarisation sont très divers. Ils sont peu nombreux et c’est presque de l’individuel.
– 2× par semaine, je participe à  l’accueil des enfants de migrants pour l’école des devoirs. Il y a des jeunes bénévoles.
– le vendredi matin, je participe à la préparation du repas du resto social de la paroisse. Environ 25 personnes par jour.
– j’ai commencé à aller aider 1 x par semaine à  Caritas, service social du diocèse, activités variées, très structurées, au service de ceux qui en ont besoin, souvent envoyés par les paroisses. Je découvre cela encore.

Voilà un petit aperçu de ma vie pour le moment. L’expérience humaine est riche et belle, souvent déroutante… surprenante…. »

Un peu d’histoire …

Les salésiennes de la Visitation ont pour charisme de vivre le mystère de la Visitation, c’est-à-dire de la  rencontre vécue entre Marie et Elisabeth, inscrite au cœur de la vie des sœurs. Cette congrégation issue du diocèse de Tournai s’est implantée à Liège au 19e siècle. Madame Michotte, veuve à 29 ans sans enfants, a suivi les dernières volontés de son mari en transformant leur propriété de la rue Chevaufosse en un lieu d’accueil pour les enfants défavorisés de Liège. Madame Michotte accueillera jusqu’à 130 enfants. Pour mener à bien cette mission, elle fait appel aux salésiennes de la Visitation du diocèse de Tournai. Elle leur léguera d’ailleurs son œuvre.

Déménagement

Mais les sœurs elles aussi souhaitent être soutenues par des jeunes gens bien formés pour poursuivre et assurer la mission de l’orphelinat. Elles vont alors décider de déplacer l’école d’éducatrices qu’elle tenait à Celles pour l’implanter à Liège. Comme les sœurs de Notre-Dame quittaient leur école rue Puits-en-Sock, les Salésiennes investissent les lieux pour y fonder le « Centre de formation éducationnelle », première école de ce genre, d’un niveau supérieur en Belgique. C’était en 1957. L’objectif des Salésiennes de la Visitation était de pourvoir à l’éducation et à l’instruction des futures éducatrices, en suivant la pédagogie de François de Sales : accueil de tous, respect de chacun, dans la simplicité et la cordialité. Et cette école existe toujours et porte aujourd’hui le nom de Centre de formation éducationnelle liégeois (CFEL Helmo). «Portée par ce désir de répondre aux appels du moment, sœur Alice, avait même créé dès 1959, un club des jeunes d’Outremeuse pour les enfants d’immigrés qui courraient dans les rues.»

Dans le même élan, les sœurs vont mettre sur pied un « Centre de recherche et de rencontres », centre d’éducation permanente, avec la volonté de dialoguer avec les autres religions et les musulmans en particulier. Ainsi, les Salésiennes ont œuvré 60 ans de présence en Outremeuse !

 

Habitant trois lieux différents, trois sœurs exercent des missions à caractère social: gestion des services à domicile, lieu d’accueil pour SDF, alphabétisation des personnes immigrées, lien avec la maison d’enfants, accueil des anciens « professionnels et enfants » … En collaboration avec des équipes de professionnels, elles sont attentives à retisser le lien social blessé. La Communauté est l’espace où chacune vient relire sa vie et ses rencontres à la lumière de l’Evangile.

Pour en savoir plus, consulter le site des Salésiennes de la Visitation.