Funérailles de Monseigneur Aloys Jousten, évêque émérite du diocèse de Liège

Publié le jeudi 23 septembre 2021

Le décès inopiné de notre ancien évêque a suscité l’émoi un peu partout dans le diocèse et bien au-delà. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les messages d’hommage se multiplient. Pour vous permettre d’avoir des informations de première main et complètes, voici encore quelques points que nous voudrions vous communiquer : les précisions pour les funérailles; compléments biographiques et une interview bilan à la fin de l’épiscopat de Mgr Jousten.

1. Les funérailles

  • Comme vous le savez, Mgr Jousten est décédé à Cologne. Sa dépouille devrait arriver à Liège ce vendredi soir et sera exposé à la cathédrale (chapelle du Saint-Sacrement) samedi et dimanche de 8h00 à 19h00.
  • Le dimanche à 18h aura lieu une veillée de prière
  • La messe des funérailles sera célébrée le lundi 27 septembre à 10h30 à la cathédrale. Le nonce apostolique et plusieurs évêques amis de Mgr Jousten ont déjà annoncé leur venue. Il n’est pas nécessaire de s’inscrire, mais en raison des restrictions sanitaires actuelles, le nombre de places sera limité. La célébration sera retransmise en direct par la radio RCF-Liège (93.8 FM et DAB+) et 1RCF en DAB+ (sinon par internet via www.rcf.be ou l’app RCF, en choisissant la région), ainsi que sur YouTube (doyenné de Liège) et Facebook (gens d’Outremeuse). Il n’y aura pas de défilé à la fin de la messe. Ceux qui veulent rendre hommage au défunt sont invités à le faire avant le début de la célébration.
  • Mgr Jousten sera enterré dans la crypte de la cathédrale.
2. Compléments biographiques 

Monseigneur Aloys Jousten est né à Saint-Vith, le 2 novembre 1937, aîné de cinq enfants. Ses parents avaient une exploitation agricole à Eibertingen (commune d’Amblève).
Aloys Jousten fréquente l’école primaire communale d’Amblève, avant de faire ses humanités gréco-latines au Collège épiscopal de Saint-Vith.
En 1956, il entre au Séminaire. Il étudie la philosophie à Saint-Trond et la théologie à Liège. De 1961 à 1965, il étudie la théologie à l’Université Catholique de Louvain. Il obtient son doctorat en 1966.
Le 8 juillet 1962, à la Cathédrale de Liège, Aloys Jousten reçoit l’ordination sacerdotale des mains de Mgr Guillaume-Marie van Zuylen.
De septembre 1964 à juin 1975, il est professeur de théologie morale au Grand Séminaire et à l’Institut Supérieur de Catéchèse (ISCP) à Liège.
En 1975, Aloys Jousten est nommé directeur du Heidberg-Institut (lycée épiscopal pour filles) à Eupen.
De 1970 à 1985, il sera vicaire dominical à Amblève, sa paroisse d’origine.
Fin juin 1985, Mgr van Zuylen nomme l’abbé Jousten curé-doyen de St-Vith.
En 1986, Mgr Albert Houssiau, nouvel évêque de Liège, lui confie également la charge de vicaire épiscopal pour la région germanophone. En cette qualité, l’abbé Jousten sera aussi membre du Conseil épiscopal.
En août 1990, il est nommé doyen à Eupen et curé de la paroisse Saint-Nicolas d’Eupen.
Le 3 juin 2001, il est ordonné évêque de Liège par le Cardinal Godfried Danneels et de nombreux évêques de Belgique et des pays limitrophes.
Lors de son épiscopat, il a été président de la Commission épiscopale Gaudium et Spes, évêque référendaire pour l’Enseignement et le Caritatif dans les Communautés française et germanophone. Il était également évêque désigné au Conseil Interdiocésain des Laïcs. Il connaissait donc très bien les réalités sociales de la société.
Après la fin de son épiscopat, au lieu de retourner dans la région germanophone, Aloys Jousten est resté à Liège et a habité un appartement chez les Bénédictines du Boulevard d’Avroy.

3. Interview bilan avec Mgr Aloys Jousten réalisé en juillet 2013 sur RCF Liège

(disponible en version audio plus longue en cliquant sur le lien ci-après : https://rcf.fr/vie-spirituelle/points-de-repere-0)

Le 14 juillet 2013, Aloys Jousten a passé le relais à son successeur, Jean-Pierre Delville. Parmi les nombreux applaudissements lors de l’ordination épiscopale de ce jour-là, une bonne partie lui était destinée. Incontestablement, l’engagement et l’exemple de Mgr Jousten ont marqué le diocèse de Liège. Ralph Schmeder l’a rencontré récemment pour un dernier grand entretien.

Au moment de votre ordination il y a 12 ans, étiez-vous conscient de ce qui vous attendait ?

Je me suis déjà posé cette même question. Bien sûr, pendant mes 16 ans d’appartenance au conseil épiscopal avec Mgr Houssiau, j’ai appris à connaître son rôle, mais puisque j’habitais Eupen, je n’étais pas tellement au courant de ce qu’il faisait au jour le jour. Dès les premiers appels, je me suis dit : vas-y ! J’ai décidé d’entrer en contact avec les paroisses, les communautés, les institutions chrétiennes et les autres lieux où des hommes et des femmes, croyants ou incroyants, se mettent au service des autres. Je reste convaincu que cela a été le bon choix, qui correspondait à mes capacités.

Quand on se lance dans une aventure comme la vôtre, est-ce qu’on se fixe des objectifs à atteindre ?

Ayant été vicaire épiscopal, curé, doyen, directeur d’école etc., j’avais déjà une certaine connaissance des besoins du diocèse. Ma première priorité était de nous amener tous à approfondir notre relation au Christ. Et puis, une autre question est venue assez rapidement : sommes-nous heureux d’être chrétiens ?
D’autre part, le Chantier Paroisses était lancé depuis longtemps, même s’il portait un autre nom sous Mgr Houssiau et Mgr van Zuylen. Nous sommes alors passés à la vitesse supérieure en créant les unités pastorales. Nous sentions bien que les 530 paroisses du diocèse n’étaient plus à même de répondre à leur mission. Non seulement les prêtres manquaient, mais les ressources humaines faisaient défaut ou n’étaient pas assez présentes. Cette mise en place du regroupement des communautés, qui est avant tout l’œuvre du vicaire général Alphonse Borras et de son équipe, marquera certainement mon épiscopat.
Autre priorité de mon épiscopat dès le début : nous avons créé un vicariat baptisé « Évangile et Vie », qui a pris la succession des « pastorales spécialisées ». Je voulais que, dans ce vicariat, on se préoccupe du lien entre l’évangile et la vie concrète. Le vicaire épiscopal Baudouin Charpentier a réussi dans beaucoup de domaines à enthousiasmer des collaborateurs bénévoles et professionnels pour concrétiser l’évangile dans la vie de tous les jours.

Y a-t-il des projets que vous n’avez pas eu le temps de mettre en pratique ?

Si on ne l’a pas fait, c’est peut-être parce que le temps n’était pas encore mûr. Il faut respecter le rythme des gens. Dans le domaine des « eucharisties dominicales significatives », il faut encore évoluer vers un regroupement des chrétiens pour qu’on ait des eucharisties vraiment enrichissantes, qui soient l’expression de la foi d’une communauté vivante.

Quels ont été quelques moments particulièrement heureux de votre épiscopat ?

Tout d’abord mes contacts avec les jeunes. Je pense notamment aux pré-JMJ en 2005 où beaucoup de familles ont accueilli des participants de nombreux pays aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Cologne. Quels moments forts pendant ces quelques jours ! J’ai beaucoup aimé ce qui se vivait là-bas.
Ensuite, j’ai été très heureux de pouvoir vivre de nombreuses célébrations de confirmations. J’ai pu observer tant de fois que ce temps de cheminement et de célébration a fait grandir les jeunes, dans leur confiance en eux-mêmes, mais aussi dans la connaissance de la foi. Les adolescents sont comme de jeunes pousses. Il faut veiller à ce que tout ce qu’il y a de beau et de bon en eux puisse venir à la surface et porter de beaux fruits.
A côté des jeunes, je voudrais aussi souligner les visites dans les paroisses et ailleurs. Cela a toujours été important pour moi de rencontrer les gens, de les écouter et de savoir où ils sont dans leur foi.
Je voudrais encore souligner l’importance des voyages à l’étranger pour moi. J’ai visité plusieurs continents, et cela m’a enrichi énormément. Cela m’a permis de vivre la solidarité et la fraternité dans l’Eglise universelle.

Je suppose qu’il y a eu aussi des moments plus difficiles…

Ici, je dois évidemment citer l’année 2010 avec les révélations autour des abus sexuels dans l’Église. Jusqu’à aujourd’hui, cela reste une épreuve lourde à porter, parce que ce scandale a terni l’image de l’Église. Nous devons essayer de la reconstruire. Je suis heureux de voir que le pape François réussit déjà avec la proposition d’une Église plus simple, plus modeste, tournée vers les pauvres.
Un autre moment difficile a été la décision de permettre à des laïcs d’animer des funérailles et de dire : en règle générale, il n’y aura plus d’eucharistie aux funérailles, sauf si la famille le souhaite explicitement. Je me suis rendu compte qu’il s’agit d’une question sensible. Les réactions n’ont pas tardé, surtout de la part de personnes qui ne pratiquent pas. Beaucoup de gens voient dans l’Église une institution qui a à rendre service. Certains m’ont écrit en disant que les prêtres sont quand même payés par l’État et que c’est de leur devoir d’assurer ce service. J’ai l’impression que beaucoup ont mal compris notre projet.

Vous avez la réputation d’être un évêque particulièrement engagé en matière sociale. D’où vient cette sensibilité pour la justice et le droit ?

La première expérience de vraie injustice à mon égard dont je me souviens, je l’ai vécue au collège. J’avais été malade, je suis revenu au cours, et le professeur m’a dit tout de suite : Vous ferez l’interrogation comme tout le monde ! Je me suis senti profondément blessé, et je me suis déjà dit à ce moment : moi, je ne commettrai jamais une telle erreur !
Ensuite, j’ai fait ma thèse de doctorat en théologie à Louvain sur un sujet de morale sociale, sur l’entreprise industrielle. Cela aussi m’a ouvert des pistes sur les questions de justice. En tant que professeur au séminaire, j’ai aussi été un des fondateurs de la Commission « Justice et Paix » à Liège et j’ai participé aux instances nationales de différentes œuvres et initiatives des évêques, notamment le Carême de Partage.

Quels sont les grands sujets où vous vous êtes manifesté pendant votre épiscopat ?

Avec Mgr Warin, à l’époque jeune évêque auxiliaire à Namur, j’ai signé un communiqué lorsqu’InBev avait décidé de délocaliser des services vers l’Europe de l’Est. Nous y avons exprimé qu’on ne peut pas jouer comme on veut avec des êtres humains et chercher le profit à tout prix. J’ai également réagi plusieurs fois face aux fermetures chez ArcelorMittal. J’ai appelé toutes les forces vives à se mettre autour de la table pour voir comment créer de l’emploi. Il ne faut plus se lamenter sur le passé sidérurgique qui n’est plus de notre temps, mais créer de nouveaux emplois ailleurs. Enfin, j’ai pris position au sujet du Centre fermé de Vottem où il y a aussi des traitements injustes d’êtres humains.

Vous avez aussi eu de bonnes relations avec les autorités civiles…

J’y tenais. À plus d’une reprise, on m’a dit : C’est bon que vous soyez là ! Je suis en admiration devant ceux qui assument des responsabilités sur le plan politique, judiciaire, militaire, économique, parce que je sais que cela ne va pas de soi. En tant que représentant officiel du monde catholique, j’ai toujours voulu leur exprimer ma reconnaissance pour leur engagement, mais aussi leur dire que nous avons des attentes à leur égard.

On aurait pu s’attendre à ce qu’un ancien évêque d’origine germanophone retourne dans sa région natale. Mais ce n’est pas votre cas…

Non, je vais rester habiter à Liège. Je n’ai pas voulu m’installer en région germanophone, notamment pour ne pas être un poids dans le fonctionnement pastoral d’une Unité pastorale locale.

Que ferez-vous maintenant : prendre votre retraite ?

Je vais effectivement d’abord me reposer un peu. Mais j’ai déjà sur mon bureau des demandes d’animation de retraites ou de journées de récollection…

Après toutes ces années intenses, qu’est-ce qui vous manquera le plus ?

Dans un premier temps, j’aurai l’impression de ne plus faire grand-chose. Le travail me manquera-t-il ? Peut-être. Mais je devrai certainement faire le deuil de ce grand nombre de contacts que j’ai eus pendant mon épiscopat. Les rencontres me manqueront.

Que souhaitez-vous que la postérité retienne du 91ème évêque de Liège ?

Qu’on ne dise pas que j’ai été un mauvais évêque… Pour tout le reste, à la grâce de Dieu…

Propos recueillis par Ralph SCHMEDER
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