Vaccins pour tous: « En cordée à l’ascension de l’Autre Sommet mondial de la Santé »

Publié le vendredi 14 mai 2021

Le mardi 18 mai, en différentes régions du monde, des citoyens se lèvent et se mettent en cordée pour monter à l’assaut de la marchandisation des vaccins et des soins de santé, biens communs publics mondiaux nécessaires à la vie !

Le 19 août 2020, le pape François disait en audience générale: « Qu’il serait triste si, avec le vaccin pour la Covid-19, on donnait la priorité aux plus riches! Et quel scandale cela serait si toute l’assistance économique que nous observons –  dont la majorité est issue de l’argent public – était concentrée à sauver les industries qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus, à la promotion des derniers, au bien commun ou à la sauvegarde de la création« .

Pour nos biens communs…

… pour une re-publicisation des firmes pharmaceutiques. A quelques jours du Sommet « Santé » du G20 qui se tiendra le 21 mai à Rome, le but est de dénoncer l’enrichissement des actionnaires de grandes multinationales sur le dos de la pandémie Covid-19 ainsi que l’accès inégal aux vaccins, et de revendiquer la nécessité de développer des initiatives industrielles publiques dans le secteur pharmaceutique.

En septembre dernier, le Pape François disait: « Celui qui vit dans la pauvreté est pauvre de tout, y compris des médicaments, sa santé est donc plus vulnérable. Il court parfois le risque de ne pas pouvoir se soigner faute d’argent, ou parce que plusieurs populations du monde n’ont pas accès à certains médicaments. Il existe aussi une « marginalisation pharmaceutique », et nous devons le dire. Cela crée un fossé supplémentaire entre les pays et entre les peuples. Sur le plan éthique, si un médicament peut soigner une maladie, celui-ci devrait être disponible pour tous, sinon l’on crée une injustice. Trop de personnes, trop d’enfants meurent encore dans le monde parce qu’ils ne peuvent pas avoir tel médicament qui est disponible dans d’autres régions, ou tel vaccin. Nous connaissons le danger de la mondialisation de l’indifférence. Je vous propose au contraire de mondialiser le soin, c’est-à-dire la possibilité pour toutes les populations de pouvoir avoir accès à ces médicaments qui pourraient sauver de nombreuses vies. Et pour ce faire il faut un effort commun, une convergence qui implique tout le monde ».

Pour permettre un accès équitable aux vaccins, les pays du Sud demandent une levée des brevets à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La solution permettrait également d’accélérer la vaccination dans les pays du Nord qui s’y opposent pour protéger leurs industries.

Le bien commun est en jeu !

Inspirée par la philosophie grecque, la théologie chrétienne a refait vivre la notion de « Bien commun ». Pour Saint Thomas d’Aquin par exemple, la création est orientée vers le bien : le bien suprême, Dieu, mais aussi sa dimension matérielle, sociale, politique. Les choses ont ensuite été expliquées et précisées dans l’enseignement social de l’Église.

Le bien commun est à la racine de tout le discours social de l’Église en matière politique, sociale et économique. L’homme est aussi un être politique, qui vit ensemble dans la cité.

Aujourd’hui, cette notion a refait surface dans le monde profane, comme réponse aux multiples crises que nous traversons.

Mais protéger le bien commun fait partie des impératifs chrétiens, que ce soit dans sa dimension universelle (dans Pacem in Terris, en 1963) ou sur l’interdépendance entre développement intégral de l’homme et développement de la société elle-même. Avec l’encyclique Populorum Progressio (1967) se précise cette dimension intégrale du développement, qui ne se réduit pas aux problèmes internes de chaque société : il faut une solidarité entre les pays pour assurer le bien commun universel. Dans l’encyclique Caritas in Veritate (2009), le bien commun est proposé comme la voie politique de la charité et la charité comme principe de base du bien commun.

Le bien commun : se convertir…

Réfléchir au bien commun, c’est s’obliger à aller au-delà des a priori et des prises de position idéologiques.

Le bien commun est en lien direct avec d’autres grands principes de l’Eglise. Ainsi, l’option préférentielle pour les pauvres, par exemple avec Laudato si’ en 2015 : « Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres (…) » (158).

La destination universelle des biens pose la question de la propriété privée (légitime pour le bien d’une personne s’il n’en prive pas une autre).

Le principe de subsidiarité établit qu’il ne faut pas décider à un échelon supérieur ce qui peut l’être à un échelon inférieur. Il nous appartient donc de prendre les choses en main.

Dans « Une lecture économique de la pensée sociale de l’Église », Elena Lasida (2014), théologienne et économiste, voit le bien commun entre l’ordre économique et le pouvoir politique: « (…)le concept de ressource commune, qui fait référence à la qualité collective des biens, constitue une manière de préserver la société de l’idolâtrie des richesses à laquelle peut conduire leur appropriation individuelle (…). L’idée d’un « pouvoir autonome mais non auto-fondateur », rendu possible grâce à son ouverture à une « transcendance absolue », interdisant à ceux qui détiennent le pouvoir de se l’approprier, fait écho à l’idée d’une co-gouvernance des ressources, dont la dimension commune introduit une certaine transcendance à la gestion individuelle des biens. »

Et pour conclure…

Le pape François, dans l’encyclique Laudato si’ (2015) nous convie : « Tout le monde n’est pas appelé à travailler directement en politique ; mais au sein de la société germe une variété innombrable d’associations qui interviennent en faveur du bien commun en préservant l’environnement naturel et urbain. Par exemple, elles s’occupent d’un lieu public (un édifice, une fontaine, un monument abandonné, un paysage, une place) pour protéger, pour assainir, pour améliorer ou pour embellir quelque chose qui appartient à tous. Autour d’elles, se développent ou se reforment des liens, et un nouveau tissu social local surgit. Une communauté se libère ainsi de l’indifférence consumériste. Cela implique la culture d’une identité commune, d’une histoire qui se conserve et se transmet. De cette façon, le monde et la qualité de vie des plus pauvres sont préservés, grâce à un sens solidaire qui est en même temps la conscience d’habiter une maison commune que Dieu nous a prêtée. Ces actions communautaires, quand elles expriment un amour qui se livre, peuvent devenir des expériences spirituelles intenses. »

Sommes-nous prêts?

Vicariat Evangile et Vie, Vicariat de la Santé et Entraide & Fraternité et Vivre Ensemble
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A Liège, le 18 mai à 18 heures

Une chaîne humaine (avec masque et distance) : Escaliers de la Montagne de Bueren à Liège, symboliquement entre l’Hôtel de Ville, lieu d’exercice de la démocratie locale – et l’Hôpital public de La Citadelle, lieu d’accès pour tous au dépistage, à la prévention et aux soins de santé.
Entraide & Fraternité et Vivre Ensemble Liège participent à cette action. Si vous avez envie d’être présents, merci de contacter Henri Roberti : 04/227.65.16 / roberti@calay.be.

Pour en savoir plus …

Pas de profit sur la pandémie
Une initiative citoyenne européenne a été lancée pour demander que la Commission européenne prenne des mesures pour faire des vaccins et des traitements anti-pandémiques un bien public mondial, librement accessible à tous. La Commission devra étudier cette proposition si elle récolte un million de signatures : noprofitonpandemic.eu/fr.