Dialogue entre deux évêques

Publié le vendredi 14 juin 2019

Lors d’une soirée co-organisée par l’UP du Fléronnais et Entraide et Fraternité le vendredi 7 juin, Mgr Delville, évêque de Liège, a pu échanger avec Mgr Rixen, évêque de Goias (Brésil), sur des questions d’Eglise en lien avec l’actualité. Compte-rendu.

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© CathoBel – Entraide et Fraternité

Après avoir écouté Mgr Rixen faire la description de la situation au Brésil, l’évêque de Liège a pu réagir et s’est dit surtout marqué par l’engagement de l’Eglise pour la défense des sans-terre. Une situation que Mgr Delville a pu rapprocher de ce qu’il a découvert lors de son récent voyage aux Philippines dans le cadre de la campagne de Carême 2019 d’Entraide et Fraternité.

Conscientiser

Mgr Deville estime que le récit de Mgr Rixen montre comment nos actions en Occident peuvent impacter la vie sur un autre continent. « Si la forêt amazonienne est détruite pour y cultiver du soja, c’est parce que nous européens sommes demandeurs et consommateurs. » a-t-il affirmé.

Il a ensuite expliqué comment, dans le diocèse de Liège, on travaillait pour renforcer l’engagement écologique par des petits projets comme le jardin du Carmel de Mehagne, co-géré par la communauté du Chemin Neuf. « On ne fait pas face à des géants comme au Brésil mais des petits projets sont à valoriser pour conscientiser tout le monde et cela fait évoluer les mentalités ». Parce que conscientiser ici, c’est participer aux grands combats de là-bas, a-t-il également ajouté.

L’Eglise et les jeunes 

Les organisateurs de la soirée ont également souhaité entendre les deux évêques sur la question des jeunes dans l’Eglise. Mgr Delville a expliqué vouloir faire des « jeunes » le thème principal de l’année pastorale à venir. L’équipe du vicariat a été en partie renouvelée et l’évêque veut mettre l’accent, entre autres, sur le MEJ et les mouvements de jeunesse. Il a aussi rappelé que le diocèse de Liège venait de renouveler sa catéchèse dans une dynamique plus participative. L’enseignement de la religion dans les écoles est, à ce jour, l’un de ses combats prioritaires. Au Brésil aussi, les jeunes sont un grand défi. Comme chez nous, la catéchèse reste porteuse d’avenir mais la difficulté de maintenir le contact par la suite est tout aussi problématique. Si des jeunes universitaires s’engagent volontiers dans la pastorale des jeunes, très sociale, les communautés nouvelles les attirent beaucoup aussi. Tant Mgr Delville que Mgr Rixen pensent que le langage de l’église est très différent de celui des jeunes, fidélité et engagement ne faisant pas vraiment partie de leur vocabulaire.

Etre évêque à l’heure du pape François

Telle était également l’une des thématiques principales abordées. « Je suis un grand enthousiaste du pape François, s’exclame Mgr Rixen, probablement parce qu’il est argentin et qu’il a longtemps été pasteur en contact avec les gens et leurs problèmes. » Mgr Rixen a beaucoup aimé la première encyclique « Evangelii gaudium » mais également « Laudato Si » sur le respect de la terre et de la vie. En ce moment, il travaille beaucoup l’exhortation sur la sainteté. « François nous dit : être saint, ce n’est pas faire des grandes choses, c’est la fidélité au jour le jour, une mère qui allaite, qui travaille pour gagner sa vie et nourrir ses enfants, une vieille sœur qui continue à sourire. » Le pape François part de la réalité « et c’est pour cela qu’il a des problèmes, c’est parce qu’il part du concret des gens » analyse Mgr Rixen.

Pour Mgr Delville « c’est une grande joie d’être évêque à l’heure du pape François. On se sent soutenu, les grands documents nous ont aidé. » L’évêque de Liège a d’ailleurs fait étudier la totalité du texte « Evangelii gaudium » au conseil presbytéral. Car c’est un texte qui montre comment envisager la mission et qui critique le cléricalisme, l’élitisme. « Laudato si, c’est prophétique, ça parle de justice sociale. » continue Mgr Delville. Et puis, surtout, il y a « son style cordial, on ressent chez lui un christianisme populaire vécu en Amérique Latine mais qui peut inspirer l’église universelle« .

Mgr Delville décrit le pape comme un homme de dialogue, qui va partout où on l’invite, même s’il s’agit d’une petite communauté catholique.  « Il n’exclut personne, il entre en dialogue. » L’évêque a particulièrement été frappé par le texte commun sur la fraternité universelle, rédigé avec les musulmans. Un document magnifique et inédit, très critiqué par les milieux conservateurs. « Il nous brade la foi chrétienne » ont pu dire certains. Mais, pour Mgr Delville, c’est une audace à laquelle il puise pour aller lui-même à la rencontre des musulmans. Il a par exemple reçu tous les imams et chefs de mosquée de Liège pour une rupture du jeune pendant le Ramadan.  « Il y a des fanatiques, c’est probable, mais il y a aussi des gens motivés par leur foi et nous avons quelque chose à recevoir d’eux et quelque chose à leur apporter. Dialoguer permet de faire baisser la tension. »

Sophie DELHALLE

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