Conseil pour vivre un bel été – Bonne vacance !

Publié le jeudi 28 juin 2018

Non, il n’y a pas de faute d’orthographe et je n’ai pas oublié les deux « s »… Car c’est de « vacance » dont je veux vous parler en ce temps de vacances. Le Robert le définit comme « l’état d’un poste qui n’est pas occupé par un titulaire ». Le temps des vacances ne serait-il pas une invitation à ne plus être obligé d’occuper les postes dont nous sommes titulaires ?

Nous justifions trop souvent notre existence par ce que nous faisons, nous regrettons sans cesse ce que nous n’avons pas fait et nous nous angoissons sans arrêt pour ce qui nous reste à faire. Nous vivons si souvent en fonction du rôle qu’on attend de nous. Nous pouvons dans une même journée être enfant, parent, conjoint, collègue, ami, subalterne, chef, apprenti et expert.

Ces multiples facettes de notre personnalité aident notre entourage à nous situer et nous rassurent nous-mêmes. Ne nourrissent-elles pas ce que j’appelais « le complexe de l’imposteur, le complexe de celui qui n’en fait jamais assez pour dissimuler qu’il n’est évidemment pas que celui qu’on voudrait qu’il soit ».

Etre « en vacances » c’est l’occasion d’être moins ce qu’on attend de nous, avoir l’opportunité de nous mettre « en vacance » pour ne plus jouer le rôle et nous retrouver nous-mêmes. Faire la place pour le vide, le rien et le gratuit, en arrêtant de nous identifier aux postes dont nous sommes titulaires. Non pour abandonner nos responsabilités, nos tâches et nos devoirs mais refuser qu’ils nous définissent.

Accepter d’être reprochable. Préférer le possible à l’illusion de la perfection. Nous rencontrer par nos failles et nos fragilités plutôt que par nos suffisances et nos paraîtres. Se mettre « en vacance » c’est retrouver le goût de la vie, la saveur de nos profondeurs, nous laisser creuser par nos aspirations. Ne disons-nous pas « être en vacances, c’est faire ce que je veux »… ? Laisser s’épanouir nos virtualités et soigner le potentiel de ce que nous souhaitons et n’avons jamais le temps de faire.

Si nous quittons nos postes et nos postures, nous entendons les battements de « notre » vie.
En vacances, nous est donné cette possibilité de se ressourcement ; nous réapprenons que nous sommes en vie, tout simplement.

Se mettre au repos

Au livre de la Genèse, dans les récits de la création – où s’énonce une typologie des rapports entre le monde de Dieu et le monde des hommes et celle des relations entre les humains et leur environnement – il est dit que Dieu fit et se reposa : il parachève son œuvre de création en… se reposant. Le septième jour serait-il pour Dieu la perfection de ce qu’il réalise ? Dieu se repose. Se pose à nouveau. Comment entendre ces mots dans nos vies qui « n’existent » qu’à s’agiter, qui s’inquiètent, se fatiguent ?

Certes il est des repos trompeurs. Comme la nonchalance où plus rien n’a de prix, de poids. Ou l’oubli d’un monde qui peine. Ou encore l’illusion de s’étourdir sans limites dans l’activisme dit de loisirs.

Se mettre en repos pour se poser

Abandon nécessaire pour être. A nouveau. De nouveau. Abandon du corps, qui demande qu’on le prenne en pitié, en douceur, comme ce compagnon qu’il est, y compris quand il fait souffrir.

Repos de l’âme, qui se souvient de la prière du psalmiste : « Vers les eaux du repos le Seigneur me mène, il y refait mon âme » (Ps22).

Passivité qui n’est pas démission de l’existence mais comme un souffle alterné. Repos qui est comme de l’ordre d’un ralenti, quand nous décomposons le mouvement pour le comprendre et mieux l’exécuter ; comme nous énonçons lentement les mots pour en mesurer le poids, percevoir leur résonance, leur vérité peut-être, leur vide parfois. Repos de la peine et du labeur pour les « positionner », leur donner sens ; se distancer « des affaires » pour qu’elles ne s’épuisent pas en affairisme.

Repos de l’intelligence devant tant de questions sans réponses, devant tant de projets qui pourraient devenir déstructurant au lieu de nous construire. Rupture du quotidien et dépaysement qui font passer les frontières qui créent les habitudes.

Arrachement à l’emballement d’une puissance devenue incontrôlable, hors de toute maitrise, illusion d’une toute-puissance grisée d’elle-même, à la tyrannie d’être le maître de notre vie. Effacement du septième jour de la création.

Se reposer pour se re-poser

Ce repos est comme un soin pour la vie. Limite imposée à l’envie, au besoin, à la frénésie d’agir. Repos qui est l’apaisement du corps, du cœur, de l’intelligence. Humilité du septième jour,  celui où Dieu s’étonne lui-même en s’arrêtant de « faire » pour parler avec Adam.

Se mettre « en vacance » pour se re-poser. Car le septième jour est aussi celui de la résurrection !
Se mettre en vacance et non pas seulement « changer d’air » ; effectuer un véritable « dépla-cement » et non pas cloner les escargots qui, continuellement, portent leur demeure !

A la rentrée il sera toujours temps de retrouver ses habitudes et de reprendre notre posture. Mais les vacances nous auront fait du bien. En nous rendant à nous-mêmes pour faire ce que l’on attend de nous.

Abbé Michel TEHEUX