Comment vivre sans « dimanche »?

Publié le vendredi 20 mars 2020

Depuis quelques semaines, nous sommes privés de rassemblement dominical… Cette situation inouïe pourrait creuser en nous le désir de redécouvrir la richesse d’une communauté célébrant ensemble.

Confinement du au Coronavirus

Le hasard a voulu que quelques minutes à peine après la publication du message des évêques nous annonçant la suspension des célébrations publiques, je donnais cours… Le sujet du jour: l’institution chrétienne du dimanche! Exploration des sources: une très belle évocation de la communauté primitive dans les Actes des Apôtres: « Le premier jour de la semaine, nous étions rassemblés pour rompre le pain, et Paul, qui devait partir le lendemain, s’entretenait avec ceux qui étaient là… » (Ac 20,7). Avant même l’invention du mot « dimanche » pour désigner le « Jour du Seigneur », on nommait les jours à la manière juive par leur numéro d’ordre: premier jour, jour de création, jour de lumière, jour du Ressuscité.

C’est donc que la communauté chrétienne a pris très tôt l’habitude d’une réunion ce jour-là. Pourquoi? Pour répondre, on doit remonter encore plus haut dans le temps, quand, dans l’évangile de Jean, on trouve les apôtres réunis ce jour-là: « Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux… » Et l’on se rappelle que « huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison… » (Jn 20,16 et 26). C’est donc que le rythme hebdomadaire est déjà trouvé et qu’il sera constant jusqu’aujourd’hui.

Rassemblement impossible

Rassemblement lors de la Fête-Dieu à Liège

C’est pour les croyants une nécessité vitale. L’histoire nous a légué quelques superbes témoignages de chrétiens disant leur attachement indéfectible au rassemblement dominical comme ces martyrs d’Afrique arrêtés au début du 4e siècle. Motif d’accusation: rassemblement illicite. L’un d’entre eux interrogé sur le motif de leur réunion déclare fort et clair: « Sine dominico, non possumus » (Sans dimanche, nous ne pouvons pas vivre)! En d’autres temps et pour d’autres types de raison, en d’autres lieux aussi, l’Église a parfois dû renoncer ainsi à ce rassemblement dominical qui lui tient tant à cœur mais elle l’a fait « à contrecœur ». J’aime évoquer ici ce souvenir du frère Roger qui, ému, a rencontré ces jeunes russes qui, dans la très soviétique URSS, se rassemblaient régulièrement autour de la croix. Quand même! Envers et contre tout! « Sine dominico, non possumus! » Rien à faire: on ne peut être chrétien tout seul, on a trop besoin des autres pour devenir, être et rester disciples du Christ. Et puis si nous sommes un peuple de frères, comment pourrions-nous être frères sans nous voir, nous rencontrer, nous aimer?

Loin de moi l’idée d’inciter quiconque à une quelconque désobéissance civile ou ecclésiale! Mais peut-être ce temps d’abstinence peut-il creuser en nous le manque et nous permettre de redécouvrir la richesse, le sens et l’utilité de ce rassemblement hebdomadaire?

En attendant, faisons preuve d’imagination pour nourrir notre foi au rythme des dimanches. Il ne manque pas de possibilités (lectures, internet, radio, TV…) pour ne pas laisser notre foi en jachère tout ce temps. Il lui manquera peut-être la dimension communautaire pourtant indispensable mais la communauté est aussi spirituelle… N’empêche que cela me manque de ne pas vous voir, vous saluer « de visu », vous serrer dans mes bras. Bientôt j’espère…

Vivez, quelles qu’en soient les circonstances, une inoubliable fête de Pâques!

Olivier WINDELS, vicaire épiscopal