CHEMIN NEUF (MEHAGNE) : Une protestante nommée responsable de la Communauté en Belgique

Publié le mercredi 09 janvier 2019

Sœur Ruth Lagemann est depuis septembre 2018 à la tête de la Communauté en Belgique  après avoir dédié sa vie à faire tomber les frontières entre catholiques et protestants et surtout à les rassembler et voir ce qui les unit plus que ce qui les sépare.

La Communauté du Chemin Neuf, communauté catholique à vocation œcuménique et de spiritualité ignatienne, est née dans la grâce du Renouveau Charismatique vécue à la fois dans l’Église catholique et dans différentes Églises de la Reforme. L’Esprit Saint ne cesse d’ouvrir des chemins nouveaux et de continuer son travail de réconciliation et d’unité. La communauté rassemble hommes et femmes, mariés et célibataires, consacrés de différentes Églises dans une trentaine de pays. Sœur Ruth Lagemann nous fait partager son parcours.

Quel fut votre premier coup de cœur pour l’unité des chrétiens ?

Moi, luthérienne allemande, en 1988 après une année passée à l’Arche de Jean Vanier à Trosly. J’ai découvert cette communauté, bien catholique avec une passion pour l’unité des chrétiens, dans une session Cana destinée aux couples où je m’étais inscrite par erreur. J’étais profondément touchée de voir catholiques et protestants ensemble au service de cette session en Bretagne avec du respect devant les différences, mais aussi la certitude que ce qui unit est plus fort que ce qui divise. Cette rencontre, marquée par une nouvelle découverte de la dimension de l’Esprit Saint a ouvert pour moi un chemin d’aventure avec Jésus.

Quelques mois plus tard, alors étudiante en Allemagne –  « Heilpädagogik», une sorte d’orthopédagogie combinée avec une formation théologique de l’église luthérienne – le Chemin Neuf m’invitait à soutenir la première session Cana en Allemagne, à Berlin. C’était en mai 89. Je fus bouleversée par la réalité du mur de Berlin. Déjà sensibilisée sur la question de l’unité par ma jeunesse et mon passage à l’Arche, cette expérience berlinoise incrustait en moi le désir de pouvoir donner ma vie pour que des murs entre chrétiens tombent…

Quand avez-vous ressenti l’appel de Dieu ?

Quelque mois plus tard, après avoir entendu l’appel de Jésus pour le suivre de manière plus conséquente, je pris un temps de discernement au centre de formation du Chemin Neuf près de Lyon. Là encore, le Seigneur me surprend par la rencontre avec une protestante de l’église mennonite membre du Chemin Neuf. Etant née à Münster en Allemagne, j’avais grandi avec l’histoire des «anabaptistes» que catholiques et luthériens ensemble avaient condamnés et tués. Je n’oublierai jamais cette soirée du jour de la réforme 1989, où au pied de la croix, à genoux, nous avons pu mutuellement nous demander pardon pour ce que nos ancêtres se sont faits, pour les guerres, les blessures… L’Esprit Saint vient visiter nos histoires et les guérir. Cette sœur est vraiment devenue une sœur en Christ pour moi depuis. Il ne faut pas avoir peur de se mettre à genoux !

Alors que je songeais à me marier et fonder une famille, lors des «Grands Exercices de 30 jour » que j’ai suivis dans ce temps de discernement, priant pendant une nuit , j’entends un appel demandant de  donner ma vie entièrement au Seigneur dans le célibat dans cette communauté du Chemin Neuf. Une grande paix et joie inondent mon cœur; elles ne m’ont jamais quittée depuis. Ensuite, j’ai eu  la chance de poursuivre une formation théologique et biblique avec la communauté et d’être plusieurs années au service de la formation dans la Communauté, dont 5 ans à l’Abbaye d’Hautecombe en Savoie, avant de porter 10 ans la responsabilité de la communauté à Berlin et aux Pays-Bas à la SintPaulusabdij à Oosterhout dans le Brabant néerlandais.

L’unité des chrétiens est un fil rouge pour vous ?

Le 8 août 1999, j’ai eu la joie de vivre mon engagement à vie dans la Communauté avec 17 frères et sœurs catholiques en présence de l’évêque de Chambéry et d’une femme pasteur de l’Église luthérienne de Berlin.  Nous avions choisi les trois vœux : pauvreté, chasteté, obéissance, avec un quatrième : celui de donner notre vie pour l’unité des chrétiens. Ceci se traduit par notre vie de prière et comme le disait le Cardinal Kasper un «œcuménisme  spirituel», une formation théologique œcuménique, mais avant tout, le quotidien partagé en fraternité de vie.  Nous suivons à la lettre cette phrase toute simple : «Parce que la division des chrétiens est le plus grand obstacle à l’évangélisation, parce que nous croyons que sera exaucée la prière de Jésus-Christ pour l’unité : « Que tous soient un afin que le monde croie », ensemble orthodoxes, protestants, catholiques, sans plus attendre, nous empruntons l’humble chemin d’une vie quotidienne partagée.» Et le 31 octobre 99, la déclaration commune sur la justification est signée et par les Églises catholique et luthérienne.

Vous êtes responsable tant en Belgique qu’aux Pays-Bas !

Oui, depuis septembre 2018, notre supérieur général, le Père François Michon, m’a demandé de porter  la responsabilité des Communautés des Pays-Bas et de Belgique (avec le Carmel de Mehagne, un foyer d’étudiants à Anvers et certaines rencontres à Kraainem, près de Bruxelles). Je partage cette responsabilité avec le Père Damien Artiges, prêtre de l’Institut du Chemin Neuf et recteur de la Basilique du Sacré Cœur à Berchem et le couple Dominique et Marie-Christine Ferry, couple catholiques engagés à vie dans notre communauté depuis une trentaine d’années, Dominique étant aussi diacre permanent. Au Carmel de Mehagne, Rodrigue Makoundou, marié avec Louise et venant de Côte d’Ivoire, porte la responsabilité de la maison au quotidien. Certes ces lieux ont chacun leur réalité et leurs spécificités. Les mentalités et langues ne sont pas les mêmes.Cela me demande beaucoup de déplacements… intérieurs et extérieurs, mais j’ai la profonde conviction que l’Esprit nous pousse et nous encourage sur ces chemins d’unité.

Je terminerai  avec un de mes mots préférés que j’ai appris en néerlandais «kruisbestuiving». En biologie et dans la nature, il faut qu’existe la différence pour permettre une fécondation. Dans ce mot il y a la fécondité mais il y a aussi «kruis», la croix. Nos chemins d’unité sont souvent des chemins où nos différences peuvent être vécues comme des croix, des tensions. Mais n’ayons pas peur de la croix ! Elle est aussi source de fécondité, de nouvelle vie. Et finalement la résurrection et la joie seront vainqueurs ! Je tiens à remercier pour le bon accueil reçu à Liège ; je me confie volontiers à la prière de tous ceux qui m’ont ouvert leur cœur et attends avec joie les chemins nouveaux sur lesquels l’Esprit Saint nous conduira ensemble.

Sœur Ruth Lagemann
Communauté du Chemin Neuf
Belgique et Pays-Bas