À Liège, les religions dialoguent sur les enjeux de la modernité

Publié le vendredi 18 novembre 2022

C’est par une bien belle affiche que la Commission diocésaine du Dialogue Interreligieux (CDDI) nous a convié ce jeudi 16 novembre en soirée au Centre Diocésain de Formation de Liège; et le public très nombreux ne fut pas déçu ! « Foi et religion dans une société moderne » fut au programme du dialogue engagé par trois invités prestigieux : Mgr Jozef De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles, le professeur Hicham Abdel Gawad, doctorant en sciences des religions, et le rabbin Joshua Nejman, de la communauté israélite de Liège.

H. Abdel-Gawad, le cardinal Mgr J. De Kesel, le rabbin J. Nejman et le modérateur F. Delooz (de g. à d.)

Mgr De Kesel a proposé une relecture historique de la position dominante qui fut jadis celle de l’Eglise catholique dans nos sociétés occidentales. Il a souligné l’importance de la modernité dans la remise en question de cette posture et dans la nécessaire prise en compte du pluralisme des convictions et des religions au sein de nos démocraties. Le rôle du Concile Vatican II dans le recentrement de l’Eglise autour de sa vocation originelle fut également souligné, notamment par le nouvel équilibre du rôle de l’Eglise entre sphère privée et vie publique, ainsi que par le dialogue amorcé avec les autres religions. Il a rappelé l’importance du rôle des religions dans la mobilisation visant à résoudre les enjeux que constituent les changements climatiques, l’aide aux plus démunis, et les problématiques éthiques.

Les enjeux de la modernité

Le professeur Hicham Abdel Gawad a notamment souligné les pièges dans lesquels sont parfois tombés les religions à trop vouloir s’adapter aux enjeux de la modernité, en particulier l’attachement à une rationalité de type scientifique. Loin de dénigrer les sciences auxquelles il est évidemment attaché, il a montré comment certaines tendances islamiques en viennent à décrédibiliser la réflexion religieuse en la fondant dans un discours pseudo-rationnel. Le paradoxe étant par exemple de refuser toute approche historico-critique du Coran mais à chercher à identifier des vérités pseudo-scientifiques dans son contenu. Ainsi évacuées, les ambiguïtés coraniques se voient empêchées de délivrer leur véritable intérêt métaphysique, au profit d’une lecture fondamentaliste.

Les apports du monde moderne

Cette soirée fut assurément un succès.

Le rabbin Joshua Nejman a partagé ses nombreuses observations en privilégiant son expérience personnelle. Tout en nuance, son témoignage a ainsi contribué à souligner les apports incontestablement positifs du monde moderne au quotidien, loin d’être incompatibles avec la vie religieuse. La pratique juive avance et n’est pas cantonnée dans une posture statique. La Loi juive et sa tradition sont dynamiques comme en témoigne l’étymologie de la Halakha. Le rabbin a également évoqué les exigences et les bénéfices du dialogue interreligieux, soulignant les limites d’un certain « vivre ensemble » souvent passif au profit d’un « construire ensemble », source d’engagement et de responsabilité mutuelle, reprenant l’expression chère au rabbin Albert Guigui.

Cette soirée fut assurément un succès. Nul doute que la symbolique d’une telle initiative est particulièrement importante à l’heure où notre société subit crise après crise. Elle est un signal fort nous invitant, nous aussi, à pratiquer la rencontre, l’écoute et le dialogue, qualités plus que jamais essentielles pour l’équilibre démocratique.

Sébastien Belleflamme

Photos : © Jean-Marie BUI