50 ans de Diaconat permanent – Un jubilé pour se bouger!

Publié le mercredi 16 octobre 2019

Cette année, nous fêtons le 50e anniversaire des premières ordinations de diacres permanents dans notre diocèse. Ce jubilé est certes l’occasion de rendre grâce pour la réactivation du diaconat exercé en permanence, mais aussi une belle occasion pour faire le point et baliser l’avenir.

Ordination diaconale de Christian Remy (2018)

Le ministère des diacres rappellent en effet au quotidien que c’est la communauté ecclésiale qui marche à la suite du Christ venu pour servir et donner sa vie (cf. Mc 10, 45). Il renvoie à la « diaconie » du Christ-Serviteur et celle de l’Église pour qu’elle devienne un peuple d’hommes et de femmes au service de leurs frères et sœurs en humanité.

Le diaconat s’enracine ainsi dans la diaconie du Christ et débouche dans la diaconie du peuple de Dieu, son corps ecclésial. Il est polymorphe. Il y a une variété d’engagements de la part des diacres : dans l’associatif, confessionnel ou pas, dans un service diocésain, dans une pastorale familiale sur le terrain, dans la vie paroissiale et ses multiples facettes, même dans le milieu professionnel, etc. Tout cela donne de beaux fruits. Aujourd’hui comme hier.

Depuis son rétablissement chez nous, le diaconat permanent s’est néanmoins surtout propagé dans la pastorale paroissiale. De nos jours, à la faveur de la mise à la retraite professionnelle, il y a une tendance encore plus marquée du ministère diaconal à refluer vers la paroisse. C’est un fait. Dans une Église ballottée par des bouleversements de tous genres et confrontée aux circonstances actuelles de la mission, ce « reflux paroissial » doit nous interroger.

En paroisse ou ailleurs?

Tout comme il n’était pas question au départ de figer le diaconat dans des figures du passé (des diacres « de l’évêque »), il n’est pas question aujourd’hui de le figer dans son expression cultuelle ou même sacrale en fonction de « besoins religieux » des gens qu’il s’agirait de satisfaire, car ce qui est en jeu avec la foi chrétienne, c’est la réussite de notre humanité. On ne peut pas de ce fait l’enfermer dans la pastorale cadastrale – celle du maintien du « quadrillage paroissial » – inquiète de sa survie, parfois dans une nostalgie du passé.

De plus, les diacres représentent un corps vieillissant. Leur insertion dans la vie ordinaire était au départ un atout pour l’inculturation de la foi et un indice de proximité ecclésiale auprès des gens. Elle peut être aujourd’hui un obstacle quand les diacres en viennent, parfois à leur corps défendant, à perpétuer un « on a toujours fait ainsi » (Pape François). Comme d’autres ministres de l’Église, les diacres courent le risque de s’approprier leurs attributions et d’empiéter sur celles d’autrui, celles d’un nouveau curé qui arrive ou de laïcs soucieux de renouveau. Le cléricalisme ordinaire les menace autant que les prêtres. D’où la nécessité d’un renouvellement, je dirais d’une revigoration du corps diaconal en osant appeler non pas pour reproduire une pastorale mais pour innover de nouveaux chemins.

Le carcan paroissial doit nous préoccuper si nous entendons élargir l’éventail d’insertion des diacres pour mieux profiter de leur ministère par exemple dans les aumôneries, principalement carcérales, et dans des milieux plus marqués par la précarité économique, sociale ou affective. Car c’est au cœur de notre humanité que (sur)vient le Royaume de Dieu – la grâce de son alliance – et que la présence de cet amour plus grand peut être attestée, annoncée, célébrée. D’ailleurs, dans ce monde, l’Esprit de Dieu est déjà à l’œuvre !

À l’heure de l’« exculturation de la foi » (D. Hervieu-Léger) dans un monde menacé par la « déculturation de l’humain » (M. Gauchet), l’évangélisation implique d’« entrer en conversation » (Paul VI) avec nos contemporains tels qu’ils sont pour « incarner l’Évangile », c’est-à-dire la bonne nouvelle de l’amour de Dieu pour tous. L’Église a besoin de diacres pour cette communication incarnée de l’Évangile ! Celle-ci les plonge directement dans les défis de la fraternité dont le monde a tant besoin et qu’il revient au peuple de Dieu d’attester comme signes du Royaume à l’œuvre. N’est-ce pas dans cette rencontre avec leurs contemporains, là où l’Église les envoie, que les diacres forgeront leur identité ?

L’identité des diacres ne peut se trouver que sur les chemins de la fraternité en raison même de la filiation adoptive acquise par le Fils unique. Par leur ministère en communion avec l’évêque et les prêtres, il leur revient pour leur part de rendre le tissu ecclésial plus fraternel et de l’inscrire dans tous les combats pour la dignité humaine. La fraternité ecclésiale ne prétend-t-elle pas être signe et germe de la fraternité universelle ?

N’est-ce pas avec ce triple souci de conversation/communication avec les gens, d’incarnation de l’Évangile et de fraternité en route qu’il nous faut envisager des modalités d’appel adaptées à l’audace de la mission ? Dans cette perspective, la consistance du diaconat, voire sa revigoration requièrent aujourd’hui discernement et créativité. Ils dépendront aussi de la conscience ecclésiale de tous les fidèles, pasteurs et autres ministres y compris, de s’atteler dans la reformatio que Dieu attend sans cesse de son Église – et chaque fois à nouveaux frais.

Le peuple de Dieu « qui est à Liège », comme bon nombre de ses pasteurs, ne me semble pas très ému ni interpellé par ce jubilé. Osons néanmoins espérer qu’il ait à cœur cette communication avec nos concitoyens et qu’il découvre que l’Église appelle et envoie des diacres pour les disposer à construire ensemble un monde plus fraternel. Cette année jubilaire devrait l’y aider.

Alphonse BORRAS, vicaire général

Ceci est la version longue de l’article principal de la page Eglise de Liège du numéro 37 de Dimanche-Eglise de Liège.