10e journée d’études du groupe de contact FNRS Translatio

Publié le samedi 27 novembre 2021

Lundi 22 novembre dernier, le Groupe de contact FNRS (Fonds National de la Recherche Scientifique) Translatio, Antiquité tardive et haut Moyen Âge (IVème-Xème siècles) s’est réuni au Trésor de Liège en la cathédrale Saint-Paul sur le thème “Regards croisés sur la christianisation en Gaule septentrionale” pour dresser, à l’occasion de sa dixième journée d’études, un bilan de l’évolution de la recherche interdisciplinaire menée dans les universités et institutions scientifiques fédérales et régionales sur le problème de la christianisation au nord de la Gaule, dynamiser et promouvoir les échanges entre spécialistes du sujet.

La limitation du champ d’investigation à la Gaule du Nord visait à nuancer une tradition historiographique tenace qui tend à présenter le processus dans cet espace comme superficiel et en retard au regard des recherches menées sur cette problématique pour la partie méridionale de la Gaule.

À l’invitation des organisateurs, Clemens Bayer (chercheur indépendant Bonn/Liège), Florence Close (Professeur d’Histoire médiévale, ULiège), Julien Maquet (Conservateur du Trésor de Liège) et Guillaume Wymmersch (Boursier de doctorat, ULiège), archéologues, historiens, philologues et chercheurs en paléo-sciences ont croisé leurs regards pour faire émerger les différentes orientations données aux recherches menées sur cette question durant la dernière décennie.

Le Professeur Charles Mériaux (Université de Lille), dans sa conférence inaugurale, a appelé à renoncer à considérer l’instabilité politique comme un critère de ralentissement de la christianisation et invité à ne plus présenter le VIIème siècle comme le premier moment de mise en place d’un système abouti de christianisation. Il faut encore, selon lui, compter à cette époque avec un système de coexistence de types de sanctuaires d’origines variées même si les autorités laïques et ecclésiastiques commencent à mettre de l’ordre dans les dévotions spontanées.

Les communications se sont ensuite déployées en 3 axes :

  • L’institutionnalisation et la structuration de l’espace humain par le christianisme. Ont ainsi été évoquées la question de la création des provinces ecclésiastiques et des diocèses, illustrée par le cas de Tournai (Pr. ém. Raymond Brulet, UCL), celle des limites des territoires diocésains et paroissiaux, en l’occurrence en Toxandrie (Valentine Jedwab, doctorante ULB), et celle de la correspondance linguistique entre territoires et diocèses, appliquée au territoire wallon (Pr. Marie-Guy Boutier, ULiège).
  • Le rôle de l’évêque dans la christianisation de son diocèse. Ont ainsi été relancés les débats sur les origines de l’église Sainte-Marie de Tongres dans le second quart du IVème siècle (Alain Vanderhoeven, Vlaamse overheid Agentschap Onroerend Erfgoed) et sur la révision de la liste des évêques de Tongres-Maastricht-Liège par l’ajout de Perpète, inhumé en l’église Saint-Vincent de Dinant vers 600 (Guillaume Wymmersch, doctorant ULiège et Pr. Caroline Polet, Institut royal des Sciences naturelles de Belgique/ULB).
  • Les vestiges matériels de la diffusion et de l’affirmation du christianisme. Il s’est alors agi de reprendre la question des circonstances de naissance et d’affirmation d’une iconographie chrétienne, par le biais d’études de la production et des échanges d’objets à motifs chrétiens ou à connotations chrétiennes. En l’occurrence, ont été envisagées les céramiques (Pr. Paul Van Ossel, Université de Paris-Nanterre), les verres moulés (Pr. Dr. Line Van Wersch, chargée de cours ULiège et Olivier Vrielynck, AWaP-SPW) et les reliques (Dr. Aurélie Stuckens, Maison du patrimoine médiéval mosan).

L’organisation de cette rencontre au Trésor de Liège a également permis au public venu en nombre malgré les nouvelles consignes sanitaires de (re)découvrir l’impressionnante collection de 88 tissus de hautes époques, conservée au Trésor de Liège et présentée par Anne Godinas-Thys. Cette présentation – en particulier celle du plus ancien suaire de saint Lambert conservé (Ouzbékistan, VIIIème siècle) – a été l’occasion de rappeler, contre certains clichés tenaces, toute la richesse des contacts et échanges économiques et culturelles entre nos régions et l’Orient au haut Moyen Âge.

En conclusion de cette journée d’études, Alain Dierkens (Pr. ém. ULB) a mis en lumière la persistance de certains débats historiographiques comme l’impossibilité de pouvoir infirmer ou affirmer l’existence de païens aux Vème-VIIème siècles en Gaule septentrionale ou encore l’impossibilité de fournir une liste suivie des évêques de Tongres-Maastricht-Liège au Haut Moyen Âge. Il a également souligné la difficulté de lutter contre certaines idées anciennes bien ancrées, telle que l’absence de chrétiens en Toxandrie avant la venue de l’évêque Lambert qui aurait, disait-on, évangélisé ex nihilo cette contrée vers 700.

Pr. Dr. Florence Close (ULiège)
Guillaume Wymmersch (Doctorant ULiège)