Prière œcuménique en mémoire des martyrs contemporains
Collégiale S.-Barthélemy

Homélie de Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Liège, le 15 avril 2019.

Chers Frères et Sœurs,

Au seuil de la Semaine Sainte, nous nous retrouvons, à l’initiative de la Communauté S. Egidio, pour prier ensemble en union avec les martyrs de toutes les Églises chrétiennes, spécialement ceux qui sont décédés depuis un an. Ce n’est pas pour attiser la haine vis-à-vis des meurtriers, mais pour faire mémoire de ceux qui ont donné leur vie par amour du Christ et de l’évangile. En contemplant leur témoignage, nous manifestons notre solidarité envers tous les chrétiens persécutés ou menacés. Nous découvrons qu’ils ont suivi Jésus jusqu’au bout. Comme Jésus le dit, dans les béatitudes : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,10-11). Le message de Jésus provoque de la haine et des persécutions, parce qu’il nous dérange, parce qu’il conteste notre indifférence, notre confort, notre regard centré sur nous-mêmes. Il dérange l’humanité qui est encline à la recherche du profit personnel et à la recherche du pouvoir exercé souvent au détriment des autres. Mais la parole de Jésus est plus forte que ces persécutions ; à propos des persécutés, Jésus dit : le Royaume des cieux est à eux. Cela veut dire que le Royaume des cieux est plus fort que les persécutions. Or le Royaume des cieux commence dès maintenant ; il est source de salut aujourd’hui ; de même notre parole, qui répercute celle de Dieu, survit à toutes les contraintes et les violences. Et la parole du martyr, amplifiée par notre parole et par notre prière, parle plus que jamais. C’est pourquoi nous voulons ce soir commémorer les martyrs chrétiens de notre temps, quelle que soit leur Eglise. Par le martyre de nos frères et sœurs, nous sommes déjà unis dans la foi.

L’Eglise universelle est en outre profondément touchée par le martyre des chrétiens d’Orient. Ils sont victimes de la violence aveugle qui règne en Syrie, et dans bien d’autres pays. Plusieurs d’entre eux ont payé de leur vie leur engagement de chrétiens et de citoyens. Notre prière et notre solidarité sont spécialement tournées vers eux ce soir. Nous voulons évoquer en particulier le P. Frans van der Lugt :

Frans van der Lugt, né le 10 avril 1938 à La Haye (Pays-Bas) est mort assassiné le 7 avril 2014 à Homs (Syrie). Il était jésuite

Il est entré au noviciat des jésuites en 1959. De 1961 à 1964, il étudie au philosophat des jésuites Berchmanianumi à Nimègue. Ensuite il part au Liban, où il étudie l’arabe. À partir de 1966 il se trouve en Syrie à Homs. Puis il fait ses études de théologie à Lyon, où il est également ordonné prêtre en 1971. Il soutient, en 1976, sa thèse sur L’image du prêtre marié et du prêtre célibataire dans la communauté maronite libano-syrienne. De retour en Syrie, il réside à Alep de 1976 à 1987 et il utilise ses compétences de psychothérapeute pour ouvrir le centre Al Ard à Qousseir près de Homs afin d’accueillir des handicapés mentaux et contribuer au dialogue interreligieux.

De 1987 à 1993 il ouvre le centre aux victimes de la guerre.

En 2011, au début des conflits syriens, il doit quitter Al Ard. En janvier 2014, il lance un appel dans une vidéo mise en ligne sur You Tube, où il décrit la difficile situation à Homs pendant le siège. En février, dans une rare entrevue donnée à la presse, il affirme : « le peuple syrien m’a tant donné, tant de gentillesse, tant d’inspiration, et tout ce que je possède. Maintenant qu’il souffre, je dois partager sa peine et ses difficultés. […] Je suis le seul prêtre et le seul étranger à être resté. Mais je ne me sens pas comme un étranger, mais comme un arabe parmi les arabes ». Le 7 avril 2014, il est enlevé et tué par des hommes armés, dans le jardin du monastère de Homs. Selon Talal al-Barazi, dirigeant du gouvernorat de Homs son assassinat a été commis par des membres du Front al-Nosra. Le lendemain il est enterré  au monastère de Bustan al-Diwan. La cause pour sa béatification est ouverte en 2019.

Ce soir notre prière s’élargit à tous ceux qui sont réfugiés et qui ont dû quitter leur pays pour échapper à la violence et à l’injustice. Ils arrivent aux frontières de l’Europe, où ils sont souvent bloqués ou refoulés. Certains, parmi les plus fragilisés pourront utiliser les couloirs humanitaires ouverts par les Églises chrétiennes et les autres religions. Portons tous ces réfugiés, quelle que soit leur religion, dans nos prières et dans notre accueil.

Les réfugiés et les martyrs sont victimes de la guerre. Nous devons donc sans relâche être des artisans de paix. Comme dit Jésus, « Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ». Être artisan de paix, c’est d’abord se sentir concerné par la paix, c’est sortir de l’indifférence.

Je remercie la Communauté S. Egidio de nous avoir rassemblés ce soir pour cette prière autour des martyrs de notre temps. La Communauté S. Egidio est bien placée pour recueillir ces récits et les confier à notre prière aujourd’hui, parce qu’elle est présente dans de nombreux pays du globe et peut recueillir les informations de première main ; mais surtout, parce qu’elle s’engage dans l’amitié avec les pauvres et travaille pour la paix entre les nations et les religions, entre autres par l’accueil des réfugiés. Elle voudrait faire de ces témoignages un signe de paix et un instrument de réconciliation, et non une source de mépris ou de vengeance.

Écoutons dans la foi et le respect ces témoignages.

Recueillons en nous ce mémorial au début de cette semaine sainte, durant laquelle nous célébrerons le mémorial de la Passion du Christ !

Que notre foi grandisse et que toute notre Église soit de plus en plus fidèle au Christ, pour témoigner du salut à la face du monde.

Amen.

+ Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.