« Chère Amazonie » 

Exhortation apostolique post-synodale du pape François 
Introduction par Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Ce 12 février 2020, le pape François a publié l’exhortation apostolique post-synodale « Querida Amazonia », « Chère Amazonie », un document intense et personnel, pour donner à l’Église les orientations officielles qu’il entend retirer des travaux du synode des évêques sur l’Amazonie.

Il a pris l’initiative de convoquer le synode pour répondre aux défis écologiques et aux problèmes sociaux de cette région, ainsi qu’aux questions d’organisation de l’Église locale. L’assemblée spéciale du synode des évêques pour la région pan-amazonienne s’est tenue à Rome du 6 au 27 octobre 2019 et s’est conclue par un document final daté du 26 octobre et intitulé : L’Amazonie : Nouveaux chemins pour l’Eglise et pour une écologie intégrale. C’est une initiative importante du pape François ; c’est la première fois que, dans l’Église, on consacre un synode des évêques à une partie de continent. Cela en dit long sur la spécificité de cette région, mais aussi sur son aspect exemplaire pour l’Église, dans la mesure où les problèmes qui s’y posent sont plus accentués qu’ailleurs, mais ne sont pas fondamentalement différents, en particulier concernant la capacité de témoigner de l’évangile dans une culture particulière. Le pape a décidé de « présenter officiellement » le document final du synode, qu’il invite à « lire intégralement » (3), donnant ainsi à ce texte une valeur particulière.

L’exhortation apostolique présente quatre rêves du pape François pour l’Amazonie, qui correspondent aux quatre chapitres de l’exhortation (7).

« Je rêve d’une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue.
« Je rêve d’une Amazonie qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières.
« Je rêve d’une Amazonie qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts.
« Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits amazoniens ».

Rêve social

Le premier rêve est social et insiste sur la justice, en particulier dans les villes, car c’est là que vit la majorité de la population. Le pape montre que l’Amazonie a souvent été vue comme un espace vide à exploiter. On s’approprie alors les terres et leurs richesses. On privatise même l’eau (14). On pratique le trafic de la drogue. On développe la corruption. On bafoue les institutions (24). Il faut s’indigner de cela (15), comme déjà autrefois les missionnaires et les papes se sont indignés face aux abus de la colonisation. À ce sujet, le pape décrit dans la note 17 une intéressante série de documents pontificaux défendant la liberté et la dignité des indigènes depuis le bref Veritas ipsa de Paul III en 1537. Il ajoute qu’il faut développer l’éducation et valoriser le sens de la responsabilité communautaire (20).

Rêve culturel

Le second rêve du pape est culturel (28). Le pape évoque la mosaïque de plus de 110 peuples en état d’isolement volontaire (PIAV : Pueblos Indígenas en Aislamiento Voluntario) qui composent l’Amazonie. Il valorise la diversité de leurs langues, de leurs compétences et de leurs cultures (29). Il insiste sur le travail de mémoire et sur les récits à transmettre de génération en génération. Il montre la richesse des rapports entre les cultures (38) et la source d’inspiration artistique que représente l’Amazonie pour tous les êtres humains (35).

Rêve écologique

Le troisième rêve est écologique. L’existence est cosmique en Amazonie, l’homme et la nature sont en relation étroite (41). L’eau est reine et le fleuve Amazone est éblouissant (43). L’équilibre planétaire dépend de la santé de l’Amazonie (48). Chaque élément de la nature a son importance, y compris les champignons, les algues, les vers, les insectes, les reptiles et l’innombrable variété de micro-organismes (49). Il faut éviter une internationalisation de l’Amazonie mais inciter chaque État à prendre ses responsabilités dans le respect de la nature (50). Il importe de conjuguer les savoirs ancestraux et les techniques modernes (51). L’Amazonie est à contempler et à aimer (55). On doit donc pratiquer une écologie intégrale, qui passe par l’éducation (58).

Rêve ecclésial

Le quatrième rêve du pape est ecclésial. L’Église a quelque chose à apporter à l’Amazonie : la force d’amour qui provient de l’évangile (62). Celui-ci doit être annoncé. Pour cela il doit être inculturé et le chrétien doit se mettre à l’écoute des sagesses locales (70). « Il faut valoriser cette mystique autochtone de l’interconnexion et de l’interdépendance de toute la création » (73). Il est souhaitable de favoriser des expressions autochtones en matière de chants, danses, rites, gestes et symboles (82). Il faut aussi une inculturation des ministères. Le pape plaide pour une diversification des ministères et pour une nouvelle insertion de prêtres (90) et de diacres dans l’Église locale (92), mais il ne parle pas d’ordonner prêtres des hommes mariés, comme le suggérait le document final du synode. Le pape montre aussi le rôle fondamental des femmes et demande qu’on valorise leur responsabilité et leur charisme (99). Il ne plaide pas pour un diaconat féminin, car il ne veut pas cléricaliser les femmes dans une fonction trop spécifique. Il valorise le rôle des laïcs et celui des communautés vivantes (103).

Le pape conclut en écrivant (111) : « J’encourage chacun à s’engager sur des chemins concrets qui permettront de transformer la réalité de l’Amazonie et de la libérer des maux qui l’affectent ». Il termine par une prière à Marie :

« Marie, Fais naître ton Fils dans les cœurs
« pour qu’il resplendisse en Amazonie,
« dans ses peuples et ses cultures,
« par la lumière de sa Parole, par le réconfort de son amour,
« par son message de fraternité et de justice. »

Le pape a donc repris de manière très personnelle les grandes intuitions du synode sur l’Amazonie en ciblant le combat pour la justice et le « bien vivre » de la population, en appelant à la créativité pastorale, mais sans bouleverser la structure de l’Église, afin de ne pas focaliser sur des fonctions cléricales le renouveau de l’Église. Il y a ajoute une touche de poésie et de spiritualité qui lui est personnelle (47) :

« Le fleuve est une corde à laquelle s’attachent les animaux et les arbres.
« Si vous tiriez trop fort, le fleuve pourrait déborder.
« Il pourrait déborder et nous laver le visage avec l’eau et le sang ».
(Juan Carlos Galean)

Comme disait le verset de psaume que j’ai choisi comme devise,

« Le flot du fleuve réjouit la ville de Dieu ! » (Ps 45,5).

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.

Lire aussi : https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2020-02/querida-amazonia-exhortation-du-pape.html

Exhortation apostolique post-synodale « Querida Amazonia » (texte en français à partir de la p.55)