Homélie rentrée Séminaire et CDF

Saint-Jacques, 21 septembre 2020

Jean-Pierre Delville

 

Chers Frères et Sœurs,

C’est une belle occasion que de célébrer en la fête de l’apôtre Matthieu la rentrée du Centre diocésain de formation. En cette célébration en outre nous allons conférer les ministères aux futurs diacres et futurs prêtres et bénir les étudiants finalistes du Centre diocésain de formation. Matthieu, comme vous l’avez entendu dans l’évangile (Mt 9, 9-13), a été appelé par Jésus. L’évangile nous dit que Jésus « vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts ». Ce regard de Jésus est aussi un regard intérieur ; il voit le cœur de Matthieu et sent en lui une disponibilité et une capacité à le suivre. On pourrait dire que Jésus a vu chacun de nos cœurs et nous a appelés nous aussi. Nous avons ressenti un appel et nous y avons répondu malgré nos limites et nos difficultés. Cette célébration est l’occasion de remercier le Seigneur pour l’appel qu’il a nous a adressé et de faire confiance à sa grâce, qui précède nos forces et nos compétences. Comme dit l’apôtre Paul aux Ephésiens : « À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée » (Eph 4,7).

La grâce pour Matthieu fut d’être remarqué par Jésus et de s’entendre dire : « Suis-moi » ; en grec : « Akolouthei me », ce qui signifie littéralement : « Accompagne-moi ». Cela tombe bien, au jour où je vais conférer le ministère de l’acolytat à un séminariste. « Acolyte » signifie celui qui accompagne. Le disciple qu’est Matthieu va donc accompagner Jésus. De même nous aussi avec nos différentes missions, nous accompagnons Jésus, un peu comme des étudiants accompagnent un maître. Nous apprenons quelque chose de Jésus, nous le suivons dans ses actions et ses contacts, nous écoutons sa parole et contemplons ses actes. Remarquons que cet accompagnement bénéficie aussi à Jésus, qui ne reste pas seul dans son ministère et reçoit aussi quelque chose de ses disciples. Un peu comme un professeur apprend aussi quelque chose de ses élèves. Cette dimension de compagnie et de communauté est soulignée par la suite du texte, qui montre que beaucoup de gens sont attirés par Jésus : « Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples » (Mt 9,10). Ainsi se forme une communauté large et diversifiée. Cela étonne les pharisiens, qui demandent aux disciples de Jésus : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » La communauté de Jésus dépasse donc les bien-pensants et attire des gens de tous horizons. Là aussi, cela nous fait réfléchir à notre aujourd’hui : le message de l’évangile n’est pas limité aux chrétiens convaincus. Il est pour tous. Nous savons que dans les paroisses, et à fortiori dans les écoles, on s’adresse à des gens de toutes convictions. Saint Paul ajoute que ce ministère se construit en Église : « Que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude » (Eph 4,13).

Cet objectif est ambitieux. Il s’agit d’améliorer la condition humaine pour qu’elle atteigne l’état de l’Homme parfait. Le but de la mission n’est pas seulement de trouver de nouveaux fidèles, mais aussi de diffuser la miséricorde et la guérison : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades », dit Jésus ; et il ajoute : « Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs (Mt 9,13). »

C’est dans cet esprit de mission et de rayonnement que je vous invite à vivre cette année. Cela concerne tous ceux qui vont recevoir l’admission, le lectorat et l’acolytat en vue du diaconat et du presbytérat ; ceux qui vont recevoir un diplôme de finaliste ; mais aussi tous ceux parmi vous qui sont en formation, ceux qui ont un rôle comme prêtre, professeur, diacre, formateur, religieux ou religieuse, responsable dans une communauté, un service ou un groupe. Paul décrit aux Éphésiens la diversité des ministères : « Ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent » (Eph 4,11).

Recevons la grâce d’un nouveau départ. Et réfléchissons à notre mission en termes de miséricorde pour les plus nécessiteux. Cette confiance et ce renouvellement sont particulièrement nécessaires en cette période de pandémie, où il faut rencontrer plus intensément que d’habitude les drames et les épreuves de la vie quotidienne. Serrons-nous les coudes pour avancer unis dans le témoignage de la foi ! Amen ! Alleluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.