Homélie pour la Présentation du Seigneur au Temple
Fête de la vie consacrée
Liège, Cathédrale

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Liège, le 2 février 2020.

 

Chers Frères et Sœurs,
Chers Religieuses et Religieux,
Chers vous tous qui êtes engagés dans la vie consacrée,

Nous venons de porter des cierges en procession au début de cette liturgie et nous nous sommes approchés de l’autel. Nous sommes un peu comme Marie et Joseph qui amènent Jésus au temple de Jérusalem pour le présenter Jésus au Seigneur et offrir sa vie à Dieu (Lc 2,22-40). Ils respectaient la tradition juive qui demandait qu’un premier-né soit offert au Seigneur et que la maman soit bénie et purifiée 40 jours après son accouchement. L’évangéliste Luc nous rappelle la loi biblique, en citant la Bible grecque : « Tout premier né de sexe masculin sera consacré au Seigneur » (cf. Exode 13,1.12.15 ; Lévitique 12,7 parle autant de fille que de garçon). De même nous avons respecté la tradition en venant à cette liturgie, qui tombe un dimanche cette année-ci.

Mais voilà qu’au cœur de la démarche de pèlerinage de Marie et Joseph à Jérusalem, surgit la surprise. Au Temple, ils rencontrent aussi deux personnes âgées, Syméon et Anne, qui vont avoir une parole prophétique sur Jésus. Au-delà du rite de la présentation et de la purification, il y a une rencontre. C’est pourquoi les orthodoxes appellent ce jour, la fête de la rencontre. C’est une rencontre avec un homme et une femme, qui font découvrir l’action de Dieu en Jésus et en nous. L’espérance de Syméon, c’est de voir le Messie (Lc 2,26). Il le reconnaît en l’enfant Jésus. Il prend l’enfant dans ses bras et il prononce sa célèbre prière, le Nunc dimittis : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël ton peuple » (Lc 2, 30-32). Syméon est un homme de vision : il voit plus loin que les apparences. Et il appelle Jésus : « Lumière des nations ». Et pour signifier que nous y croyons aussi, nous avons porté nos chandelles allumées et nous appelons aussi cette fête la Chandeleur. J’ajouterai que Syméon, c’est aussi un homme d’amour et d’affection : il prend l’enfant Jésus dans ses bras ; puis il console Marie à l’avance, en la préparant à mots couverts à vivre la passion de Jésus.

Ensuite, il y a la prophétesse Anne. Celle-ci avait 84 ans. C’est un chiffre magique ! En effet 84, c’est 7 x 12. Sept, c’est le nombre de jours de la création du monde ; c’est le symbole de la perfection du cosmos ; douze, c’est le symbole de l’année avec ses douze mois, c’est la perfection du temps. Cette perfection, Anne l’a atteinte par la prière. Après sept ans de mariage, elle est tombée veuve. Elle n’a pas déprimé, elle n’a pas réclamé, elle a consacré sa vie à prier pour les autres, à prier dans le temple, comme dans un monastère ; elle priait « pour ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ». Grâce à cet esprit de prière, elle aussi reconnaît en Jésus le sauveur du peuple et elle ose parler de lui autour d’elle. La prière a rendu Anne missionnaire, à 84 ans.

Voilà pourquoi Syméon et Anne sont des symboles de la vie consacrée. Voilà pourquoi le pape Jean-Paul II a voulu faire de la fête de la présentation la fête de la vie consacrée. C’est pourquoi nous accueillons aujourd’hui dans notre cathédrale de nombreuses religieuses et de nombreux religieux de notre diocèse. Syméon est une figure de la vie religieuse, car il a le regard aiguisé pour reconnaître le Christ comme lumière des nations et il manifeste son affection à la sainte famille. Et Anne est une figure de la vie religieuse, car elle est centrée sur la prière et elle ose témoigner de sa foi tout autour d’elle. Ils reconnaissent que l’enfant Jésus qui entre au temple est Dieu lui-même, comme disait le prophète Malachie : « Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez » (Ml 3,2).

Grâce à cette journée de la vie consacrée, le pape Jean-Paul II a manifesté que nous sommes tous concernés par la vie consacrée, car toute l’Église célèbre ses consacrés. En effet, tous nous sommes stimulés à bénéficier des charismes de certains d’entre nous. Ce regard de foi de Syméon et cet esprit de prière d’Anne nous montrent comment la foi et la prière de certains d’entre nous peuvent vivifier les autres et les stimuler par leur présence. Syméon et Anne ont éclairé et encouragé Marie et Joseph. Ainsi les consacrés et les religieux nous éclairent et nous encouragent dans notre vie de tous les jours.

Cette fête est aussi un encouragement pour tous les consacrés. Car la vie religieuse n’est pas facile tous les jours. Elle est basée sur les trois conseils évangéliques : pauvreté, chasteté, obéissance. Hier le pape François a commenté ces trois vœux en donnant à chacun sa juste valeur. Il a dit :
« la chasteté, ce n’est pas une stérilité austère, mais c’est le chemin pour aimer sans posséder »;
« l’obéissance, ce n’est pas de la discipline, mais c’est la victoire sur notre anarchie, dans le style de Jésus »;
« la pauvreté, ce n’est pas un effort titanesque, mais c’est une liberté supérieure, qui nous donne Dieu et les autres comme les vraies richesses ».
C’est à méditer et à creuser !
Nous aurons l’occasion d’approfondir cela en nous rencontrant tout à l’heure pour le verre de l’amitié. Ainsi nous pourrons partager les charismes de chacun.

Nous quitterons alors cette maison et nous rentrerons chez nous avec le cœur joyeux ! Et, comme la prophétesse Anne, nous pourrons proclamer les louanges de Dieu et parler de l’enfant à tous ceux qui attendent un témoignage d’espérance pour leur vie et pour le monde !

Bonnes et saintes rencontres à tous !

† Jean-Pierre Delville, votre évêque.

Photos: © François Delooz