Homélie pour le dimanche des Rameaux
Cathédrale de Liège, Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Liège, le 14 avril 2019.

Chers Frères et Sœurs,

Nous avons entendu le récit de la Passion du Christ, raconté par l’évangéliste saint Luc! Que de détails précis, que de remarques émouvantes, que de vérité humaine dans ce texte d’évangile. Que de grandeur et de force chez Jésus, chez les saintes femmes, chez Simon de Cyrène, chez le centurion, chez Joseph d’Arimathie.

Que de petitesse, de lâcheté, de cruauté ou de calcul chez beaucoup d’acteurs : Pilate, Pierre, Judas, Hérode, les disciples, les passants… C’est un élément que j’ai voulu souligner dans ma lettre de Carême sur La dernière cène à la lumière de Léonard de Vinci. Celui-ci met en scène la stupéfaction des disciples à l’annonce que l’un d’entre eux trahira Jésus ! L’évangéliste Luc montre même que les disciples en arrivent à se disputer pour savoir lequel sera le plus grand. Ceci nous rappelle un peu la situation de l’Eglise d’aujourd’hui, dans laquelle il y a des trahisons et des disputes. Mais à la dernière Cène, Jésus nous donne aussi un grand espoir : en partageant le pain et la coupe de vin, il annonce qu’il partage son corps et son sang ; il ajoute : Faites cela en mémoire de moi ! Jésus ouvre un avenir nouveau, une nouvelle alliance. Toutes ces paroles et tous ces gestes sont restés en mémoire !

Cette situation d’autrefois éclaire notre aujourd’hui.  Je pense à tous ces personnes qui donnent leur vie, mais qu’on ignore, dans les guerres et les révolutions qui secouent aujourd’hui le monde. Combien de cadavres sans histoire ont été exposés à nos yeux, par la TV ! Des vies humaines bafouées, oubliées… Je pense au grand désastre à Beira au Mozambique, suite au Typhon d’il y a trois semaines : toute une grande ville a été détruite et toute une région ravagée. Je pense aussi aux pays en guerre comme le Yémen, l’Afghanistan et la Lybie ; je pense au Sud-Soudan, pour lequel le pape François est intervenu activement cette semaine. Parfois on se demande : qu’est-ce que je puis faire quelque chose pour ces pays lointains ? En fait, accomplir un premier pas est important.

Je pense aussi aux Philippines, que j’ai visitées en juillet dernier et qui sont au centre de notre attention durant ce carême. Aujourd’hui nous sommes invités à soutenir financièrement les pauvres de notre terre.

C’est pour les associations d’agriculteurs pauvres de là-bas et pour leur développement agricole écologique que nous faisons la collecte ; de leur côté ils nous communiquent un témoignage de solidarité et de foi. Les agriculteurs de Mindanao sont pauvres, ils vivent dans des baraques regroupées en villages. Ils tentent d’accéder à la propriété grâce à la réforme agraire. Pour une répartition juste des terres, il y des coopératives de solidarité qui soutiennent l’acquisition des terres et que nous soutenons. Je voudrais souligner aussi l’engagement écologique de ces communautés : avec des engrais naturels, des semences diversifiées, des plantations variées, un élevage hygiénique, dans le cadre de coopératives agricoles. Notre action est encadrée par Entraide et Fraternité, qui est aussi une ONG de l’Église catholique reconnue par l’État. Grâce à cette reconnaissance, pour un euro que vous donnez à la collecte, l’État belge ajoute 4 euros : donc le destinataire reçoit 5 euros.

En ce temps de murs, de frontières et d’inimitié, nous sommes appelés à construire des grandes œuvres d’amour. Nous découvrons que nous ne sommes pas seuls. L’Esprit de Jésus travaille. Un courant profond coule et il y a des énergies de bien. Jésus est reconnu comme roi. « Es-tu le roi des juifs ? », demande Pilate à Jésus. Celui-ci répond : « C’est toi qui le dis ! » Car il est le roi de tous, et pas d’abord le roi des juifs.

Unifions-nous dans la prière. Jésus nous attire vers lui. Soyons un tissu d’unité dans le monde. Servons le rêve de Dieu sur l’humanité. Prions pour que la globalisation devienne une globalisation de l’amour.

+ Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.