Homélie pour le dimanche des Rameaux
5 avril 2020 – Cathédrale de Liège

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Chers Frères et Sœurs,

En ayant entendu le récit de la Passion du Christ, nous pensons tous au calvaire que subit l’humanité en cette pandémie de coronavirus. Subitement nous nous rendons compte de l’actualité de la passion de Jésus, qui se répète dans d’innombrables vies humaines. Nous percevons de partout les échos de cette pandémie, spécialement à travers les personnes malades et à travers ceux qui les soignent. Cette situation nous touche tous puisque le confinement implique aussi pour chacun de nous des sacrifices, des renoncements et des peurs. En ce sens, personne n’est épargné.

Beaucoup de ces souffrances se passent en silence. Les malades du Covid 19 ne peuvent être accompagnés facilement par leur famille à l’hôpital, vu la contagion. Souvent ils meurent dans la solitude, chez nous et dans le monde entier. C’est aussi dans la discrétion et le dévouement que beaucoup s’engagent pour soigner des malades, accompagner des personnes âgées, rendre des services multiples dans la mesure du possible.

Ces souffrances ne doivent pas nous faire oublier les souffrances des population pauvres sur notre terre, ni ceux qui meurent pour d’autres raisons que le coronavirus, dans les conflits locaux qui secouent aujourd’hui notre terre, ni ceux qui souffrent de la pauvreté et de l’injustice ; aujourd’hui, en ce jour de collecte pour le carême de partage, nous nous rappelons en particulier de la population d’Haïti, qui souffre encore des suites du tremblement de terre d’il y a dix ans et de la pauvreté des campagnes. Des groupements dynamiques relancent l’agriculture dans le respect de la nature et de l’écologie. Ce sont des associations porteuses d’avenir que nous voulons aider durant ce carême de partage.

Beaucoup de ces souffrances sont anonymes et méconnues. Par contre, les souffrances de Jésus ont été décrites dans le détail, comme nous l’avons entendu dans l’évangile selon S. Matthieu. Toutes ces précisions sont le signe d’une affection envers Jésus. Quand on aime quelqu’un, on retient beaucoup de détails de sa vie. Ainsi en allait-il pour Jésus. Il était aimé et on s’est rappelé de lui. Mais surtout, il aimait les gens, et les disciples ont compris que ses souffrances reflétaient celles du monde entier ; ainsi elles contribuaient à nous sauver de nos souffrances et de notre mort définitive.

Les indices d’espérance dans le récit de la passion de Jésus, ce sont les gestes d’amour qui l’entourent. Nous les voyons chez les saintes femmes : Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques, la mère de Jacques et de Jean, chez Simon de Cyrène, qui aide Jésus à porter sa croix, chez Joseph d’Arimathie, qui prête son tombeau pour le corps de Jésus. Ces gestes contrastent avec les attitudes de lâcheté et de cruauté chez beaucoup d’acteurs : Pilate, Pierre, Judas, Caïphe, les disciples, les passants… Mais tout cependant a été gardé en mémoire ! Si la passion de Jésus a tellement frappé les esprits et qu’on en a retenu autant de détails, c’est que ses disciples y ont saisi un sens profond, qui va au-delà de l’événement. Ils ont saisi que derrière la souffrance de Jésus se cachait le mystère de sa personne et qu’elle révélait le sens de toute l’humanité. C’est ce que Jésus avait annoncé à la dernière Cène en partageant le pain à ses disciples et en disant : Ceci est mon corps. En donnant la coupe de vin, Jésus annonçait notre salut en disant : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 26-28).

Face à tous ces gestes et ces paroles qui s’expriment dans le récit de la passion de Jésus, où nous situons-nous ? Le texte nous invite à dépasser nos peurs et nos paralysies, spécialement en ce temps de coronavirus, pour nous pousser à la compassion et à la solidarité. Il nous invite à souffrir avec Jésus et lui offrir nos souffrances. Et à souffrir en communion avec ceux qui souffrent aujourd’hui. Ainsi le mystère de la souffrance humaine devient créateur d’amitié, de relation. Ce temps de pandémie doit devenir le point de départ d’une nouvelle culture sur notre terre et d’une plus grande solidarité mondiale. Telle est notre espérance dès aujourd’hui ! Amen !

† Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.