Homélie pour la Présentation du Seigneur

Fête de la vie consacrée
Eglise Paix Notre-Dame des bénédictines

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Liège, le 2 février 2019

Chers Frères et Sœurs,
Chers Religieuses et Religieux,
Chers vous tous qui êtes engagés dans la vie consacrée,

Bonne fête !

Fête de la lumière

Nous venons de porter des cierges en procession au début de cette liturgie. Nous avons bougé comme Marie, Joseph et Jésus ont bougé pour aller de Bethléem à Jérusalem. Nous avons bougé de chez nous pour venir ici participer à la fête de la vie consacrée. La fête d’aujourd’hui nous fait bouger tous. Marie et Joseph ont aussi bougé intérieurement : ils ont découvert, grâce à Siméon et Anne, un nouveau visage de Jésus. Ce sont des pauvres, qui découvrent de plus en plus qu’ils ont une richesse : leur enfant Jésus. Ce sont des pauvres : on le voit aux deux colombes qu’ils apportent, au lieu d’apporter un agneau pour le sacrifice en vue du rachat de leur enfant premier-né. Ce sont des pauvres comme ceux dont nous avons parlé dans nos échanges, comme ceux que nous rencontrons dans notre ministère. Jésus naît pauvre, mais sa pauvreté déclenche l’amour, la considération, la contemplation de son identité profonde. Ainsi tout pauvre porte en lui une richesse, qu’il faut découvrir petit à petit. Tout pauvre mérite la considération, comme la considération que Siméon et Anne ont manifestée vis-à-vis de Jésus.

La richesse de la personnalité de Jésus est dévoilée par Siméon. Il voit en lui la lumière pour les nations, littéralement ‘une lumière pour une apocalypse des nations’, c’est-à-dire une ‘révélation aux nations’. Les nations, ce sont d’autres pauvres, ce sont les étrangers pour les juifs ; avec Jésus ils ont droit à une révélation et à une lumière. Les pauvres des nations sont donc éclairés et mis en valeur par la révélation que Jésus leur transmet. Cela nous incite à notre tour à être témoins aujourd’hui de cette lumière pour les nations. Beaucoup de nations sont méprisées sur cette terre ; beaucoup sont condamnées à l’exil et à la migration. Elles sont alors mal reçues dans leur déplacement. Ici au contraire, les nations étrangères sont valorisées et sont gratifiées d’une révélation.

Tout ceci nous encourage dans notre vocation : comme Siméon et Anne, nous devons être des accueillants, des contemplatifs de Dieu, des découvreurs de Jésus, des amis des pauvres, des lumières envers les nations étrangères, comme Jésus lui-même.

Fête de la rencontre : la rencontre attendue ou la consécration

La présentation de Jésus au temple nous fait assister à une rencontre attendue et à une rencontre inattendue. C’est pourquoi la liturgie orientale appelle cette fête la Sainte Rencontre. La rencontre attendue, c’est celle qui motive la venue de Jésus au temple. Il est présenté, car comme premier né il appartient à Dieu et les parents doivent le racheter à Dieu. L’évangéliste nous rappelle la loi biblique, en citant la Bible grecque : « Tout premier né de sexe masculin sera consacré au Seigneur » (Cf. Exode 13,1.12.15 ; Lévitique 12,7 parle autant de fille que de garçon).

La rencontre inattendue : Siméon et Anne

Une rencontre inattendue survient sur le parvis du temple de Jérusalem : celle de Siméon et d’Anne. C’est une rencontre avec un homme et une femme, qui font découvrir l’action de Dieu en nous. Siméon est porté par l’Esprit pour rencontrer Jésus, Marie et Joseph (Lc 2,26). L’espérance de Syméon, c’est de voir le Messie. Il le reconnaît en l’enfant Jésus. Il fallait avoir de bons yeux ! Ce n’est qu’un enfant ; il n’a encore rien fait. Mais Syméon y croit ; il prend l’enfant dans ses bras et il prononce sa célèbre prière, le Nunc dimittis : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut. » J’ajouterai que Syméon, c’est aussi un homme d’amour et d’affection : il prend l’enfant Jésus dans ses bras ; puis il console Marie à l’avance, en la préparant à mots couverts à vivre la passion de Jésus.

Enfin, il y a la prophétesse Anne. Celle-ci avait 84 ans. C’est un chiffre magique ! En effet 84, c’est 7 x 12. Sept, c’est le symbole de la perfection, ce sont les sept jours de la création et de l’émergence de la vie ; douze, c’est le symbole de l’Eglise, car il y a 12 apôtres et 12 tribus d’Israël. Cette perfection, Anne l’a atteinte par la prière. Après sept ans de mariage, elle est tombée veuve. Elle n’a pas déprimé, elle n’a pas réclamé, elle a consacré sa vie à prier pour les autres, à prier dans le temple, comme dans un monastère ; elle priait « pour ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ». Grâce à cet esprit de prière, elle aussi reconnaît en Jésus le sauveur du peuple et elle ose parler de lui autour d’elle. La prière a rendu Anne missionnaire, à 84 ans. En ce sens, Anne est une figure de la vie religieuse, car elle est centrée sur la prière et elle ose témoigner de sa foi.

La rencontre est préparée par la prière et la fidélité

Notre rencontre est aussi une rencontre attendue et une rencontre inattendue. Ce qui nous fait percevoir la nouveauté et la densité de ce moment, c’est le sens de la prière et celui de la fidélité, c’est le sens même de nos vœux religieux. Siméon et Anne étaient des personnes de prière. Par la prière, ils ouvraient leur cœur ; et grâce à la prière, ils ont découvert le mystère de l’enfant Jésus. Par leur fidélité, ils ont été présents au moment où Jésus venait et ils ont peu le découvrir et le reconnaître. Ainsi nos vœux nous ouvrent le cœur à l’autre ; beaucoup d’entre vous sont engagés dans l’apostolat de manière intense ; vous rencontrez régulièrement des personnes en difficulté, des personnes qui comptent sur vous. Ainsi vous vivez l’intensité de la rencontre, l’aspect inattendu et la surprise de la rencontre, comme Siméon et Anne. C’est le sens même de nos vœux qui nous est ainsi rappelé aujourd’hui.

Enfin, on ressort du temple. Nous aussi quitterons cette maison et nous rentrerons chez nous. Mais nous aurons le cœur joyeux et la capacité de témoigner autour de nous de l’incarnation et de la rédemption, à la lumière de notre consécration et de nos vœux.

Bonnes et saintes rencontres à tous !

+ Jean-Pierre, évêque de Liège