Homélie pour la Journée des Malades

Mardi 11 février 2020

Collégiale Saint-Barthélemy, Liège

 

Chers Frères et Sœurs,

En cette fête de Notre-Dame de Lourdes, qui est aussi la Journée mondiale des malades, Jésus nous dit (Mt 11,25-30) : « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous procurerai le repos ». C’est ce passage d’évangile que le pape François a choisi comme thème de son message pour la Journée des malades.

« Ces mots, dit-il, expriment la solidarité du Fils de l’homme, Jésus-Christ, face à l’humanité (…) souffrante. Que de personnes souffrent dans leur corps et dans leur esprit ! Jésus appelle tous les hommes à aller vers lui, ‘venez à moi’, et il leur promet soulagement et repos ».

« Jésus regarde l’humanité blessée. Lui, il a des yeux qui voient, qui s’aperçoivent, qui regardent en profondeur. Il ne s’agit pas d’un regard rapide et indifférent, mais d’un regard qui s’attarde et accueille tout l’homme, tout homme, quelle que soit sa condition de santé, sans écarter personne, mais en invitant chacun à entrer dans sa vie pour faire une expérience de tendresse. » C’est pourquoi Jésus nous dit à tous en ce soir : Venez à moi !

Le pape rappelle ensuite différentes situations de maladie : « Il existe diverses formes graves de souffrance : les maladies graves, les maladies chroniques, les maladies psychiques, celles qui nécessitent de la rééducation ou des soins palliatifs, les divers handicaps, les maladies de l’enfance, celles de la vieillesse »… Chacun de nous ce soir peut porter devant cet autel le nom de personnes malades que nous connaissons, ou de personnes fragiles que nous voulons évoquer ; chacun de nous peut porter devant le Seigneur ses propres fragilités, ses propres maladies, ses propres souffrances.

Face à ces fragilités et ces maladies, le pape continue : « Il apparaît nécessaire de personnaliser l’approche à l’égard du malade, non plus seulement en soignant mais aussi en prenant soin, pour une guérison humaine intégrale. »

Ce « prendre soin », vous le connaissez. C’est ce que beaucoup d’entre vous pratiquent. Beaucoup d’entre vous prenez soin des personnes malades que vous connaissez ou que vous rencontrez.

Comme le pape, « Je remercie de tout cœur les bénévoles qui se mettent au service des malades, en (…) reflétant, par des gestes de tendresse et de proximité, l’image du Christ ».

À travers les visites, on procure aux malades le repos de leur âme, et le visiteur reçoit lui-même le repos de notre âme. La présence de Jésus est communicative. J’en ai fait l’expérience dernièrement en visitant une maison de repos et de soin, avec une section spéciale pour les handicapés graves. J’ai pu admirer le dévouement du directeur, du personnel et des bénévoles envers les malades. J’entre dans une chambre et je découvre une femme africaine au corps tout déformé par un handicap de naissance ; elle ne parle pas clairement ; alors je lui dis quelques paroles, je lui explique que je suis l’évêque, et que je suis heureux de la rencontrer et de lui parler ; je lui caresse le front et je la bénis ; elle sourit et se tortille sur son lit. Puis elle émet quelque son et j’entends A A A. Je sors de la chambre. Le directeur me dit : « vous avez compris ce qu’elle a dit ? » Je réponds : « non, elle a juste émis quelques sons ! » « Pas du tout, répond le directeur ! Elle a dit : Alleluia ! Alleluia ! » Alors j’ai été étonné de la réaction d’amour de cette femme et encore plus étonné de la capacité de compréhension du directeur ! Ainsi on découvre la capacité de reconnaissance des tout petits !

Pape François ajoute : « Je confie à la Vierge Marie, Santé des malades, toutes les personnes qui portent le poids de la maladie, avec leurs familles, ainsi que tous les personnels de santé ». En cette fête de Notre-Dame de Lourdes, nous pensons à Marie, qui a attiré les malades à Lourdes, pour leur permettre de prier dans la confiance et de trouver une guérison de leur âme et de leur corps. Je pense à tous ceux qui, aujourd’hui, ont pu participer à un pèlerinage à Lourdes comme malades ou comme accompagnant et qui ont fait l’expérience de cette vie d’Eglise, de cette joie communicative, qui guérit les âmes et les corps.

Comme accompagnateurs de malades ou comme malades, nous pouvons ainsi garder le cœur léger, confiants dans notre petitesse et dans la force d’amour de Dieu. D’un point de vue personnel, vivons cette découverte que Jésus nous fait faire de notre fragilité et de notre faiblesse. Ainsi nous vivrons dans la reconnaissance ! Recevons ce message ensemble. « Venez à moi », dit Jésus, au pluriel ! Cela nous invite à la solidarité et à la coopération dans les situations de faiblesse et de maladie.

Remercions le Seigneur qui nous fait ainsi découvrir nos vies sous un jour nouveau ; et qui nous offre, ainsi qu’au monde entier, le repos de nos âmes et le joug léger de sa parole d’amour.

† Jean-Pierre Delville, votre évêque.