Chers Frères et Sœurs,

En cette fête du Roi, nous nous retrouvons ici pour cette prière œcuménique consacrée au roi et, par le fait même, à tout le pays et à ses autorités civiles, judiciaires et militaires. La thématique que j’ai choisie pour aujourd’hui est celle de l’accueil des migrants et des réfugiés. Cette thématique tient à cœur au roi Philippe, comme il nous l’a dit dans son message de la fête nationale en juillet dernier; cette thématique est aussi au cœur du christianisme, comme nous le rappelle l’évangile que nous venons d’entendre.

Jésus, en effet, a vécu l’exil dans son enfance, selon l’évangéliste Matthieu (Mt 2,13-21). Il a été poursuivi par Hérode et dû fuir en Egypte. Il y est resté jusqu’à la mort du tyran. Entre-temps Hérode fit massacrer tous les jeunes enfants, craignant que son concurrent à la royauté ne se trouve parmi eux. Cet épisode de violence nous rappelle des situations de violence bien actuelles. Si des réfugiés arrivent chez nous, c’est bien parce qu’il existe aujourd’hui des situations tragiques comme celles provoquées par le terrorisme mondial en Irak et en Syrie, en Lybie, en Somalie, au Yemen, en Afghanistan, et j’en passe. Comme à  l’époque de Jésus, des réfugiés chassés de chez eux par la guerre et la violence doivent chercher refuge ailleurs. Parfois ce sont aussi des raisons économiques ou climatiques qui font fuir les gens, à cause des disettes et des famines qui menacent leur pays.

En même temps, nous découvrons combien les migrants apportent de choses à nos pays. Il est beaucoup de professions que les Belges de souche n’acceptent souvent plus d’exercer. Par exemple, je suis frappé de voir le nombre d’infirmières ou d’aide-soignantes d’origine africaine qui travaillent dans nos hôpitaux. Dans nos communautés chrétiennes, je suis frappé aussi de voir le dynamisme et la sociabilité des croyants d’origine étrangère. Ainsi nous découvrons que l’immigration est non seulement un problème, mais aussi une solution pour notre vie sociale. Il n’y a pas que chez nous en Belgique que cela se passe : chaque pays du monde compte de nombreux immigrés. J’étais étonné, la semaine dernière, en faisant un pèlerinage en Terre Sainte, de voir le grand nombre de Philippins qui travaillent à Jérusalem et dans le reste de l’État d’Israël.

Le Pape François, dans son message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, qui aura lieu le 14 janvier 2018, reprend les paroles de la Bible: ‘L’émigré installé chez vous, vous le traiterez comme l’un de vous ; tu l’aimeras comme toi-même ; car vous-mêmes avez été des émigrés dans le pays d’Égypte’ (Lévitique 19,34). Le pape propose que notre réponse au défi de l’immigration s’articule autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Accueillir, précise-t-il, signifie en particulier “octroyer des visas humanitaires”. Il souhaite “qu’un plus grand nombre de pays adoptent des programmes de patronage privé et communautaire et ouvrent des corridors humanitaires pour les réfugiés les plus vulnérables.” Espérons que notre pays pourra un jour suivre ce conseil. Protéger l’étranger signifie, pour lui, “le droit de garder toujours avec soi les documents d’identité personnels, un accès équitable à la justice,” “la liberté de mouvement dans le pays d’accueil, la possibilité de travailler et l’accès aux moyens de télécommunication”. « Promouvoir » signifie en particulier l’accès à la vie familiale et à la liberté de se réaliser en tant que personne. « Intégrer » signifie “favoriser, dans tous les cas, la culture de la rencontre, en multipliant les opportunités d’échange interculturel et en développant des programmes visant à préparer les communautés locales aux processus d’intégration”. Dans cette ligne le pape a préparé une liste de vingt et un points d’attention en vue de la rédaction des accords globaux, prévus par l’ONU sur les réfugiés et sur les migrants pour 2018.

Ainsi, Frères et Sœurs,

En cette fête du Roi, il me paraît important de continuer à nous investir en vue d’une culture de l’accueil, de la rencontre et de respect de la dignité de tout être humain sans distinction.

J’espère que le roi Philippe ne m’en voudra pas d’avoir parlé aujourd’hui d’un autre roi, Hérode, tristement célèbre pour avoir été l’auteur du massacre des saints innocents. C’est un contre-exemple : celui à ne pas imiter. Nous avons la chance d’avoir reçu du roi Philippe un autre message lors de la fête nationale : il nous invitait à « façonner une société inclusive, dans laquelle personne ne se sente abandonné », car « aller à la rencontre d’une autre culture est aussi une occasion de s’enrichir mutuellement. » Il ajoutait qu’« il y a dans notre pays, bien plus que nous le croyons parfois, une communion de valeurs au-delà des différences. »

Donc en ce jour de fête du Roi, bonne fête au roi Philippe et bonne fête à tous !

+ Mgr Jean-Pierre Delville, votre évêque.