Homélie pour la bénédiction de la Casa Béthanie Liège

rue Sainte-Aldegonde, 5

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Liège, le 15 juin 2019.

Chers Amis,

Vous avez voulu appeler votre maison d’accueil la « Casa Béthanie ». Vous avez pensé à la maison de Béthanie où Jésus avait des amis, Marthe, Marie et Lazare. Cette maison était largement ouverte, elle accueillait souvent Jésus et ses disciples. Or voilà qu’un jour, un de ses habitants, Lazare, vient à tomber gravement malade. L’épisode nous est raconté dans l’évangile de Jean (Jn 11,1-45), que vous avez proposé à notre méditation aujourd’hui. Je voudrais y relever quatre aspects qui nous éclairent sur notre situation actuelle et sur la mission de la Casa Béthanie.

La première chose que je relève, c’est la longue marche de Jésus pour rejoindre Marthe et Marie lorsque Lazare tomba malade. En effet il était loin : il était en Galilée et Béthanie est en Judée, aux portes de Jérusalem. Il y avait plus de 100 km à parcourir à pieds ; et Jésus n’est pas parti directement. Cela me fait penser qu’il a fallu du temps pour lancer cette initiative de Casa Béthanie, il a fallu de l’énergie, des collaborations, des réflexions approfondies, une longue marche. Et beaucoup d’entre vous qui avez participé à la genèse du projet avez marché et êtes venus de loin aujourd’hui pour prendre part à cette inauguration. C’est une maison pleine d’amis, comme celle de Marthe et de Marie après la mort de Lazare : « Beaucoup de gens étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère » (Jn 11,19). Bref voici un projet qui demande une longue mise en marche, comme celle de Jésus pour aller à Béthanie.

Ensuite, dès qu’on lit cet évangile, on est frappé par les premiers mots : « Il y avait quelqu’un de malade » (Jn 11,1). C’est l’histoire d’un malade. Les mots « malade » ou « maladie » reviennent cinq fois dans les six premiers versets. On voit l’insistance qui est mise sur la fragilité humaine. L’évangile ne cache pas la faiblesse humaine, il la prend au sérieux. De même, ici à la Casa Béthanie, on prend au sérieux la fragilité humaine et on accueille des personnes, en particulier des femmes, en difficulté. On sait qu’il faut prendre en compte les malades physiques comme psychiques et les accueillir.

Troisièmement, je vois que la maladie de Lazare tourne au drame et conduit à la mort. Quand Jésus découvre cela à son tour, il perd de son assurance et il commence à pleurer (Jn 11,33.38). Il est ému en profondeur. Vous aussi à la Casa Béthanie, vous affrontez des situations de mort ou des situations d’échec, qui paraissent sans issue. Vous n’évitez pas de rencontrer les personnes en position d’échec et ne savez pas à l’avance ce qu’on pourra faire. Comme Jésus qui pleure au tombeau de Lazare, vous savez être proches de qui souffre. Cela me fait penser que les évêques de Belgique viennent de publier une lettre pastorale intitulée Je te prends par la main, sur l’accompagnement des malades jusqu’à la mort. Elle invite les membres des équipes d’aumônerie d’hôpital et les visiteurs ou visiteuses de malades à ne pas craindre d’accompagner chaque malade, quelle que soit sa situation, même à l’approche de la mort. Beaucoup de directions d’hôpital nous sont reconnaissantes à ce sujet, d’autant plus que les rankings internationaux insistent maintenant sur la nécessité de l’accompagnement spirituel et sur la qualité du message chrétien face à la mort, surtout en comparaison des discours limités de la société moderne à ce sujet.

Quatrièmement, je découvre que Jésus réveille Lazare. Il avait dit : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil » (Jn 11,11). Il dit ensuite : « Lazare, viens dehors ! » Et il ajoute : « Déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11, 43-44). Jésus a une capacité de donner une vie nouvelle. Mais il donne aussi une liberté nouvelle à la personne, en la laissant s’en aller. Il demande de délier son visage, littéralement de délier « sa vue », c’est-à-dire de lui donner une nouvelle vue, une nouvelle vision de la vie ! De même ici à la Casa Béthanie, nous découvrons des résurrections, des femmes remises debout, des personnes qui découvrent une nouvelle liberté, une nouvelle vision d’avenir et qui peuvent repartir sur les chemins de la vie. C’est la force de l’amitié, qui débouche sur la vie nouvelle. L’amitié conjuguée de Lazare « notre ami », de Marie, qui avait oint les pieds de Jésus (Jn 12,3), de Marthe et de tous leurs voisins, conjuguée à l’amitié de Jésus, permet à celui-ci de donner une vie nouvelle à Lazare. De même ici à la Casa Béthanie, l’amitié conjuguée de nombreuses personnes remet debout et relance dans la vie les personnes qui passent. Elles vivent une véritable résurrection, un véritable réveil, à travers l’amitié.

Dans cet esprit, rendons grâces à Dieu pour le projet initié, pour les personnes qui en bénéficient, pour celles qui l’organisent, pour les responsables de la Casa, en particulier Tim, Sophie et Bérengère, pour les bénévoles et les amis, et pour tous ceux qui sont dans la précarité et y trouveront le soutien pour leurs vies ! Amen ! Alléluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.