Homélie – Fête de Saint Lambert, Cathédrale de Liège
17 septembre 2019

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Chers Frères et Sœurs,

Vous qui êtes réunis dans cette cathédrale et vous qui nous entendez par la radio RCF,

Bonne fête de saint Lambert à tous !

« Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut » (Is 52,7). Ces paroles de joie, prononcées par le prophète Isaïe, nous annoncent la venue d’un messager de la bonne nouvelle, que nous reconnaissons dans le Christ, et que nous pouvons voir aussi dans tous ses témoins, comme saint Lambert autrefois et comme chacun de nous aujourd’hui.
„Wie willkommen sind auf den Bergen die Schritte des Freudenboten, der Frieden ankündigt, der eine frohe Botschaft bringt und Heil verheißt, der zu Zion sagt: Dein Gott ist König“ (Jesaja 52,7). Diese Worte der Freude des Propheten Jesaja verkünden uns das Kommen eines Botschafters der guten Nachricht, die wir in Christus erkennen und die wir bei all denen wiederfinden, die Zeugnis von ihm ablegen, wie der heilige Lambertus damals und jeder von uns in der heutigen Zeit.

C’est pourquoi la fête de saint Lambert, patron de notre diocèse, est une fête de paix pour chacun d’entre nous, car nous relayons et nous déployons dans notre monde d’aujourd’hui la bonne nouvelle de l’évangile. C’est particulièrement pour ceux et celles d’entre vous qui êtes chargés d’une mission spécifique dans notre diocèse, comme prêtre, comme diacre, comme assistant paroissial ou comme membre d’un service diocésain.

Ce message de paix et de salut est très actuel, car chaque génération humaine doit s’engager d’une façon nouvelle à construire la paix dans le monde et chaque chrétien doit ouvrir les portes au salut que Dieu nous apporte.
Diese Botschaft von Friede und Erlösung ist sehr aktuell, denn jede Generation muss sich auf eine neue Art engagieren, um Frieden in der Welt zu schaffen, und jeder Christ muss der, uns von Gott geschenkten, Erlösung die Türen öffnen.
Vous allez peut-être penser : cela est bien grandiose, mais mon engagement est plus limité, j’ai déjà pas mal de chats à fouetter avec ma paroisse, mon unité pastorale, ma famille, mes enfants, mon couple, mon service diocésain,… Et c’est vrai. Mais pensez à Isaïe, un petit prophète, membre d’un petit peuple du Moyen-Orient, déporté en exil à Babylone. Aujourd’hui, il serait comme un réfugié qui habiterait dans la banlieue liégeoise. Ce petit monsieur pense subitement au salut de toute l’humanité, il a l’inspiration d’annoncer un Messie qui viendrait pour toute l’humanité.
Aber denkt an Jesaja, einen kleinen Propheten, ein Mitglied eines kleinen Volkes im Nahen Osten, das in Babylon im Exil lebt. Heute wäre er wie ein Flüchtling, der in einem Vorort von Lüttich wohnt. Dieser unscheinbare Mann denkt plötzlich an die Rettung der ganzen Menschheit, er hat die Inspiration, einen Messias anzukündigen, der für die ganze Menschheit kommen würde.
C’est ce que nous avons entendu à la fin de la première lecture : « Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu ». Voilà ce qu’écrit Isaïe. Et l’histoire lui a donné raison. La preuve en est que nous l’avons lu aujourd’hui. Donc notre foi nous ouvre les yeux sur le sort de toute l’humanité. C’est ce qu’on appelle l’universalisme chrétien. Qui a commencé avec Isaïe, et qui est donc l’universalisme juif. Ainsi notre vocation est universelle. Le christianisme a comme mission de promouvoir le salut de l’humanité, par la diffusion de l’évangile du Christ.
Unsere Berufung ist also universell. Die Mission des Christentums ist es, die Errettung der Menschheit durch die Verbreitung des Evangeliums Christi zu fördern.

Mais ce n’est pas un universalisme conquérant. Jésus lui-même a vécu l’échec. Son message universel a été contrecarré. Jésus a été arrêté, condamné, crucifié.
Dies ist jedoch kein erobernder Universalismus. Jesus selbst hat das Scheitern durchlebt. Seine universelle Botschaft wurde bekämpft, und er wurde verhaftet, verurteilt und gekreuzigt. Il l’a annoncé en disant ce que nous avons entendu dans l’évangile : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12,24). Jésus prédit que sa mission le conduira à la mort, mais la mort le conduira à la résurrection ; et la résurrection sera source de vie nouvelle et de communauté nouvelle.

Jésus accepte de donner sa vie et il nous invite à faire de même. « Si quelqu’un veut me servir, – dit-il – qu’il me suive ;
et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ».

Cher Frères et Sœurs, suivre Jésus exige des renoncements. Dans notre action pastorale, il y a aussi des renoncements à faire. Mais ces renoncements sont porteurs d’une vie nouvelle qui servira au salut du monde.
Liebe Brüder und Schwestern, Jesus nachzufolgen erfordert Entsagung. In unserem pastoralen Handeln müssen wir Verzicht lernen. Doch diese Entsagungen sind Träger eines neuen Lebens, das der Errettung der Welt dienen wird.
Notre engagement n’est pas simplement de l’ordre de l’engagement individuel. Mais il sert aussi salut de tous. C’est pour cela que saint Paul ose écrire : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8,38). L’engagement chrétien une nécessité en soi, une nécessité objective, pour le salut du monde ; mais c’est aussi un choix subjectif, laissé à la conscience de chacun. C’est sa force et sa fragilité.

C’est pourquoi dans la Fondation Saint-Lambert que nous promouvons aujourd’hui, nous insistons sur la transmission du patrimoine matériel et immatériel du christianisme. Le patrimoine matériel, ce sont toutes les réalités objectives qui nous font connaître la foi, spécialement les œuvres d’art qui en témoignent ; le patrimoine immatériel, c’est la démarche subjective de la foi, qui est éminemment personnelle et résulte d’une démarche de conversion intérieure que chacun est appelé à vivre.
Aus diesem Grund bestehen wir in der Saint-Lambertus-Stiftung, die wir heute fördern möchten, auf der Weitergabe des materiellen und immateriellen Kulturerbes des Christentums. Das materielle Erbe sind alle objektiven Realitäten, die uns den Glauben erkennen lassen, insbesondere die Kunstwerke, die davon zeugen. Immaterielles Erbe ist der subjektive Prozess des Glaubens, der überaus persönlich ist und aus einem Prozess der inneren Bekehrung resultiert, zu dessen Leben jeder berufen ist.
Pas de démarche de conversion sans une information objective ; et pas de foi consciente sans une démarche subjective ;

Pour donner à notre diocèse des outils afin de faciliter la transmission de la foi de manière matérielle et immatérielle, la Fondation Saint-Lambert veut promouvoir des initiatives de communication de la foi en contribuant à leur financement. Un exemple concret, c’est de financer le pèlerinage de vingt jeunes à Lourdes en 2020. Cela signifie trouver 20 fois 600 euros, donc 12.000 euros pour donner à des jeunes l’occasion de vivre une expérience de foi qui sera nourrie par le soin des malades, la vie fraternelle et l’animation spirituelle.
Ein konkretes Beispiel ist die Finanzierung der Pilgerreise von zwanzig jungen Menschen nach Lourdes im Jahr 2020. Das bedeutet, 20 mal 600 Euro zu finden, also 12.000 Euro, um jungen Menschen die Möglichkeit zu geben, eine Glaubenserfahrung zu leben, die davon genährt wird kranken Menschen beizustehen und zu pflegen, gemeinsam Brüderlichkeit zu leben und spirituelle Momente zu erleben.
J’espère qu’on pourra y arriver, ce sera un bon début. Et le contact avec l’Église universelle à Lourdes sera l’illustration que le message chrétien est destiné à toute l’humanité et à être un facteur de paix dans le monde entier !
Und der Kontakt mit der Weltkirche in Lourdes wird zeigen, dass die christliche Botschaft für die ganze Menschheit bestimmt ist und ein Faktor des Friedens auf der ganzen Welt sein soll!

Amen ! Alléluia !
Halleluja!

+ Jean-Pierre Delville, votre évêque, euer Bischof.