Homélie
Eucharistie de rentrée du Centre diocésain de formation

Eglise Saint-Jacques – 20 septembre 2021

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Chers Frères et Sœurs,
Chers Étudiantes et Étudiants, chers Séminaristes, chers Formateurs,

C’est une grande joie pour moi de pouvoir présider cette célébration d’inauguration de l’année académique au Centre diocésain de formation. Nous y recueillons les fruits de l’enseignement de l’an passé et nous tournons les yeux vers l’année qui commence. La célébration d’aujourd’hui met en valeur l’avancement et la progression de ceux qui sont l’avenir de notre Eglise, en tant que chargés de l’enseignement de la foi ou du ministère pastoral. Au début de la messe, nous avons admis deux candidats au ministère et institué deux lecteurs ; après l’évangile, nous conférerons le ministère de l’acolytat à deux autres, et à la fin de la messe, nous enverrons en mission 24 finalistes du CDF.

En effet, le monde actuel a un grand besoin du message de l’évangile. Dans les circonstances éprouvantes du COVID et celles des inondations, devant les menaces de réchauffement climatique et de déséquilibre économique de notre monde, nous avons particulièrement besoin de la parole de Dieu et de la présence de ses témoins dans notre monde.

L’évangile que nous avons entendu (Lc 8, 16-18) fait suite à la parabole du semeur, dans laquelle Jésus montre que la semence, qui représente sa parole, souvent se perd, mais un jour ou l’autre, elle tombera dans la bonne terre et donnera du fruit. Il enchaîne en suggérant que cette parole est comme une lampe et qu’elle doit éclairer toute la maison. Elle va tout éclairer et tout révéler, plus rien ne restera caché. Elle ne peut être cachée sous un couvercle, mais elle doit être mise sur un lampadaire, « pour que ceux qui entrent voient la lumière ». « Ceux qui entrent » – littéralement, dans le texte grec : « ceux qui voyagent vers elle » – « qu’ils voient la lumière ! » Jésus fait écho au ps 118, où l’on dit à Dieu : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » (Ps 118,105). Jésus lui-même, surtout dans l’évangile de Luc, envisage la vie comme un voyage. Notre monde est en voyage et ce voyage est aventureux, si pas dangereux.

C’est pourquoi, nous avons besoin d’une orientation et d’une référence sûre. Ainsi Jésus ajoute : « Faites attention à la manière dont vous écoutez ». En effet, la Parole de Dieu doit être écoutée avec attention ; l’écoute signifie la confrontation avec notre expérience personnelle ; l’écoute est la base du développement de l’intelligence humaine ; chez l’enfant l’écoute précède la parole et engendrera plus tard la parole. L’écoute est donc un processus vital, une intégration personnelle de la parole, qui débouchera sur une prise de parole personnelle. Si la parole est une lumière, l’écoute aussi est une lumière, car Jésus dit, littéralement : « Voyez comment vous écoutez ». Il s’agit de faire la lumière sur notre écoute, de voir comment nous écoutons. Il faut donc avoir une vision sur l’écoute ! Il faut avoir l’œil ouvert sur l’oreille ouverte ! Dans ce cas, la parole reçue va se démultiplier en nous. C’est pourquoi Jésus ajoute : « Celui qui a reçu, on lui donnera encore ». C’est-à-dire celui qui a reçu la parole dans un esprit d’écoute et de reconnaissance va être apprécié et il recevra de nouvelles paroles et de nouveaux messages. Inversement : « celui qui n’a rien », celui qui est vide parce qu’il n’a pas écouté la parole, « se fera enlever même ce qu’il paraît avoir ». En effet, celui qui n’écoute pas, va paralyser son esprit et se fera dépouiller de sa personnalité et de son identité. Comme le dit Grégoire le Grand : « Diuina eloquia cum legente crescunt[1] », « Les paroles divines grandissent avec celui qui les lit ». La parole de Dieu s’amplifie en nous grâce à notre lecture et à notre écoute.

Telle est la mission que nous recevons comme chrétiens et que nous faisons passer dans notre enseignement et notre ministère : nous sommes les ministres d’une écoute, d’une parole et d’une action, à travers la communauté fondée en Jésus. Les futurs prêtres et les futurs diacres qui reçoivent un ministère aujourd’hui, ainsi que les futurs ou actuels professeurs de religion, sont des artisans de la communication de la parole de Dieu dans notre société et les acteurs de sa mise en œuvre par le témoignage de leur vie. Portons-les tous dans notre prière et notre affection. Car notre société a grand besoin de cette lumière pour l’éclairer et la sauver ! Amen ! Alléluia !

† J.P. Delville, Evêque de Liège

 

[1] Grégoire le Grand, Homélie sur Ézéchiel, 1, 7, 8, dans Patrologia latina, 76, 843 D (CCh 142, p. 87).