Homélie du Jeudi Saint, 9 avril 2020

 Le big-bang de notre foi

Chers Amis,

La célébration de la Cène du Seigneur, le jeudi saint, se fait aujourd’hui sans assemblée. Elle est encore plus confinée que la Cène originale, quand Jésus s’est réuni avec ses douze disciples, dans une ambiance de menace et de précarité qui ressemble un peu à ce que nous vivons aujourd’hui. Nous comprenons d’une manière plus tangible ce que signifie pour nous aujourd’hui la phrase-clé de Jésus, qui offrit sa vie en rompant le pain et en disant : « Ceci est mon corps, livré pour vous » (1 Co 11,24). Notre solitude matérielle est meublée par une fraternité invisible. C’est comme la bénédiction donnée par le pape François le 27 mars à Rome sur une Place Saint-Pierre vide. Mais le Saint Sacrement du Corps du Christ qu’il tenait entre ses mains était le signe d’une présence invisible et d’une énergie nouvelle, celle du Christ ressuscité agissant en nous. L’eucharistie du jeudi saint célébrée par Jésus est comme le big-bang originel de notre foi. Tout s’y trouve avec une énergie concentrée. Nous le redécouvrons cette année, par la précarité de nos célébrations et par la force du message qu’elles répandent.

Quand Jésus a célébré la dernière cène avec ses disciples, il avait en tête le sens de la Pâque juive ; c’est d’ailleurs aujourd’hui exactement le jour de la pâque juive, car nous sommes le jour de la première pleine lune de printemps. Bonne fête de Pèsah à nos amis juifs ! La Pâque juive est marquée par le repas pascal pris à la hâte et la libération de l’esclavage imposé par l’Egypte ; elle débouche sur la rencontre de Dieu au Sinaï et le passage du peuple dans la Terre promise. Pâque signifie passage. Jésus, à son tour, a eu foi en un passage de Dieu dans sa vie ; une présence de Dieu à travers l’épreuve. Il a pensé à la souffrance qui le menaçait, à sa passion qui s’annonçait, à la douleur de ses disciples abandonnés. Et il a donné une réponse de foi, en partageant le pain et le vin comme son corps et son sang. Il a ajouté : faites ceci en mémoire de moi. C’est pourquoi, nous sommes là et nous faisons mémoire de lui.

Dans cet esprit et avec cette force spirituelle reçue du Christ, je vous invite à prier intensément et à vivre une communion spirituelle les uns avec les autres. Je vous invite aussi à garder un lien régulier avec les personnes en souffrance, en particulier celles qui sont dans la maladie, à l’hôpital ou dans le deuil.

Aux prêtres et diacres, dont c’est la fête aujourd’hui, et à tous ceux qui êtes engagés intensément dans l’Église, comme animateurs pastoraux et assistantes paroissiales, religieuses et religieux, je transmets mes encouragements pour l’accomplissement de leur ministère et de leurs missions. Dans l’Église qui sortira de cette crise, une nouvelle conscience va naître, marquée par l’amitié, la proximité et la spiritualité. De nouvelles initiatives pourraient être le signe de cette société nouvelle.

Si ce jeudi saint ne comporte pas de lavement des pieds matériel, engageons-nous dans un lavement des pieds spirituel, pour rester fidèles au Christ, qui disait : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi comme j’ai fait pour vous » (Jn 13,15). Que cette célébration du jeudi saint sans communion sacramentelle constitue une ouverture et une attente pour une plus grande présence du Christ dans notre vie future. Ainsi dans la force d’une big-bang originel de notre foi, la dernière Cène de Jésus, notre eucharistie sera vraiment un passage de la mort à la vie, de la souffrance à la joie,

Amen !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège