Homélie du dimanche de Pâques
Cathédrale de Liège

Liège, le 21 avril 2019.

La résurrection du Christ et Notre-Dame de Paris

Chers Frères et Sœurs,

Le cierge pascal que nous vénérons aujourd’hui a été allumé hier soir au feu nouveau qui a été allumé au fond de cette cathédrale. En voyant cette flamme monter vers la voûte, je me suis dit : espérons que ce feu soit contrôlé et que la flamme ne monte pas jusqu’à la voûte, au risque de la brûler ! J’ai pensé subitement à l’incendie de Notre-Dame de Paris. Heureusement rien ne s’est pas passé ici. Mais lundi, quand l’incendie s’est déclaré à Paris, je finissais la prière en mémoire des martyrs de notre époque à l’église Saint-Barthélemy. Alors j’ai écrit à l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit : « La cathédrale de Paris vit un martyre, l’Eglise de France aussi. Les chrétiens de Belgique, et ceux du monde entier, se sentent touchés dans leur foi par cette tragédie. Cette cathédrale, témoignage de la foi, est aussi un point culminant du génie humain, au cœur de la ville. J’espère que le mouvement de solidarité qui se manifeste autour de l’édifice meurtri ouvrira les cœurs au message d’amour qu’il incarne et contribuera à sa résurrection dès que possible ». En ce jour de Pâques, nous découvrons en effet que le martyre de Notre-Dame est en train de déboucher sur sa résurrection. Partout en France et dans le monde, on s’est retrouvé en communion de douleur avec ce drame et on a senti que cette perte ravivait notre foi, d’une manière ou d’une autre. Chez certains, c’est la foi chrétienne qui est ravivée, chez d’autres c’est la foi dans la dimension spirituelle de l’humanité qui est exprimée. J’imagine que beaucoup d’entre vous ont suivi ce drame à la TV et ont été touchés ; beaucoup d’entre vous se rappelleront toujours où ils étaient et ce qu’ils faisaient au moment de cet incendie. C’est comme si ce drame immortalisait un moment de notre vie. Et ainsi, ce drame et ce martyre d’une église nous orientent vers sa résurrection. C’est ce mot « résurrection » qui m’est venu à l’esprit quand j’ai écrit à l’archevêque de Paris. La résurrection, c’est un nouvel avenir, un nouvel espoir. Ainsi la résurrection de Jésus, c’est un nouvel espoir, un nouvel avenir pour l’humanité.

Comme nous qui nous rappelons précisément ce que nous faisions quand Notre-Dame de Paris brûlait et quand Notre-Dame de Paris a été sauvée, ainsi les disciples se sont-ils rappelé les détails de la mort de Jésus et les circonstances de sa résurrection. D’après l’évangile selon saint Jean (Jn 20, 1-8), que nous venons d’entendre, c’est toute une série de courses qui manifeste la résurrection de Jésus. « Marie-Madeleine court trouver Simon Pierre et l’autre disciples, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : On a enlevé le Seigneur de son tombeau ». Puis Simon Pierre et l’autre disciple « coururent tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ». Il y a donc une course pour chercher le corps de Jésus. Comme il y a eu une course pour sauver Notre-Dame ; une course des pompiers, une course des Parisiens, une course des autorités, une course des spectateurs du monde entier.

La course pour sauver Notre-Dame, c’est aussi la somme de réflexions qui ont été développées à l’occasion de l’incendie. C’est en particulier, le sens d’une Église, consacrée à Marie, mère de Dieu et mère de l’Eglise, au centre d’une capitale mondiale. Marie est témoin de la résurrection dans la mesure où elle a été sauvée par Jésus sur la croix quand il a dit à sa mère : « Femme voici ton Fils ». Marie recevait un nouveau fils qui allait remplacer Jésus : c’est le disciple bien-aimé, identifié à Jean. Marie va donc être protégée par ce disciple. Mais ce disciple est aussi un personnage collectif : l’évangéliste l’appelle « le disciple ami de Jésus », ou « l’autre disciple », en opposition à Simon-Pierre, qui est le chef des disciples ; « l’autre », cela veut dire que chacun de nous peut se reconnaître dans ce disciple, s’il veut être un ami de Jésus. Donc Marie ne reçoit pas seulement un nouveau fils, mais aussi tous les autres, car désormais tous les amis de son fils sont aussi ses fils et ses filles. C’est pourquoi Notre-Dame de Paris, comme toutes les églises consacrées à Notre-Dame, symbolise toute la communauté chrétienne, toute la communauté des amis de Jésus. D’ailleurs, dans nos régions, les églises-mères dans les villes qui remontent à l’époque antique s’appellent toutes Notre-Dame : Notre-Dame de Tongres, Notre-Dame de Maastricht, Notre-Dame de Huy, Notre-Dame de Herstal, Notre-Dame et Saint-Lambert à Liège, etc.

C’est pourquoi, l’incendie de Notre-Dame de Paris, a tellement troublé et tellement bouleversé les cœurs : c’est que chacun se sent touché et brûlé par cette église qui flambe, vu qu’elle symbolise chaque communauté de croyants, chaque fils et fille de Marie, chaque frère et sœur de Jésus. En ce jour de Pâques, ce qui frappe le plus, ce n’est pas la mort et l’incendie, mais c’est la résurrection et la promesse d’avenir. Non seulement l’avenir pour l’église-bâtiment, mais pour l’Église-communauté, que le bâtiment représente. Cet avenir de la communauté, cet avenir de la foi, qui se manifeste aujourd’hui à des niveaux très différenciés, est basé sur la résurrection de Jésus, qui donne un avenir à ses disciples. On le voit à la conclusion de l’évangile que nous avons lu, au sujet des trois disciples arrivés au tombeau, Marie-Madeleine, Simon-Pierre et l’autre disciple, c’est celui-ci dont on dit : « il vit et il crut ». La vision lui donne la foi. Qu’est-ce qu’il vit ? Il n’y avait rien à voir. C’est un peu comme nous quand nous sommes dans la difficulté, nous ressassons un problème, nous traînons avec une difficulté, puis finalement nous avons un déclic et nous disons : « Ah, je vois ! ». Nous ne voyons rien de matériel, mais nous voyons clair dans notre vie. Ainsi Jean a une vision de l’esprit qui lui fait croire en la résurrection de Jésus. Il est intuitif, visionnaire. Il est proche de Jésus, au point que Léonard de Vinci dans sa peinture de la Dernière Cène l’a représenté avec des vêtements de même couleur que Jésus, rouge et bleu, mais dans un ordre différent, comme si Jean était le miroir de Jésus, comme je l’ai écrit dans ma lettre pastorale La Dernière cène à la lumière de Léonard de Vinci.

Découvrons qu’avec le Christ l’amour est plus fort que la mort ! Que chaque geste d’amour a une valeur infinie. C’est ce que Jésus a vécu. C’est ce qui est validé par sa résurrection.

Alors, comme le disciple bien-aimé au tombeau, laissons le mystère parler en nous. Ayons en nous un cœur de chair, un cœur en recherche. Et communiquons cela autour de nous, en courant vers notre société mélangée et multiculturelle. Dieu fera monter sur nos lèvres les paroles à dire ; comme pour Notre-Dame de Paris nous avons trouvé des paroles de résurrection à échanger avec nos amis, ainsi appliquons les mêmes paroles de résurrection pour notre vie, pour notre humanité, pour Jésus qui veut nous partager sa résurrection. L’amour de Dieu ne se résigne pas à la mort et au mal. Devenons des prophètes de la Résurrection.

Christ est ressuscité !

Vraiment, il est ressuscité !

Alleluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège