Homélie 30e dimanche ordinaire A
Rencontre des pèlerins de Lourdes

Banneux, 25 octobre 2020

Chers Frères et Sœurs,

En ce rassemblement des pèlerins de Lourdes, nous évoquons mille souvenirs dans nos têtes et nous les amenons ici dans cette chapelle de Banneux avec l’espérance de pouvoir revivre un jour tout cela en pèlerinage à Lourdes. Et si nous pouvons le revivre, nous le revivrons encore plus intensément qu’autrefois, car le manque de ce pèlerinage, cette année, nous fait aussi apprécier à sa juste valeur la qualité de ce que nous avons vécu ensemble à Lourdes. Marie en effet nous accueille à Lourdes, comme à Banneux, et elle guérit nos corps et nos âmes. Elle nous donne l’espérance, elle qui, au pied de la croix de Jésus, a vécu l’épreuve terrible de voir mourir son fils.

À nous aussi la pandémie actuelle nous fait vivre de épreuves : nous voyons de plus près l’expérience de la maladie et la menace de la mort. C’est pourquoi nous réagissons par la prière, par la communauté, par l’amitié, par la démarche de pèlerinage, par la confiance en Dieu et en l’intercession de Marie. Ainsi nous découvrons ce qui est important dans la vie. Nous découvrons les personnes qui sont importantes pour nous et nous les aimons d’autant plus. Puis nous découvrons que l’amour de Dieu pour nous est comme une parole par laquelle Dieu nous souffle à l’oreille les mots : « tu comptes pour moi ».

Un mot d’amour vous regonfle pour tout un jour. Ainsi de mes amis me confiait récemment ceci. Il travaille comme bénévole pour distribuer des repas aux SDF. En ces jours de pénurie pour certains, recevoir un repas des mains d’un bénévole dans un de nos services sociaux est important. Mon ami me disait à ce sujet : la parole que j’adresse à celui qui vient chercher son repas est aussi importante que le repas lui-même. Car la personne sait que dans ce service social, elle recevra une parole d’amitié, elle sait qu’elle est attendue, qu’elle est bienvenue et qu’elle compte pour quelqu’un.

C’est ainsi que Dieu nous aime chacun personnellement et il nous invite à l’aimer en retour. C’est le premier commandement dont parle Jésus (Mt 22,34-40) : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces » (Dt 6, 4-5). Par cette phrase, la Bible souligne que le croyant est invité à aimer Dieu, pas seulement à croire en lui ; mais à l’aimer de toutes nos forces vitales parce qu’il nous aime de toutes ses forces.

C’est lui qui sème l’amour au cœur des hommes, surtout cet « amitié sociale » dont parle le pape François dans sa dernière encyclique Tutti fratelli, tous frères ! Le pape invite toute l’humanité à vivre dans la fraternité. C’est un grand défi, qui paraît subitement très actuel en ce moment de pandémie universelle. Comme dit le pape : nous sommes tous dans le même bateau. On survit ensemble ou on périt ensemble. Soyons tous frères et sœurs !

C’est pourquoi Jésus ajoute un deuxième commandement, qui est semblable au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi même ». Aimer son prochain comme soi-même signifie aimer son prochain pour lui-même, pour ce qu’il est, pas comme je voudrais qu’il soit – de même qu’on s’aime soi-même comme on est. Jésus nous engage donc à une démarche d’amour concrète, qui exige un déplacement. À Lourdes, en pèlerinage, on vit cela intensément. Chacun se dépense pour les autres, en particulier pour les malades, quels qu’ils soient.

Aimer est un engagement sur une voie pleine de surprises. Quand on aime, on ne sait pas ce qui va se passer dans la relation : un parent qui aime son enfant découvre jour après jour de nouvelles facettes de son enfant, de bonnes et parfois de mauvaises facettes ; aimer, c’est donc découvrir, apprécier et parfois corriger, faire grandir. Un conjoint qui aime son conjoint s’engage dans une relation, qui a parfois des passages à vide, parfois des moments d’exaltation et de joie profonde ; l’amour est donc fait d’une alternance de reconnaissance et de déception, de contemplation et de conflits ; par ces étapes, il s’approfondit. Aimer, dans le cadre du coronavirus, est aussi une aventure, qui va nous conduire vers des chemins nouveaux, où l’amour sera plus intense et qui va intensifier notre foi. La Vierge Marie a eu beaucoup de surprises dans sa vie, et pourtant elle a gardé le cap de l’amour dans chaque circonstance, depuis la crèche de Bethléem jusqu’au Golgotha.

Frères et Sœurs, remercions le Seigneur qui nous a donné ce double commandement de l’amour, si clair et si gratifiant, pour nous les pèlerins de Lourdes. C’est un défi qui ne nous écrase pas, mais qui nous épanouit et nous stimule. Demandons-lui sa grâce pour y être toujours plus fidèles et aimer toujours davantage Dieu et notre prochain ! Amen ! Alléluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège