Homélie du 2e dimanche Carême

Paroissse de Dolembreux – 250 ans de la fondation de l’église
Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Dimanche, 17 mars 2019.

Chers Frères et Sœurs,

C’est une joie pour moi de présider la messe avec vous en ce 2e dimanche de Carême. Aujourd’hui, nous fêtons les 250 ans de l’église de Dolembreux. L’église a donc été construite en 1769, soit 20 ans à peine avant la Révolution de 1789. S’ils avaient su l’avenir, les paroissiens auraient peut-être hésité à ce lancer dans cette initiative. Mais ils ont tenu bon, malgré l’esprit du temps, qui était assez peu religieux. Ils ont construit l’église en style néo-classique : c’était original et moderne : on tournait le dos au style baroque et on se tournait vers les exemples classiques de l’antiquité. Cette inspiration montre l’insertion de l’architecte dans la culture de son temps et son désir de simplicité et d’harmonie.

250 ans de vie chrétienne, c’est un bail ! Cela signifie le passage par beaucoup d’épreuves et beaucoup de joies. Combien de baptêmes, de mariages, d’enterrements, de dimanches, de fêtes ont été célébrés ici ! Cette paroisse a vu aussi le développement de la vocation de plusieurs diacres permanents. Ainsi, la vie paroissiale a été l’occasion de nouvelles initiatives dans la vie de l’Eglise. Nous fêtons aussi saint Joseph, qui est le patron de cette église. Lui aussi en a vécu des épreuves et des joies avec l’enfant Jésus, depuis sa naissance, sa fuite en Egypte, son éducation, son pèlerinage à Jérusalem quand ila vait 12 ans, puis sa formation comme charpentier, puis, sans doute, sa formation comme rabbin, son départ en mission.

C’est un chemin, comme toute la vie chrétienne.
On arrête le train-train quotidien, on sort de ses 4 murs.
C’est comme un pèlerinage.
De même,  dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus fait un pèlerinage avec ses disciples.
Une rupture dans le temps et l’espace – comme nous ici.
Pour un but religieux, une ouverture à une parole, une rencontre, une guérison.
C’est une étape vers Pâques.

Le  2e dimanche de Carême est toujours consacré à la Transfiguration. Comme Pierre, Jacques et Jean à la montagne, nous sommes conduits en cette église (Lc 9,28-36). Nous sommes invités ainsi chaque dimanche à avoir un nouveau regard sur le monde, sur nous, sur Dieu : comme Pierre, Jacques et Jean sur la montagne.

Nous assistons à la Transfiguration de Jésus.
La joie de voir et de découvrir son vrai visage.
Il nous fait aussi découvrir un nouveau visage de Dieu : à travers sa propre personne, qui resplendit de lumière avec ses vêtements blancs – alors pourtant qu’il va souffrir sa passion, qu’il a annoncé sa Passion, au point que Pierre l’avait apostrophé et que Jésus lui avait lancé « Satan » à la tête ! Oui c’est lui, l’homme Jésus qui est le vrai visage de Dieu.

Jésus est accompagné d’hommes faillibles. Comme dans l’Eglise d’aujourd’hui !

Il est avec Moïse et Elie : tous deux étaient montés sur la montagne et avaient eu une apparition de Dieu, chaque fois différente de ce qu’on pouvait prévoir (Dieu de dos, pour Moïse sur le Sinaï ; Dieu dans le souffle d’une brise imperceptible, pour Elie sur l’Horeb). Jésus est en leur compagnie ; ils le regardent comme ils ont regardé Dieu sur la montagne.

Les disciples pensent à construire trois tentes.
Les tentes font penser à la fête des Tentes : celle-ci rappelait le séjour au désert, la joie d’avoir rencontré Dieu, elle était est même conçue comme la « fête de Yahvé ». Elle avait même une valeur eschatologique, prophétique. Elle symbolisait la vie éternelle, avec les tentes célestes. Les disciples se croient arrivés à la fin des temps.

L’église Saint-Joseph est un peu ce lieu où se rencontrent différents témoins de Dieu. Des témoins d’aujourd’hui et du passé.

Mais à ce moment la vision disparaît !
En effet, une nuée lumineuse les entoure et le son remplace la vision.
Dieu fait entendre sa voix (« Celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi. Ecoutez-le »). La parole de Dieu passe en Jésus et son action aussi. Le Père s’investit tout en Jésus. C’est une invitation à l’écoute. Adressée à nous aussi.

Les disciples tombent le visage contre terre. Jésus les touche et les relève.
C’est une vision : horama en grec. Il ne faut pas en parler. Car une vision dépasse les mots. Elle est personnelle. Elle a un côté englobant qui donne l’impression qu’on a tout saisi. Or on est toujours en route. « Jusqu’à ce que le fils de l’homme ressuscite ». Jésus remet debout, comme il a mis les disciples debout.

En effet, en redescendant dans la plaine, Jésus va rencontrer un père désolé et guérir son enfant épileptique. Dans le retour à la vie quotidienne, Jésus agit, il guérit. Nous aussi avec la force nouvelle de la vision du Seigneur transfiguré, nous pouvons affronter le monde, avec ses difficultés, et les surmonter en étant ses témoins, sur le chemin de la vie.

+ Jean-Pierre Delville, votre évêque