Homélie 23e dimanche A

Samedi, 5 septembre 2020

Banneux, sanctuaire

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Chers Frères et Sœurs,

Cette semaine de rentrée a peut-être été pour vous marquée par les changements, par les projets, par les tensions, le stress, l’incertitude due au coronavirus. La liturgie de ce jour nous donne un cap pour ne pas perdre le nord dans les circonstances actuelles.

Le premier cap qui nous est donné est général et vient de saint Paul.

Le deuxième cap qui nous est donné est très précis et vient de Jésus.

Commençons par saint Paul. Il parle des dix commandements ; il en cite quatre : « Tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne commettras pas de meurtre ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras rien ». Et il ajoute, rejoignant une parole célèbre de Jésus : « Tous les commandements se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi même. L’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour » (Rm 13, 9). Ce mot d’ordre nous est donné comme une orientation pour toute notre année de travail : mettre l’amour au centre de tout. Cette semaine est justement paru le livre d’un philosophe français, Marek Halter[1], qui raisonne sur les dix commandements. Il en conclut que c’est le texte le plus révolutionnaire de toute l’histoire. Pourquoi ? parce qu’il va « à l’encontre des mœurs et des traditions humaines de l’époque ». Et c’est vrai encore aujourd’hui : combien d’hommes et de femmes ne sont-ils pas tués par des guerres ou par des situations d’injustice ? Combien ne sont-ils pas volés ou relégués dans la pauvreté ? Combien ne sont-ils pas violés ou abusés ? Peut-on aller contre cette marée de mal et de mépris ? Les dix commandements prennent le contre-pied de cette tendance au mal et protègent l’être humain contre le vol, contre le meurtre, contre les abus divers. Et c’est pourquoi le peuple juif qui garde précieusement ces commandements est le témoin d’une humanité qui doit se réconcilier et non se déchirer. Ce sont ces commandements que la Vierge Marie a suivis durant sa jeunesse et toute sa vie. Jésus a synthétisé ces commandements dans le commandement de l’amour. Chers Frères et Sœurs, dans le monde actuel, ces dix commandements, résumés dans le commandement de l’amour, sont le cap que Dieu nous donne pour sauver l’humanité et pour guider nos vies. Alors soyons-y fidèles et soyons fiers d’être les dépositaires de ce message de salut !

Le cap concret pour vivre l’amour nous est donné par Jésus dans l’évangile, dans le discours sur la communauté chrétienne, rapporté par l’évangéliste Matthieu (Mt 18, 15-20). Jésus nous donne une ligne de conduite pour appliquer l’amour à l’intérieur de la vie communautaire, c’est-à-dire dans nos relations entre chrétiens, ou dans nos communautés plus restreintes, p. ex. nos maisons, nos vies de couple. Il arrive qu’il y ait des frottements et qu’on ait quelque chose à reprocher à quelqu’un. Jésus opte pour la circulation de la parole : ne pas garder pour soi ce qu’on a sur le cœur, mais oser une parole de vérité. Il propose de « parler seul à seul » avec le frère qui a commis une faute, à notre avis. Il propose le dialogue franc. C’est facile à dire, difficile à faire ! Souvent on a tendance à dire : je ne me mêle pas de ses affaires. Au contraire Jésus propose que chacun soit préoccupé des progrès spirituels de ses frères ; et que chacun aide son prochain à avancer, à dépasser les problèmes. « S’il t’écoute tu auras gagné ton frère ». Quelqu’un sera souvent reconnaissant qu’on lui ait parlé et il va trouver un nouveau départ. Si le problème est plus grave, Jésus propose la réunion : deux ou tois témoins. Si cela ne va pas du tout, il propose qu’on en discute en Église, c’est-à-dire en assemblée publique. C’est la première fois que le mot Église intervient dans les évangiles. La décision de l’Église engage Dieu. Comme dit Jésus : « ce que vous aurez lié sur la terre sera lié au ciel » : car ce qui fait l’objet d’une concertation et d’un chemin de pacification, Dieu s’y trouve engagé. Tout travail de paix réalisé par les hommes engage Dieu. Dieu l’appuie et l’exauce.

Car cela aura fait l’objet de la prière communautaire : « si deux d’entre vous se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux ». Se concerter, se mettre d’accord, pour la prière se dit en grec par le mot, sumphônéô, mot qui a donné en français « symphonie ». La prière communautaire est donc comme une symphonie qui atteint les oreilles de Dieu ; elle crée la beauté, elle nous élève vers Dieu et Dieu est charmé par notre prière. Elle engage Dieu à nous répondre. Jésus ajoute : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Jésus se met au centre de notre prière. Il se met à la place du Père. Car il est le chemin de notre prière. La prière est faite dans l’esprit de Jésus. Ainsi faite, elle nous unit vraiment à Dieu. C’est pourquoi, à la messe, toutes les grandes oraisons sont adressées au Père, par Jésus.

Frères et Sœurs, que notre prière dans la paix et pour la paix soit forte au cours de cette année. Une paix à construire en nous, dans nos cœurs, dans nos communautés et dans notre monde. Cette prière est écoutée par Dieu. Il nous rend meilleurs et nous fait contribuer à la paix. Demandons-lui de pouvoir orienter cette nouvelle année de travail vers la construction de la paix, dans l’esprit de Jésus et à l’intercession de Notre-Dame de Banneux, la Vierge des pauvres.

Amen ! Alléluia !

[1] Marek Halter, Pourquoi les juifs ?, Michel Lafon, 2020.