Homélie 1er dimanche de Carême 2019

Appel décisif des catéchumènes

Cathédrale de Liège

Dimanche, 10 mars 2019.

 

Chers Frères et Sœurs, chers Catéchumènes,

Ce premier dimanche de Carême est un grand jour pour nous tous, mais spécialement pour vous, les catéchumènes, puisqu’aujourd’hui vous allez être appelés et présentés à la communauté chrétienne en vue de recevoir le baptême autour de la fête de Pâques. Le baptême est donné de manière préférentielle à Pâques et il est préparé durant tout le carême. Les 40 jours du Carême nous préparent à fêter Pâques. Ils nous rappellent les 40 jours de Jésus au désert. Durant cette période Jésus a été tenté. Mais Jésus a surmonté les tentations ; il a fait le passage de mort à la vie, il a anticipé la fête de Pâques, puisque « Pâques » signifie « passage », passage de la mort à la vie.

Dans vos cheminements pour préparer le baptême, vous les catéchumènes, vous avez aussi fait tout un passage de la mort à la vie. J’ai pu le constater en vous rencontrant et en lisant les lettres que vous m’avez adressées. Vous avez bien souvent surmonté des épreuves qui vous ont marqués et qui vous ont fait découvrir la foi : vous avez vécu des épreuves de santé, de boulot, de famille, de solitude,… Mais vous avez reçu une grâce qui vous a fait avancer.

Souvent c’est grâce à des rencontres avec des personnes de confiance que vous avez progressé vers la foi. Ce peuvent être des prêtres, des catéchistes, un conjoint, les enfants même, des amis, des gens de vos familles, le Service diocésain du catéchuménat, etc… Vous découvrez en effet qu’on ne vit pas sa foi tout seul, mais en communauté. Et c’est pourquoi nous sommes tous réunis en cette après-midi autour de vous, les catéchumènes, pour former ensemble une communauté. Cette communauté aujourd’hui vous appelle chacun personnellement. C’est le sens de cette célébration de l’appel décisif. Chacun de vos noms sera inscrit officiellement et chacun de vos itinéraires de foi est validé aujourd’hui par l’appel que vous recevez.

Nous préparer à Pâques, nous préparer à célébrer la résurrection, suppose que nous marchions en compagnie de Jésus. Or Jésus a été sujet à la tentation, comme chacun de nous. Cependant il nous aide à affronter les tentations et à les surmonter.

La première tentation est celle du pain dans le désert. Jésus a faim après 40 jours de jeûne (Lc 4,1-11). C’est normal d’avoir faim. Mais Jésus est tenté d’abuser de son pouvoir de fils de Dieu, il est tenté de changer les pierres en pain, pour satisfaire son désir immédiat. Il est tenté d’abuser de son identité de fils de Dieu avoir une satisfaction matérielle. C’est pourquoi Jésus répond au diable par une parole de l’Écriture : « L’homme ne vit pas seulement de pain ». La tentation est celle de la satisfaction immédiate, celle de l’auto-satisfaction. C’est une tentation qui est aussi le fait de l’Eglise et de ses ministres qui ont parfois abusé sexuellement d’autres personnes. La réponse est dans l’écoute de la Parole de Dieu ; cette parole nous accompagne et elle élève notre conscience pour nous faire rechercher la vraie joie dans le respect de Dieu et le respect de l’autre !

La seconde tentation est celle du pouvoir. C’est très normal aussi. Tout le monde a envie d’avoir un certain pouvoir. Le diable montre à Jésus tous les royaumes de la terre. Il lui dit : Je te donnerai tout pouvoir sur cela, car cela m’a été transmis. « Si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela ». La tentation est celle de l’abus du pouvoir. Cela nous arrive souvent : on veut dominer ceci ou cela. Jésus répond de nouveau par une parole de l’Écriture : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras ». Cette parole de l’Écriture nous invite à trouver en Dieu notre pouvoir.

La troisième tentation est celle de l’abus de la religion, du détournement de la religion, face au mystère de la vie et de la mort. Le diable conduit Jésus à Jérusalem au sommet du temple. Il lui dit : « Si tu es fils de Dieu : jette-toi en bas ». Et ici c’est le Diable lui-même qui utilise l’Écriture sainte. Il dit : « Il est écrit que Dieu donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ». Jésus répondit qu’il est écrit : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ». Ici la tentation est de prier de manière à mettre Dieu à notre service, comme par magie. C’est la tentation de l’abus de la religion, du détournement de la religion, face à la vie, face à la mort. C’est ce que font certains extrémistes. Mais c’est aussi notre tentation : celle de prendre Dieu pour une marionnette qui est à notre service. Or Dieu est toujours plus grand que nous, plus grand que ce que nous en comprenons.

Chers Frères et Sœurs, chers Catéchumènes, remercions le Seigneur qui nous éclaire aujourd’hui sur les tentations que nous vivons dans notre vie et qui nous accompagne pour les affronter. Grâce à Jésus, nous pouvons passer à travers ces tentations. Il nous accompagne et nous en délivre grâce à la parole de Dieu, qui nous guide et nous éclaire, tout au long de nos vies. Amen !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège