Homélie du 16e dimanche A

19 juillet 2020

Etudiants de S. Egidio

 

Frères et Sœurs, chers Amis,

Si vous avez un jardin, vous le savez bien, il faut constamment enlever les mauvaises herbes. D’ailleurs ceux qui ont un jardin vous le disent souvent : avec un jardin, on n’a jamais fini ! Il y a toujours du travail à faire.

Et c’est ainsi que réagissent aussi les serviteurs de ce propriétaire d’un champ, dont parle Jésus : ils disent à leur maître : on va désherber ! Mais leur maître leur répond étrangement : attendez ! allez vous reposer ! on fera cela plus tard ! Un peu dans les nuages, ce maître ! Qu’est-ce qui lui prend ?

Ce dépaysement que provoque le récit de la parabole est caractéristique : c’est un récit décalé, qui fait réfléchir et qui stimule à l’interprétation.

Le maître explique sa conduite étrange en disant : « c’est un ennemi qui a fait cela. Si on désherbe on entre dans son jeu ; on va arracher aussi le bon grain. C’est ce que l’ennemi voudrait ! » Le maître idéaliste devient un maître stratège ! Il invite à la retenue, à la patience, à la tolérance, à la sagesse.

Nous mêmes comme les serviteurs de la parabole, nous sommes tentés d’enlever l’ivraie, de faire le ménage, de faire justice. Nous avons des raisonnements à priori. Donc si Jésus nous freine, nous avons besoin d’explication, comme les disciples qui le prennent à part en fin de journée et qui lui disent : Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ.

À cette question l’évangéliste Matthieu répond en disant que Jésus parle constamment en paraboles, pour « proclamer des choses cachées depuis les origines ». C’est-à-dire que la parabole nous dit quelque chose du monde, quelque chose d’essentiel. Choses cachées mais vraies, qui expliquent le monde, parce que la parabole nous force à l’interprétation, elle ne dit pas tout, mais elle nous implique personnellement.

La pointe de la parabole, c’est le frein mis à l’action impulsive. Jésus invite à la réflexion, à l’évaluation. Il freine les réactions de vengeance, les jugements manichéens, qui voient les choses en blanc ou en noir, en bon ou en mauvais. Il nous invite à supporter la différence, à supporter même le mal.

On ne sait pas vraiment ce qu’il y a dans le cœur de l’autre.

Aujourd’hui encore, le mal est présent partout dans le monde ; et il nous énerve, il nous donne envie de partir en croisade, de dénoncer ce qui se passe parfois.

Mais face au coronavirus, nous voyons bien qu’il n’y a pas les bons et les méchants, mais que le mal est présent partout dans le monde et qu’on doit le combattre par la solidarité et la concertation, pas par des solutions toutes faites et simplistes.

C’est pourquoi le Seigneur nous invite d’abord à l’analyse, à la patience, à la compréhension du cœur. Il nous invite à déjouer l’ennemi en acceptant le monde dans sa diversité et même son aspect incompréhensible. Il nous invite à aimer nos ennemis, comme il le dit ailleurs dans l’évangile. Le Seigneur nous invite à la patience, c’est-à-dire à la possibilité de conversion.  Cette parabole fonde une culture de la paix. Elle est très interpellante en ce monde où facilement on prend parti et on suscite des conflits pour sauvegarder son identité. Chacun se considère comme du bon grain et ne veut pas qu’on le confonde avec de la mauvaise herbe. Par contre la parabole propose le modèle du dialogue et des pourparlers dans les affaires humaines. Car la patience et la tolérance dont parle la parabole manifestent la venue du royaume de Dieu, le modèle de la société humaine.

Certes ces vertus sont souvent petites comme la graine de moutarde, dont parle ensuite Jésus, et comme le levain, caché dans la pâte. Mais la graine de moutarde devient un grand arbre ; et la levure fait gonfler la pâte.

Prions ainsi pour que notre vie devienne fructueuse grâce au don de la sagesse et de la tolérance, et que notre monde devienne savoureux comme la bonne pâte du royaume de Dieu !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège