Homélie de l’Épiphanie
Anvers, Saint-Charles Borromée, le 5 janvier 2020

Chers Frères et Sœurs,

La veille de Noël, le Seigneur s’est révélé aux bergers, une partie du peuple d’Israël, alors qu’ils appartenaient à une couche de société des plus méprisée. Ils ont été les premiers à apporter un peu de chaleur dans cette froide étable de Bethléem. Maintenant, il y a des mages qui viennent de l’Extrême-Orient et eux aussi veulent voir cet enfant.

Les bergers et les mages, qui sont si différents, ont quelque chose en commun : le ciel. Les bergers bougent, non pas parce qu’ils sont si bons, mais parce qu’ils ne se regardent plus eux-mêmes, mais tournent leur regard vers le ciel pour voir les anges. Ils entendent leur voix et font ce qu’ils leur ont dit de faire. Les mages, à leur tour, qui attendent un monde différent et juste, tournent leur regard vers le ciel et voient une étoile. Ils nous incitent à redécouvrir la joie de faire confiance à l’étoile. C’est l’étoile de l’Évangile, la parole du Seigneur, comme le dit le psaume : « Ta parole est une lampe pour mes pas » (Ps 118[119], 105). Cette lumière nous conduit à l’enfant. Si nous n’écoutons pas cette parole, ne la lisons pas, ne la méditons pas, si nous n’essayons pas de la mettre en pratique, nous ne pouvons pas rencontrer Jésus.

Si les mages suivent une étoile, c’est qu’ils marchent de nuit. C’est difficile de trouver son chemin dans la nuit. Hier soir j’ai eu l’occasion de faire une marche de nuit avec des jeunes; j’ai compris qu’on a besoin de quelqu’un qui vous guide et vous éclaire, sinon vous trébuchez ou vous perdez votre chemin. Mais c’est beau de suivre quelqu’un qui a une lumière avec lui, qui est une étoile pour nous. Cela nous montre que dans notre vie, nous sommes parfois dans le noir, dans la difficulté ; nous ne savons pas où nous allons. Mais les autres nous guident et la parole de Dieu nous éclaire et nous montre le chemin.

Les mages viennent de l’Est, ce sont des païens. Ils symbolisent les gens de toutes les nations et, en particulier les sages et les chercheurs de Dieu, de toutes les parties de l’humanité. Ils manifestent la valeur universelle de ce roi des Juifs, Jésus de Nazareth.

Les mages atteignent le lieu où Jésus réside en suivant l’étoile. Et ils « virent l’enfant avec sa mère Marie. Ils tombèrent à genoux et l’adorèrent. » Probablement est-ce la première fois qu’ils sont tombés à genoux devant quelqu’un. Mais maintenant qu’ils peuvent voir au-delà d’eux-mêmes, ils reconnaissent en cet enfant le Sauveur. Avec Marie, avec Joseph et avec les bergers, les mages ont aussi compris que le salut était, et est encore, d’accueillir dans leur propre cœur cet enfant faible et sans défense, et avec Lui toutes les personnes faibles et sans défense, y compris celles d’aujourd’hui.

Les magiciens apportent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. La myrrhe est bonne pour la santé, l’encens sent bon, l’or est précieux. Ce sont des symboles d’amitié : l’amitié est bonne pour la santé, elle sent bon, elle est précieuse. Nous avons vu cela lors de nos dîners de Noël et de nos liturgies.

La réaction d’Hérode et des habitants de Jérusalem est très différente de celle des Mages. Dès qu’ils savent à quoi s’en tenir pour l’enfant, ils ne ressentent pas la joie comme les mages et les bergers ; au contraire, ils sont perturbés et Hérode au point qu’il décide de faire tuer l’enfant. Ce sont maintenant les mages qui sauvent l’enfant et l’éloignent de la cruauté d’Hérode. Ces sages retournent à leur terre par un autre chemin, écrit l’évangéliste.

Quand vous rencontrez le Seigneur et le recevez dans votre cœur, vous ne restez pas le même et vous ne pouvez pas continuer votre chemin de toujours. Vous changez votre vie et donc aussi votre comportement. Les mages se tiennent à nos côtés aujourd’hui, mieux, ils marchent devant nous, pour nous aider, pour détourner notre regard de nous-mêmes, et pour nous concentrer sur l’étoile. Ils sont devant nous, pour nous conduire vers les nombreux endroits de ce monde où se retrouvent les pauvres et les humbles. Heureusement, avec les bergers et les mages, nous devenons des pèlerins sur le chemin de cet enfant et nous nous occupons de lui avec amour. Nous découvrirons que ce sera Lui qui prendra soin de nous ! Amen ! Alléluia !

† Jean-Pierre Delville, évêque de Liège