Homélie – Veillée pascale

Cathédrale de Liège

Liège, le 20 avril 2019

Chers Frères et Sœurs,

Cette année, nous lisons le récit de la résurrection de Jésus dans l’évangile de Luc. Comme souvent chez cet évangéliste, les choses ses passent en chemin. Ainsi la résurrection de Jésus est-elle découverte par des gens en chemin. Qui sont ces gens ? Ce sont des femmes, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, puis l’avaient accompagné jusqu’à la croix et avaient assisté à sa mise au tombeau. Comme c’était la veille du sabbat, elles n’eurent pas le temps de préparer les aromates et elles respectèrent le repos du sabbat (Lc 23, 55-56). Mais dès le premier jour de la semaine elles se mettent en route le matin pour embaumer le corps de Jésus. C’est un geste de dévouement et de miséricorde, c’est un geste d’amour et de confiance. Car elles auraient pu se dire : l’aventure est finie, nous tournons la page et nous retournons en Galilée. Mais au contraire, elles se mettent en route vers le tombeau. Et là elles constatent que la pierre est roulée et que le tombeau est vide (Lc 24,1-3). Là elles rencontrent deux hommes qui leur disent : « Pourquoi cherchez vous le vivant parmi les morts ? » Cette phrase célèbre est propre à l’évangile de Luc (Lc 24,5). Elle surprend les femmes. « Le vivant », c’est une expression de la Bible pour signifier Dieu. Donc dans la bouche de ces deux hommes, Jésus est identifié à Dieu. Cette phrase nous donne à penser d’une façon plus générale. Comme disait le pape François (Audience du 23 avril 2014) : « Combien de fois cherchons-nous la vie parmi les choses mortes, parmi les choses qui ne peuvent pas donner la vie, parmi les choses qui sont aujourd’hui et qui demain ne seront plus, parmi les choses qui passent ? Cette question nous fait dépasser la tentation de regarder en arrière, vers ce qui était hier, et nous pousse en avant vers l’avenir ». Et oui, les femmes sont poussées en avant par la suite du discours des deux hommes, qui ajoutent au sujet de Jésus : « Il n’est pas ici. Il est ressuscité ! », littéralement : « il est éveillé ». Cette phrase aussi nous pousse à chercher la vie, au-delà du sommeil, dans l’éveil, dans l’attention, dans la vie aux aguets, dans la vie attentive aux autres. Celles qui entendent ce message, nous dit Luc, vont le rapporter aux apôtres : « C’étaient Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres. Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas ». Alors Jésus devra bien apparaître à des hommes puisqu’ils ne croient pas les femmes ! C’est ce qui se passera avec les disciples d’Emmaüs, puis avec l’apparition de Jésus aux onze.

Et ce sont les mots qui retentissent aujourd’hui dans toutes les Églises du monde ! Ils remplissent de force les chrétiens, qui voient que même le dernier ennemi, la mort, a été vaincu par le Christ Ressuscité. La vie est plus forte que la mort, la lumière est plus forte que les ténèbres, l’espérance est plus forte que le désespoir, la joie est plus forte que la tristesse ! Nous l’avons vécu en tenant la lumière du feu en nos mains ; en chantant de tout notre cœur l’alleluia ; en écoutant la parole de vie, qui nous brosse l’histoire du monde depuis ses origines, en passant par l’histoire d’Israël et les écrits de ses prophètes, pour arriver à l’événement de Jésus, en qui culmine toute l’histoire de notre humanité !

Pour vivre cela, il faut suivre les femmes au tombeau de Jésus. Il faut méditer la parole des deux hommes : « Pourquoi cherchez vous parmi les morts celui qui est vivant ? » Je reprends la méditation du pape François : « Toi, pourquoi cherches-tu le vivant parmi les morts, toi qui te replies sur toi- même après un échec et toi qui n’as plus la force de prier ? Pourquoi cherches-tu le vivant parmi les morts, toi qui te sens seul, abandonné par tes amis et peut-être aussi par Dieu ? Pourquoi cherches-tu le vivant parmi les morts, toi qui as perdu l’espérance et toi qui te sens prisonnier de tes péchés ? Pourquoi cherches-tu le vivant parmi les morts, toi qui aspires à la beauté, à la perfection spirituelle, à la justice, à la paix ? » Oui, le vivant nous ouvre de portes nouvelles, des portes d’avenir ! Il nous sort de nos peurs et de notre passé ! La résurrection de Jésus se répercute sur nous tous, sur le concret de notre vie. Elle fait de nous des vivants, des éveillés, des ressuscités !

Alors, frères et sœurs, laissons le Christ ressuscité parler en nous. Exposons-nous à son message de joie. Ayons en nous un cœur de chair, un cœur en recherche. Et communiquons cela autour de nous. Dieu fera monter sur nos lèvres les paroles à communiquer. L’amour de Dieu ne se résigne pas à la mort et au mal. Devenons des prophètes de la Résurrection. Amen ! Alleluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.