Homélie du 1er septembre 2020

Saison de la création

Eglise Saint-Vincent

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Chers Frères et Sœurs,

Cette veillée de prière se déroule le 1er septembre, journée dédiée à la création et à l’écologie. Ce moment privilégié nous pousse à prier pour l’avenir de notre planète et celui de l’humanité. C’est une grande ambition ! Elle dépasse de loin notre quotidien et nous incite à voir large. Cette journée nous invite à contempler notre monde avec des yeux nouveaux pour saisir les secrets de cette terre et pour contribuer à la sauver de la dégradation et de l’anéantissement.

Cela demande un regard nouveau : or c’est ce que Jésus faisait en contemplant la nature et en invitant à la contempler (Mt 6, 25-34). « Regardez les oiseaux du ciel », dit-il. Et il ajoute : « Observez comment poussent les lis des champs ». Jésus nous invite à un nouveau regard. À propos des oiseaux, il dit : « Votre Père céleste les nourrit ». À propos des lis, il dit : « Salomon lui-même dans sa gloire n’était pas habillé comme l’un d’entre eux ».

Jésus nous invite donc à avoir un regard d’admiration, et même regard qui va au-delà des premières impressions, pour découvrir le mystère de la vie qui se cache derrière la beauté de la création ; Jésus nous invite à découvrir la bonté de Dieu, qui est à la base de cette vie et qui la soutient par sa grâce.

Il y a quelques années, je me faisais la réflexion suivante : quand je regarde le journal TV, je constate que tout est remuant au niveau des informations, cela se calme avec les actualités régionales, cela devient même un jeu avec le sport, mais tout est stable quand on arrive au bulletin météo : c’est toujours la même chose qui revient. Aujourd’hui je n’oserais plus dire le même chose : mon regard a changé. Je me dis que même la météo est instable et que le climat est en train de changer.

C’est ainsi que le Seigneur nous invite à aiguiser notre regard et à nous convertir en conséquence. C’est pourquoi Jésus ajoute : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par dessus le marché ».

Nous avons beaucoup de désirs ! Et Jésus nous le rappelle ! Nous nous soucions de nos vêtements, de notre nourriture, de notre argent ! C’est naturel ! qui peut le nier ? Mais surtout savons-nous désirer ce qui est essentiel ?

Cherchons-nous le royaume de Dieu ? En termes modernes on pourrait dire « un monde meilleur » !

Chercher le Royaume de Dieu signifie chercher un monde meilleur, chercher une société de paix, au-delà de nos désirs matériels ou immédiats.

Est-ce que nous rêvons d’avoir un monde meilleur ? de changer le monde ?

Voilà la question de Jésus !

La pandémie du Coronavirus nous a poussés à nous confiner et à nous rapprocher de la nature. Ceux qui en avaient la possibilité se sont mis à cultiver à nouveau leur jardin. On a perçu combien notre corps était fragile et avait besoin de soin et d’attention. On s’est posé la question du sens de notre vie dans ce contexte de menace et de peur. C’est pourquoi, en affrontant nos peurs et nos difficultés, nous avons été poussés à nous centrer sur l’essentiel.

La semaine dernière, le Conseil œcuménique des Eglises et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux ont rédigé un texte commun : Servir un monde blessé dans une solidarité interreligieuse. Appel des chrétiens à la réflexion et à l’action durant le Covid-19 et au-delà. Les auteurs du texte écrivent au début[1] : « En tant que famille humaine liée à un seul Créateur et créée à l’image de Dieu, nous avons une responsabilité les uns pour les autres. Cette conscience nous met au défi d’être le visage et l’instrument de l’amour guérisseur de Dieu dans le monde, en défendant et en restaurant la dignité de tous les êtres humains. »

En effet, comme le dit le pape François dans l’encyclique Laudato si, nous devons promouvoir une écologie intégrale, c’est-à-dire une écologie qui comprenne aussi l’être humain et spécialement les pauvres. Dieu veut une terre et une société, plus justes, plus belles, plus amicales, pour tous ! C’est cela que le pape François nous dit dans Laudato si.

Voilà une proposition qui nous est faite individuellement mais aussi en société. Nos associations et nos Églises peuvent contribuer à mettre en œuvre cette écologie intégrale et cette solidarité avec les pauvres. Car face à l’épreuve, ou bien on cède au défaitisme ; ou bien on développe l’espérance. Or l’espérance est une vertu qui nous unit à Dieu, c’est une vertu théologale, c’est-à-dire une vertu qui nous parle de Dieu.

Cultivons cette espérance, comme une petite plante précieuse pour l’avenir de l’humanité !

Amen !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

  1. [1] Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et Conseil œcuménique des Eglises, Serving a Wounded World in Interreligious Solidarity. A Christian Call to Reflection and Action During COVID-19 and Beyond, § 1, août 2020 : « Therefore, as a family linked by the one Creator, and created in God’s image, we have responsibility for each other. This awareness challenges us to be the face and the instrument of God’s healing love in the world, defending and restoring the dignity of all human beings ».