Fête de Toussaint 2020

Liège, cathédrale

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Introduction

Cette fête de Toussaint est bien particulière puisqu’elle tombe en plein dans la crise du coronavirus et qu’elle est la dernière célébration que nous pouvons faire avant le confinement qui va durer six semaines et qui est déjà là, puisque nous sommes réduits à 40… Vivons donc cette eucharistie intensément en nous confiant tous, présents ou absents, à la miséricorde du Seigneur. Portons dans la prière les malades, le personnel soignant, les autorités publiques et tous ceux qui portent le poids de cette épreuve. Prions pour nos défunts et demandons au Seigneur de pouvoir être tous un jour réunis dans la sainteté, être « tous saints », en participant à la vie divine. Car la fête de Toussaint, c’est le rêve et l’espérance que nous soyons tous saints. Alors au début de cette célébration tournons-nous vers le Seigneur dans la confiance et demandons-lui son pardon pour nos péchés et nos fautes.

Homélie

Chers Frères et Sœurs,

Je me trouvais récemment dans un grand magasin à faire quelques courses et je portais le masque comme il fallait ; l’atmosphère était un peu lourde, chacun se méfie des autres. Soudain mes yeux croisent une paire d’yeux ! on se reconnaît, c’est une de mes anciennes amies, enseignante de religion. On s’étonne de s’être reconnus grâce à nos yeux, on se donne des nouvelles, on s’encourage dans la situation actuelle. Trois rayons plus loin, même topo, avec un de mes anciens collègues, professeur à l’UCL. Même surprise, même échange d’informations, mêmes encouragements. Comme quoi, le masque n’empêche pas de se reconnaître ni de se contacter, car les yeux veillent.

Cette surprise des retrouvailles, derrière un visage un peu modifié, c’est ce que nous réserve la Communion des saints dans la vie éternelle. On va se retrouver, mais on sera transformés par la vie de Dieu. Car toute notre vie est marquée d’épreuves et de péchés qui nous défigurent. Le Seigneur veut nous purifier de nos épreuves et de nos fautes. Telle est la vision de saint Jean dans l’Apocalypse : il voit « une foule immense que personne ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » (Ap 7,9). Cette foule immense n’est pas sans avoir subi des souffrances : « Ils viennent de la grande épreuve », c’est-à-dire qu’ils ont subi le martyre. Mais, ajoute le texte, Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. Et ainsi, grâce aux yeux, nettoyés de leurs larmes, on pourra se reconnaître.

Nous aussi nous subissons de grandes épreuves avec ce Covid qui envahit nos vies et nos sociétés. Nous allons devoir nous retirer dans le confinement. Mais ces épreuves ne nous écraseront pas. Pas plus que ces masques ne nous empêchent de nous reconnaître. Nous devons prier pour que ces épreuves s’écartent, mais nous ne devons pas oublier toutes les autres épreuves de l’histoire : le tremblement de terre en Turquie et en Grèce ; les assassinats islamistes en France, le drame des réfugiés en Lybie ou en Grèce, etc. Toutes ces épreuves peuvent être des tremplins pour un avenir meilleur. Ainsi la Grèce et la Turquie se sont rapprochées pour affronter les conséquences du tremblement de terre ; et les musulmans et les catholiques de Bruxelles se sont réunis hier soir à la cathédrale pour proclamer leur respect de la personne humaine. Espérons que le Covid nous fera mettre en œuvre de nouvelles solidarités, qu’il nous obligera à resserrer nos liens au niveau national et qu’il conscientisera le monde sur les mesures à prendre pour protéger les populations contre les dérives technologiques et matérialistes.

C’est dans cet esprit d’espérance que Jésus proclame ses béatitudes. Il annonce le bonheur de ceux qui sont malheureux, en disant : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ! Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ! » (Mt 5,1-12). Le secret pour trouver le bonheur, c’est de ne pas rester isolé : ainsi les pauvres reçoivent un royaume largement peuplé, ainsi les affligés sont consolés par de nombreuses personnes.

On ne vit pas la joie tout seul mais en communauté. On est heureux ensemble. C’est cela que nous célébrons en cette fête de Toussaint : c’est la communion des saints, l’appel à être tous saints. La prière nous unit en cette fête, célébrée dans des circonstances où beaucoup sont dans la tristesse et la peur. La prière nous permet de nous appuyer sur Dieu qui est plus fort que nos faiblesses. Nous pouvons ainsi prier intensément pour ceux qui sont malades, mais aussi pour tous ceux qui sont décédés et que nous commémorons demain, malheureusement sans célébrer l’eucharistie de la Commémoration des défunts. Nous formerons ainsi une communauté invisible, qui crée le bonheur.

Serrons-nous les coudes dans l’adversité, pour préparer un monde meilleur et pour nous laisser convertir le cœur par la proximité avec la souffrance et la mort. C’est dans ces situations de fragilité que le Seigneur nous rencontrera, nous réunira et nous remettra debout.

Bonne fête de Toussaint à tous !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège