Chers Frères et Sœurs, chers Confirmands,

Vous, les confirmands, vous m’avez envoyé chacun une lettre pour expliquer ce qui vous motivait à demander le sacrement de confirmation. Vous avez posé des questions, donné des réponses, formulé des souhaits, témoigné de votre foi et de votre vie. Je voudrais donc donner un écho à vos lettres et ensuite, éclairer avec l’évangile d’aujourd’hui les préoccupations et les joies que vous  ressentez. J’ai regroupé de manière thématique quelques extraits de vos lettres, que je vais lire sans citer de nom de personne.

1. Foi contenu : Mon année de cheminement m’a fait découvrir qui était réellement l’Esprit Saint. Maintenant je sais que c’est notre guide, celui vers qui on peut se retourner lorsque cela ne va pas.

2. Prière : Mon père m’a souvent dit : « Prie… » Donc pour lui, l’importance de Dieu est primordiale ; donc je veux faire come lui et donner une partie de mon temps à Dieu.

Et pour l’Église ce serait mieux de renouveler les façons de célébrer les messes. Que ce soit moins strict, « barbant », que ce soit plus joyeux (dans les chants par exemple), pour que tous apprécient d’y aller.

3. Église : Mes espoirs au regard de l’Eglise sont que les gens comprennent l’utilité, le besoin d’être croyant. J’espère également voir un monde plus ouvert et compréhensif aux différentes religions.

Une de mes grandes peurs est le catholicisme disparaisse car de plus en plus de personnes n’éprouvent plus aucun intérêt pour aller à la messe le dimanche et d’avoir au moins une pensée envers Dieu.

Dans le monde actuel, surtout en Europe, le peuple se déchristianise et j’ai peur qu’un jour les chrétiens ne disparaissent. Nous mettons tout en œuvre pour que ça n’arrive pas.

4. Communauté locale : Mon cheminement vers la confirmation m’a apporté des rencontres inoubliables, des témoignages qui m’ont touchées.

5. Jeunes : Dieu est important pour moi car sans lui, je n’aurais pas rencontré certains de mes amis.

J’espère que l’Église se renouvelle et qu’elle puisse évoluer avec notre génération. J’ai envie que de grands rassemblements de jeunes se réunissent plus souvent pour avoir la possibilité de discuter et de se confier sur notre religion. Le contact est très important pour moi. Je désire une nouvelle ère pour notre Eglise.

Les témoignages m’ont permis de savoir que beaucoup de jeunes croient en Jésus-Christ et font ou ont déjà fait leur confirmation.

6. Éthique : J’ai compris le sens de la phrase « Aime tes ennemis ». Mes peurs sont que tout disparaisse ; mes espoirs, qu’il y ait la paix dans le monde.

7. Monde : Mes espoirs au regard de l’Eglise et du monde seraient que notre Dieu nous amène la paix pour stopper les guerres, les attentats, les catastrophes naturelles.

8. Développement personnel : Cette année m’a énormément apporté en confiance en moi. Dieu est important pour moi car il m’aide à surmonter les étapes difficiles de la vie, comme la perte d’un proche.

Dieu peut nous aider dans beaucoup de situations telles que la mort d’un proche, une dépression, une envie d’abandonner tout ce qu’on fait

9. Témoignage : J’ai apprécié beaucoup la retraite itinérante. J’espère qu’un jour viendra où chacun pourra vivre sa foi sans craindre le regard des autres.

Je pense qu’à mon âge c’est important de témoigner notre religion aux autres et d’assumer son choix d’être chrétien. Mes espoirs sont : que l’on puisse parler plus librement de notre religion aux autres au lieu de faire de la religion un sujet tabou ; qu’on ne soit plus persécuté à cause de nos croyances et que l’on puisse assumer pleinement cette religion, quelle qu’elle soit.

Face à tout cela, face à vos espérances et vos appréhensions, je voudrais mettre en valeur le message de l’évangile d’aujourd’hui. Il nous dit quelque chose d’important sur notre foi et sur l’avenir de notre Église

L’évangile de ce jour est la célèbre parabole du jugement dernier, prononcée par Jésus à la fin de sa vie publique, et racontée seulement dans l’évangile de Matthieu (Mt 25, 31-46). Il y a deux surprises dans cette scène, deux bouleversements par rapport à la vision traditionnelle du jugement final.

Donc ce jugement dernier présenté dans l’évangile sous forme de parabole est très différent de ce qu’on pourrait imaginer. C’est un jugement surprise. Ce n’est pas d’abord un jugement qui se retourne sur le passé ; c’est un jugement qui renvoie le lecteur à son présent, à notre présent !

Première surprise : toutes les nations de la terre sont réunies sur un pied d’égalité. A l’époque de Jésus, c’est étonnant ! le peuple juif, quoique petit et persécuté, se considérait supérieur aux autres nations. Mais ici, tous sont sur pied d’égalité : les païens comme les juifs. Même pour nous aujourd’hui, ce n’est pas évident : il y a encore beaucoup de racisme sur terre ; il y a beaucoup d’opposition entre les peuples ; chacun se croit d’ailleurs un peu supérieur aux autres, même en Belgique !

Deuxième surprise : sur quoi se base le jugement ?  On pourrait croire que le jugement est comme un examen : on va voir si vous avez bien observé les lois de la société et les lois de la religion ! Et bien, non ! Il n’y a qu’un seul critère de jugement : c’est l’attitude vis-à-vis des pauvres. Tout le reste est oublié ! En fonction de cela, on réussit ou on rate : on est classé à gauche ou à droite ! L’attention envers les pauvres, c’est très simple : c’est donner un verre d’eau à qui a soif, c’est donner un vêtement à qui en manque, c’est accueillir quelqu’un qui est étranger, c’est visiter quelqu’un qui est malade ou prisonnier.

Donc si Jésus sépare en deux l’humanité, comme un berger sépare les brebis des chèvres, cette séparation ne se fait pas sur la base des peuples ou des religions ou des croyances des gens. Elle se fait sur base de l’attention aux petits. Cela provoque la surprise : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu ? Quand sommes-nous venus à toi ? » Sous-entendu : « nous ne sommes pas croyants, comment est-ce que nous te connaîtrions ? » Jésus répond : « chaque fois que vous avez fait [du bien] à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Donc Jésus, qui est le juge de l’univers s’identifie aux petits, qui sont ses frères. Et il identifie la foi à l’amour envers les petits.

Chers Frères et Sœurs, le Christ, en nous évaluant sur notre amour des pauvres, nous fait passer un examen facile : chacun est capable de réussir ! Vous voyez que le message d’aujourd’hui, qui vise d’abord la fin des temps, nous renvoie plus que jamais à notre présent ! Qu’est-ce que je fais de ma vie ? L’amour que j’y mets sera gardé pour toujours, et le reste doit être jeté au feu parce que ce n’est pas utile.

Chers Confirmands, que le Seigneur vous donne son Esprit pour vivre ce message pour votre bonheur à chacun et pour celui de toute l’humanité.

+ Jean-Pierre Delville, votre évêque