Chers Frères et Sœurs,

C’est une joie pour moi de me trouver au cœur de votre école à l’occasion de l’inauguration de l’extension de l’Institut Notre-Dame de Jupille. L’école grandit, les jeunes sont plus nombreux, les bâtiments s’amplifient, l’esprit de dévouement pour les jeunes se développe. C’est un défi pour chacun d’entre vous et vous avez voulu le relever par une entreprise audacieuse d’agrandissement de l’institut. C’est que les jeunes et les enfants nous tiennent à cœur. Vous savez peut-être qu’aujourd’hui même à l’heure où je vous parle, le pape François canonise deux enfants à Fatima, Francisco et Jacinta Marto ? Ce sont deux enfants de 7 et 9 ans qui ont vu la Vierge leur apparaître, il y a juste cent ans, le 13 mai 1917. Cela se passait au moment même de la première Guerre mondiale, à un moment où on mesurait la tragédie que cette guerre avait occasionnée et le nombre énorme de victimes qu’elle entraînait. Les jeunes enfants ont vu les drames du monde dans leur vision, les victimes du feu et des bombes, les souffrances de l’humanité, ils ont entendu annoncer la deuxième Guerre mondiale, la persécution des chrétiens sous le communisme soviétique et même la figure d’un pape assassiné. Le pape Jean-Paul II qui a failli mourir assassiné le 13 mai 1981 – c’est aujourd’hui le 36e anniversaire – s’est reconnu dans cette figure et il a offert la balle de fusil qui a failli le tuer au sanctuaire de Fatima. Les deux enfants sont malheureusement morts de l’épidémie de grippe en 1920. La troisième est morte seulement en 2005. Tout cela nous rappelle que les enfants dans le monde continuent à souffrir de la guerre et de la violence. Les enfants nous apprennent des choses graves de la vie, comme les petits bergers de Fatima. En ce sens, ils sont nos maîtres et c’est pour cela que le pape aujourd’hui canonise deux enfants, qui nous invitent à lutter contre le mal et à répandre l’amour. Nous accueillons nous aussi dans notre pays des enfants victimes de violence, comme les réfugiés provenant du Moyen Orient, d’Afrique ou d’Asie. L’école est un des lieux les plus importants où les enfants peuvent grandir en paix. Une école chrétienne, en outre, est un lieu où l’enfant est éduqué à l’amour du prochain et à l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est la réponse à nos problèmes, nos difficultés, nos guerres, nos conflits intérieurs. Car l’amour de Dieu est synonyme d’un amour qui nous précède. Sans amour qui nous précède, pas de vie humaine possible. Toute vie humaine et tout développement humain est le résultat d’un amour qui nous précède, à commencer par l’amour des parents, l’amour dans la famille, mais aussi l’amour à l’école. Cet amour qui nous précède, nous, chrétiens, nous l’appelons Dieu. Mais parfois nous doutons, nous oublions cet amour.

Nous sommes un peu comme le disciple Philippe, qui disait à Jésus, dans l’évangile que nous venons d’entendre (Jean 14,7-12) : « Montre nous le Père », c’est-à-dire : « Fais nous voir Dieu », « Donne nous tout de suite l’image totale de la vie ». Philippe, c’est l’homme impatient, il a besoin d’absolu ; il demande la grâce d’une vision : pouvoir tout comprendre d’une seule fois. Alors Jésus répond simplement : « Celui qui m’a vu a vu le père ». « Je suis dans le Père et le Père est en moi ». Voilà que le mystère de Dieu est plus proche qu’on ne le croyait. Il ne faut pas le chercher loin ; il est totalement visible dans la vie de Jésus ; il faut chercher l’absolu, non pas dans l’infini du ciel, mais dans la simplicité de la vie de Jésus et dans le don de soi que Jésus a fait de sa vie.

Aujourd’hui, le monde a besoin de gens qui savent donner leur vie pour les autres, qui ne vivent pas seulement pour leur intérêt personnel. C’est un appel que le Seigneur vous adresse, vous les élèves,  vous les enseignants, vous qui êtes engagés dans cette école: sachez donner de votre temps, de votre amour pour les autres ! Trouvez de bonnes occasions pour vous engager !

Grâce à vous l’Eglise s’élargit, elle devient plus nombreuse et plus riche en personnalités différentes. C’est comme à l’époque de l’Église primitive, nous l’avons entendu dans la première lecture (Actes 13,44-52) : dans la ville d’Antioche de Pisidie, les païens font bon accueil à la prédication de saint Paul et de Barnabé.

Les Grecs, c’étaient des étrangers pour les disciples de Jésus, c’étaient des gens qui n’étaient pas juifs : on découvre qu’il fallait leur donner de la place dans la communauté chrétienne. C’est aussi ce que nous vivons aujourd’hui. La communauté chrétienne permet de réconcilier des gens de cultures très différentes. Parmi ces Grecs, il y avait un certain Étienne. Plus tard, il sera dénoncé comme chrétien et sera même tué à coups de pierres par des gens intolérants et fanatiques. Il est devenu le premier martyr. Aujourd’hui encore il y a des gens qui souffrent à cause de leur foi. Cette semaine nous avons appris que le gouverneur de Djakarta en Indonésie a été mis en prison parce qu’il était chrétien. C’est à cause de la pression de milieux fanatiques, qui veulent garder leurs privilèges. Donc être chrétien, c’est risqué, c’est accepter de donner sa vie pour l’amour des autres, comme Jésus. Sans cela, l’humanité se détruira. Le message de l’évangile doit pénétrer toutes les cultures grâce à l’Esprit Saint, qui souffle où il veut et qui répand l’amour dans tous les cœurs qui s’ouvrent à lui.

Alors, Frères et Sœurs, entourons les jeunes de notre école par notre présence fortifiante et par notre prière. Nous sommes tous des témoins les uns pour les autres. On n’est pas seul dans la vie : les enseignants ici présents, les parents, le personnel de l’école, la direction, sont comme des anges auprès de des jeunes, ils constituent la communauté de foi et ils représentent le Christ, qui nous aide et nous écoute. Car Jésus est pour nous la voie, la vérité et la vie. Remercions le Seigneur pour cette belle célébration qu’il nous donne et soyons unis dans la foi pour servir nos frères et sœurs du monde entier et rendre le monde meilleur ! Amen !

+ Mgr Jean-Pierre Delville, votre évêque