Homélie 3e dimanche Carême
Buisson ardent – Collégiale de Nivelles
Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Nivelles, le 24 mars 2019.

Chers Frères et Sœurs,

 

En ce troisième dimanche de Carême, notre chemin vers Pâques se précise.

Dans l’évangile Jésus nous révèle un Dieu proche et soucieux du faible (Lc 13,1-9). Il est comme un jardinier, qui possède un figuier. Le figuier est le symbole de l’être humain. Il est stérile, il est faible. Alors le jardinier décide de soigner ce figuier, de lui donner de l’engrais, pour le rendre fécond. Ainsi Dieu est-il avec nous, selon Jésus. Il nous donne sa grâce, qui nous permet d’avancer dans la vie, de nous convertir, d’une façon personnelle. De même que le jardinier connaît bien son figuier, ainsi Dieu nous connaît-il. Il nous donne sa force. Les épreuves de la vie, comme les accidents, comme une tour qui s’écroule, ne sont pas des punitions de Dieu. Dieu ne veut pas nous punir ; au contraire, il nous encourage, comme il fait pour le figuier. La faiblesse du figuier n’est pas un signe de condamnation, c’est le signe qu’on peut toujours se convertir et devenir meilleur. La conversion n’est pas un moment pénible, au contraire, c’est un moment de joie, c’est la preuve que Dieu nous aime et nous donne des forces nouvelles.

La découverte de Dieu va de pair avec la libération humaine. C’est ce que nous vivons durant ce carême. Notre vie de foi est liée à la libération humaine. C’est particulièrement important en ce dimanche de Carême de Partage, où les Philippines sont à l’honneur. C’est pour les agriculteurs pauvres de là-bas et pour leur développement agricole écologique que nous faisons la collecte et c’est un témoignage de solidarité et de foi qu’ils nous communiquent.

Nous sommes conduits sur les pas de la première Pâque, celle de Moïse et du peuple juif. Pâque veut dire passage. Moïse va vivre un passage, un changement de vie. « Moïse, Moïse », dit Dieu depuis le buisson ardent dans le désert (Ex 3,1-15). Moïse est appelé par son nom. De même, Dieu nous appelle chacun par notre nom, il nous connaît personnellement. Et il nous interpelle. Comme Moïse, nous entendons un appel personnel à la conversion, un passage de la vie insouciante à la vie d’engagement.

Mais Moïse ne connaît pas ce Dieu personnel ; alors il se permet de lui demander quel est son nom. Dieu lui répond : « je suis celui qui suis ». Qu’on peut aussi traduire par : je serai celui que je serai. C’est une réponse de portée universelle : Dieu est l’être par excellence, la vie par excellence. Le Dieu d’une tribu, celle d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est le Dieu de la vie. Il est aussi celui qui est engagé dans l’histoire : je serai celui que je  serai : c’est-à-dire « je m’engage à être avec vous, avec toi ». Moïse découvre donc un Dieu personnel, pas une puissance lointaine. Il s’appelle Yahvé, mot qui ressemble au verbe « il sera » en hébreu. Il est un Dieu qui veut délivrer son peuple de l’esclavage en Egypte. Un Dieu qui a vu la misère de son peuple et sa souffrance. Moïse ne connaissait pas un Dieu aussi personnel. Il découvre en même temps que Dieu, le Dieu unique et universel, est un Dieu qui sauve et qui donne la force. Dieu se révèle directement par le mystère de Pâques : il va provoquer la Pâques de son peuple, c’est-à-dire son passage, de l’esclavage à la liberté. Dieu n’est pas une théorie, il est quelqu’un qui libère et qui agit. Il est quelqu’un qui, comme le feu dans le buisson ardent, enflamme le cœur mais ne l’anéantit pas.

Frères et Sœurs, tel est le sens du Carême. Nous sommes invités à nous convertir, avec l’aide de Dieu, comme le figuier qui semblait faible et inutile, comme Moïse qui était un simple berger. Nous sommes invités à découvrir que Dieu a une relation personnelle avec nous.

Ce besoin de conversion, avec la grâce de Dieu, c’est aussi ce que notre pape nous demande et demande à l’Église en ce temps de carême, bouleversé par la révélation de la trahison de ministres de l’Église. Il a voulu nous inviter à regarder davantage vers le Christ. Prions pour chacun d’entre nous, que Dieu appelle personnellement ; il veut allumer en nous un buisson ardent, un feu d’amour, qui nous réchauffe et ne nous consume pas.

+ Jean-Pierre Delville, votre évêque