Chers Frères et Sœurs,

Si nous avions dû choisir l’évangile pour cette Journée mondiale des pauvres, voulue par le pape François, nous n’aurions sans doute pas décidé de prendre la parabole des talents (Mt 25,14-30). Celle-ci en effet, parle d’un homme riche, de sommes d’argent, de placements en banque et d’intérêts financiers.

  1. La parabole des talents

Cette parabole des talents nous présente des serviteurs qui, au départ sont pauvres. Ils deviennent riches parce le maître leur donne des talents, c’est-à-dire de grosses sommes d’argent. Mais ces talents sont un symbole : ils représentent l’amour que Dieu nous donne et qu’il veut que nous partagions. Si l’on a beaucoup d’amour à partager, on peut recevoir aussi beaucoup d’amour : c’est le cas du serviteur qui reçu cinq talents. Si l’on donne peu d’amour, on en récolte peu aussi : c’est le cas du serviteur qui avait un seul talent.

  1. La pauvreté du cœur

Pour vivre et partager l’amour, il faut un cœur pauvre et disponible, il faut une pauvreté de cœur. Comme l’écrit le pape François dans le message pour cette Journée mondiale des pauvres, « la pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse […] ». Il ajoute : « pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit au bonheur du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20) ». La pauvreté du cœur, c’est une condition pour recevoir l’amour et le rayonner. La pauvreté du cœur nous invite à être solidaires de ceux qui sont dans la souffrance et à combattre la pauvreté matérielle qui engendre la souffrance.

  1. L’initiative du pape : une Journée mondiale des pauvres

C’est pourquoi le pape François a voulu faire de ce 33e dimanche de l’année liturgique une Journée mondiale des pauvres. Dans son message pour cette Journée, il écrit : « J’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin ». Dans la ligne de cette initiative, j’ai invité des personnes pauvres, étrangères ou âgées à participer à l’eucharistie que nous célébrons dans cette cathédrale. Comme dit le pape, « le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. »

  1. Solidarité concrète

La pauvreté matérielle, écrit le pape, « nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. » « J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. » Le pape précise : « En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table. »

  1. Des cas chez nous

Dans notre diocèse beaucoup d’initiatives concrètes sont prises pour lutter contre la pauvreté matérielle. Hier je participais à une rencontre de Justice et paix qui nous le montrait. Je voyais le témoignage d’une femme qui disait : « J’étais désespérée, parce que je ne sais pas lire ni écrire. Partout on m’a considéré comme idiote. Mais ici dans ce groupe qu’on appelle Les Amis, j’ai été bien accueillie. J’ai même pu commencer à trier les vêtements du vestiaire. Ici, personne ne m’appelle idiote ». C’est pourquoi je remercie toutes les personnes et toutes les organisations qui s’engagent dans l’amitié avec les pauvres. Je prie le Seigneur de soulager tous ceux qui vivent aujourd’hui une pauvreté, une fragilité, dans leur corps, dans leur esprit, dans leurs relations sociales, dans leur vie professionnelle ou affective.

N’ayons pas peur de nous engager, chers Frères et Sœurs, au service des pauvres et à l’amitié avec ceux qui souffrent. Les talents que le Christ nous a donnés à tous, ce sont les gestes d’amitiés que nous faisons et qui se démultiplient si nous les mettons au service de nos frères et sœurs !

Amen ! Alléluia !

Mgr Jean-Pierre Delville, votre évêque.