Homélie 27e dimanche A
Nandrin, ordination diaconale d’Ignace Ametonou

4 octobre 2020

+Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Chers Frères et Sœurs, chers Ignace,

C’est une joie pour moi de me retrouver avec vous pour cette célébration de l’ordination diaconale d’Ignace.

Cher Ignace,

Tu as suivi un cheminement important dans notre diocèse de Liège, après une intense expérience de vie à différents endroits, et tu arrives maintenant au diaconat en vue du presbytérat. Tu as approfondi la dimension intellectuelle de ta formation par des études de philosophie à l’Université de Liège ; tu as approfondi la dimension spirituelle par ton engagement dans différentes communautés et par ton service auprès des pauvres à Liège et ailleurs. Tu as voulu baser ta vie sur la fraternité, qui a ses bases dans l’évangile.

Cela tombe bien, en ce jour de la fête de saint François d’Assise, où le pape François publie une encyclique intitulée « Fratelli tutti », sur le thème de la fraternité universelle. Le pape insiste en effet sur le fait que toute l’humanité doit s’engager sur ce chemin de la fraternité et que cela vaut pour toutes les religions et tous les peuples.

Or c’est aussi ce que nous demande Jésus dans l’évangile de ce jour, qui nous présente la parabole des vignerons homicides (Mt 21,33-43). C’est un texte qui nous paraît un peu violent et pessimiste pour un jour de fête comme celui-ci.  Cependant il contient un message important pour notre communauté et pour toutes les communautés chrétiennes. Car il se conclut par la promesse que le royaume de Dieu sera donné à un peuple nouveau et universel : « Le royaume de Dieu sera donné à un peuple qui lui fera produire du fruit », dit Jésus.

Le royaume de Dieu est symbolisé par une vigne. Une vigne doit toujours être entretenue, travaillée, taillée, émondée, cultivée. De même la société doit toujours être travaillée, soignée et aimée pour bien fonctionner dans la fraternité et incarner ainsi le royaume de Dieu.

Or ce n’est pas évident ! Jésus lui-même nous fait découvrir qu’un vignoble peut devenir une tentation pour ceux qui s’en occupent. Les vignerons risquent de se l’approprier et travailler pour leur intérêt à eux seuls. C’est ce que dénonce le pape François au début de son encyclique. Certains s’approprient les ressources de la terre. Comme écrit le pape, « nous sommes victimes de l’illusion de croire que nous sommes tout-puissants et nous oublions que nous sommes tous dans le même bateau » (FT 30).

Ce danger de recherche du pouvoir peut être présent aussi dans les communautés chrétiennes. Il peut y avoir des prêtres, ou des diacres, ou même des laïcs, qui se croient chargés de faire tout et qui accaparent le pouvoir. C’est ce fonctionnement violent que Jésus dénonce dans la parabole ; les vignerons veulent s’approprier tous les fruits de la vie ; ils battent et assassinent tous les envoyés du maître ; et même son fils, ils l’exécutent et ils jettent le corps hors du vignoble pour devenir propriétaires de la vigne.

Cette violence va-t-elle désormais régner en maître sur nos sociétés, sur notre monde ?, se demande Jésus. En réponse à cette question dramatique, il répond par une citation du psaume 117 (118) : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux. » Jésus, le fils qui a été rejeté par les dirigeants de son peuple, va devenir la pierre angulaire, la clé de voute, du nouveau temple, du nouveau peuple.

La pierre rejetée des bâtisseurs devient pierre d’angle. Cette image est porteuse en ce jour d’ordination diaconale. Le diacre est un peu comme cette pierre d’angle, puisqu’il représente le service dans la communauté. Le service est peut-être discret, parfois il est caché, mais il est la pierre d’angle de la communauté, parce qu’il fonde celle-ci dans l’amour concret envers le plus pauvre. Grâce à ce sens du service, un monde nouveau peut naître.

C’est pourquoi Jésus ajoute : « Le royaume de Dieu sera donné à un peuple qui lui fera produire du fruit ». Il annonce ici que la vigne sera donnée et non plus louée ; elle sera donnée à un peuple, un peuple qui hérite de la vigne, donc un peuple de fils et de filles, un peuple de frères et sœurs, qui va gérer la vigne, non pas pour l’exploiter dans l’intérêt de quelques uns, mais pour lui faire porter des fruits qui serviront au bien de tous, au bien de tout le peuple. Ce peuple, c’est l’Église, c’est chacun et chacune d’entre vous. Ce peuple est servi par les diacres, qui portent la richesse de la parole de Dieu dans des vases d’argile (2 Co 4,7) ; c’est dans cette optique qu’Ignace va être ordonné aujourd’hui.

Prions alors pour chacun d’entre nous, que nous soyons tous des membres actifs du peuple de Dieu ; prions pour nos responsables, nos prêtres et nos diacres, pour qu’ils évitent l’intérêt personnel, mais soient au service de tous. Comme écrit le pape, « chacun de nous est appelé à être un artisan de paix, qui unit au lieu de diviser, qui étouffe la haine au lieu de l’entretenir, qui ouvre des chemins de dialogue au lieu d’élever de nouveaux murs » (FT 284).

En tout cela nous ne sommes pas seuls ! Le Christ est la clé de voute de notre Eglise, la pierre angulaire qui nous soutient et transforme les pierres isolées ou rejetées en pierres solides du nouveau temple de Dieu, du nouveau peuple de Dieu qui nous formons ensemble pour le bien de toute l’humanité !

Amen ! Alléluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège