Homélie 26e dimanche A
27 septembre 2020
Waimes, confirmations

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Chers Frères et Sœurs,

 

La pluie est arrivée, l’automne est là. C’est aussi la saison de la récolte des fruits. Mais pour avoir des fruits, il faut soigner les plantes et les arbres. C’est ce que Jésus nous raconte dans la parabole que nous venons d’entendre.

Il s’agit de la culture d’une vigne, qui appartenait à un père de famille. Celui-ci avait deux fils. Il demande au premier d’aller travailler à la vigne. Le fils refuse, mais finalement, il y va quand même. L’autre fils promet à son père de travailler à la vigne, mais il n’y va pas (Mt 21,28-32). « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? », demande Jésus. Les gens lui répondent : « Le premier ! » Jésus approuve. Il nous incite donc à nous engager personnellement : les actes sont plus importants que les paroles.

Mais cette parabole n’est pas seulement une histoire d’agriculture. Elle est aussi un symbole de la foi. Une foi qui agit, et pas une foi endormie !

Pour vivre une foi agissante et dynamique, on a besoin de l’Esprit de Dieu. Car l’Esprit de Dieu souffle encore aujourd’hui. Et c’est pourquoi l’Esprit de Dieu va être conféré aux confirmands d’aujourd’hui, d’une façon publique et symbolique.

Vous les confirmands, vous n’êtes pas restés inactifs. Vous vous êtes préparés, vous vous êtes rencontrés et vous m’avez même écrit des lettres où vous mettez votre itinéraire de foi en valeur. Vous motivez votre demande de la confirmation. L’un de vous écrit : Je voudrais « grandir auprès de Dieu ». Un autre : « Je voudrais mettre ma confiance en Dieu mon Maître ». Un autre encore : « J’espère avoir la paix en mon cœur ».

D’autres parmi vous insistent sur l’engagement social. L’un de vous écrit : « Ce qui est important, c’est que chacun se respecte ». Un autre ajoute : Je veux être confirmé « pour aimer, être témoin de Jésus-Christ, et surtout aimer tout le monde, même ses ennemis ».

Vous avez bien réfléchi à votre confirmation. Vous avez pu vous préparer ensemble ; un de vous écrit : « J’ai aimé partager les moments lors des réunions de catéchisme avec mes copains ». Un autre dit : j’aime « retrouver certains copains aux réunions ».

Il ne suffit pas d’être confirmé ni être un fils qui dit : « oui, oui ». Il faut aussi faire le cheminement du premier fils, il faut vivre une certaine conversion. Il avait d’abord dit non à son père ! Puis il a changé d’avis et il est allé travailler. Cela signifie qu’il a repensé à ce qu’il avait dit. Pourquoi ? Il s’est mis petit à petit dans la peau de son père ; il s’est rendu compte que son père tenait à sa vigne ; il intègre les attentes et les désirs de son père. Peut-être même qu’il comprend que son père lui faisait confiance en lui donnant un travail. Travailler à la vigne est donc bon pour le Père, bon pour la vigne et bon pour le fils lui-même. Il y a comme un triangle qui se crée entre le père, la vigne et le le fils. 1. Le fils entre dans l’esprit et le projet de son père ; 2. il considère l’importance de la vigne ; et 3. il se découvre lui même, il voit qu’il est aimé par son père et qu’il est l’objet de confiance. Par sa réflexion et son repentir, il découvre donc à la fois son père, la vigne et lui-même.

Cette démarche de la foi enrichit chacun et est encore actuelle, grâce à l’Esprit Saint. L’Esprit Saint, c’est l’Esprit de Jésus qui se transmet jusqu’à nous. C’est l’Esprit du Père, dans lequel nous entrons par la prière. Par la démarche de foi, on découvre le projet de Dieu pour nous, on le découvre en s’engageant concrètement et on découvre en soi-même une grande joie. Les confirmands ont vécu cela : ils ont découvert la foi en Dieu et l’Esprit de Dieu, ils ont découvert leurs frères et sœurs dans la vigne de l’Église, et ils se sont découverts eux-mêmes. C’est pourquoi ils vont recevoir le don de l’Esprit Saint d’une manière sacramentelle, c’est-à-dire sacrée et visible.

La vigne représente la société, qu’il faut soigner et rendre féconde, comme une vigne qu’il faut cultiver pour qu’elle produise du bon raisin. La vigne est féconde parce qu’on y travaille. Ainsi la société doit être cultivée aussi bien qu’on les champs, les prés ou les forêts cultive ici à Waimes ; il reste beaucoup de travail à faire dans la vigne du monde, pour la justice, pour la paix, pour les pauvres, les malades, les étrangers, les immigrés, les membres des autres religions, pour les malades du Covid et pour les soignants.

Chers Frères et Sœurs, voilà comment le Seigneur nous parle ce matin et veut toucher notre cœur. Il veut que nous évoluions comme le premier fils de la parabole ; si nous commençons par dire non à Dieu, nous pouvons nous ressaisir et changer d’avis. Nous pouvons nous engager à travailler dans la vigne du Seigneur. Car le monde a besoin de nous, il a besoin de personnes engagées, de personnes qui servent la société et qui lui fasse produire du bon fruit.

Chacun a besoin de la grâce de Dieu, de son regard d’amour, de son regard de père, pour découvrir que nous sommes des fils, que nous sommes remis debout par un père et qu’il nous inspire de travailler à la vigne, c’est-à-dire de rendre le monde meilleur.

Et l’Église, guidée par le pape François, est comme une mère qui nous encourage à écouter la voix du Père et qui nous soutient dans notre marche, par la prière et l’amitié. Elle nous ouvre les yeux sur l’état de la vigne, sa beauté et ses souffrances. Elle nous met debout pour nous rendre féconds, grâce à l’Esprit Saint. Soyons donc dans la joie pour ce message d’espérance et d’encouragement, et témoignons-en autour de nous ! Amen ! Alleluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège